L'impasse, à nouveau
Le processus de paix retourne à la case départ. Ce n'est pas une première dans les décennies d'efforts diplomatiques autour du conflit israélo-palestinien. Mais à chaque rechute, les perspectives de règlement "à l'amiable" s'amenuisent.
- Publié le 09-12-2010 à 09h44

Correspondante à Jérusalem Le processus de paix retourne à la case départ. Ce n'est pas une première dans les décennies d'efforts diplomatiques autour du conflit israélo-palestinien. Mais à chaque rechute, les perspectives de règlement "à l'amiable" s'amenuisent.
Pour l'heure, en tout cas, c'en est fini des négociations directes entre Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahou. Ces négociations avaient démarré début septembre en vue d'arriver en 2011 à un accord sur la création d'un Etat palestinien. Mais elles ont déjà achoppé fin septembre sur le refus d'Israël de prolonger son gel des colonies en territoire palestinien, qui venait d'expirer; et le refus des Palestiniens de poursuivre le dialogue sans prolongation de ce gel.
Depuis lors, pour débloquer l'impasse, l'administration Obama cherchait à convaincre le gouvernement Netanyahou d'accepter un marché, en vertu duquel Israël renouvellerait le moratoire pour trois mois et recevrait en échange quelques libéralités américaines, dont vingt avions furtifs valant trois milliards de dollars.
Dans l'entendement américain, Israéliens et Palestiniens devaient s'entendre en ces trois mois sur leurs futures frontières respectives. Ce qui aurait alors permis à chacun de construire ce que bon lui semble dans son futur territoire souverain.
Mais Américains et Israéliens sont restés divisés sur les termes exacts du marché, les nationalistes de M. Netanyahou refusant toute stagnation de l'expansion juive, et l'administration Obama craignant de payer trop cher pour un résultat incertain. Car M. Netanyahou n'a pas caché que, gel ou pas, il n'allait pas pouvoir régler la question des frontières en trois mois, vu qu'il tenait à régler d'abord les questions de sécurité.
Aussi, Washington a fini par baisser les bras. Elle a annoncé mardi qu'elle renonçait à baser la relance diplomatique sur le gel des colonies, et qu'elle allait explorer d'autres voies pour remettre le processus de paix sur les rails.
Dans l'immédiat, les Etats-Unis envisagent de revenir à des négociations indirectes, similaires aux pourparlers "de proximité" qu'ils avaient tenus cette année entre Ramallah et Jérusalem avant de passer aux négociations directes. Des envoyés palestiniens et israéliens sont attendus à Washington pour en débattre. Mais selon les analystes basés à Jérusalem, ces négociations indirectes ont peu de chances de rétablir le courant entre les protagonistes.
Car contrairement à l'administration Obama, les Palestiniens continuent bien à exiger l'arrêt de la construction juive. Et cela, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Ils rappellent qu'ils ont uniquement entamé les pourparlers indirects, puis directs, du fait qu'Israël avait imposé en novembre 2009 un moratoire sur ses colonies. Ils rappellent aussi que les premiers pourparlers "de proximité" n'ont pas été plus productifs que les négociations directes qui ont suivi. Le raïs Abbas a appelé l'Union européenne à l'aide, mercredi, l'enjoignant "à œuvrer aux côtés des Etats-Unis" pour relancer le processus de paix. Mais ses collaborateurs et son équipe de négociateurs ne tablent plus beaucoup sur les bons services américains. Ils veulent privilégier la voie internationale et insistent auprès de M. Abbas pour qu'il œuvre désormais en vue d'une reconnaissance onusienne de l'Etat palestinien dans les frontières d'avant juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.
M. Abbas compte en débattre ce jeudi au Caire avec le président Moubarak et d'autres leaders régionaux. Comme d'habitude, les Palestiniens ne prendront aucune décision sans l'aval de la Ligue arabe.
Rappelons que Yasser Arafat a déjà proclamé l'indépendance palestinienne en 1988, lors d'une réunion du Conseil national palestinien à Alger. Une proclamation virtuelle puisque les Palestiniens ne contrôlaient encore aucun de leurs territoires. Ce qui n'a pas empêché depuis lors une centaine de pays - essentiellement d'Afrique, Asie, Europe de l'Est et Amérique du Sud - de reconnaître l'Etat palestinien. En Israël, l'aveu d'échec des Américains concernant les colonies et l'impasse diplomatique réjouissent la droite au pouvoir.
Et quoique M. Netanyahou se dise toujours désireux d'une paix avec les Palestiniens, dans son entourage l'on espère que le nucléaire iranien prendra le dessus dans les préoccupations américaines. Les partenaires travaillistes de M. Netanyahou menacent par contre de quitter le gouvernement si le processus de paix est définitivement enterré.
Moins de restrictions pour les exportations depuis GazaLe cabinet de sécurité israélien a décidé mercredi de lever une partie des restrictions pour les exportations en provenance de la bande de Gaza, a indiqué un communiqué du bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahou. "Le cabinet de sécurité a décidé de prendre de nouvelles mesures qui vont permettre d'accroître les exportations de marchandises de la bande de Gaza", a affirmé le communiqué sans donner de précision sur la nature de ces mesures. "Il s'agit ainsi de faciliter la vie à la population qui vit sous le régime de répression et de terreur imposé par le Hamas", a ajouté le communiqué. Le cabinet de sécurité s'est félicité de l'amélioration depuis six mois de la situation économique dans la bande de Gaza grâce à une première série de mesures d'allégement du blocus terrestre imposé par Israël. Le communiqué précise également que 78 projets d'organisations internationales et de différents pays dans les domaines notamment de la santé, des infrastructures, de l'eau et de l'éducation avaient reçu le feu vert d'Israël. Israël interdit à de très rares exceptions toute exportation à partir du territoire palestinien depuis que le mouvement islamiste palestinien Hamas en a pris le contrôle en juin 2007.
