Cinéma

La journée commence normalement dans cette petite maison en bord de route à la frontière entre la Flandre occidentale et la France. Sylvie (Sara Vertongen) a déposé à l’école Eline, sa petite fille de six ans, et rejoint ses collègues. Si ce n’est que la jeune femme gère "Le ciel flamand", un bordel tenu en famille avec sa mère Monique. Les clients sont des habitués du coin ou qui passent la frontière pour venir boire une coupe de champagne et s’offrir une fille… Sylvie veille toujours à ce qu’Eline ne sache rien de ce qui se passe derrière les murs du "Ciel flamand". Elle se borne à lui dire que son travail consiste à "aider les hommes"… Quand Sylvie et Monique travaillent toutes les deux, c’est l’oncle Dirk (Wim Willaert), chauffeur de bus De Lijn, qui s’occupe d’Eline. Un jour, alors que la petite parvient à se faufiler à l’intérieur du bordel, elle fait une mauvaise rencontre…

Pour son second film, Peter Monsaert a choisi un nouveau sujet douloureux. Dans "Offline" en 2012, il était question de la réinsertion d’un homme ayant passé 7 ans en prison et qui essayait de renouer avec sa famille. C’est à nouveau de la recomposition des liens familiaux malgré la dureté de la vie dont il est question ici, à travers le portrait de ces trois générations de femmes frappées par le malheur. Avec, au centre, une mère qui tente de protéger son enfant, tout en laissant entrer dans sa vie cet "oncle" aimant, que l’on devine être son père.

Au vu du sujet, l’ambiance de ce "Ciel flamand" est, on s’en doute, pour le moins plombée. On est loin ici d’un quelconque septième ciel… Attaché à un sens du réalisme, Monsaert (qui a un passé de documentariste) inscrit son récit dans un cadre qui transpire le vrai. Dans les scènes de bordel ou de fête de village, on se croirait dans "Strip-Tease". Pourtant, au cœur de ce monde morne, les êtres sont de vrais personnages, qui se battent pour conserver leur dignité contre le regard des autres, de la société. Quitte à faire de mauvais choix. Dans une intrigue criminelle et une histoire de vengeance très ambiguës… Notamment dans une forme de happy end assez malsain.

Si la mise en scène de Monsaert possède la sobriété et la justesse nécessaires, le jeu des comédiens est sur le même registre. Souvent vu dans des rôles plus grandiloquents - on se souvient de "Quand la mer monte" de Yolande Moreau -, Wim Willaert est émouvant de tendresse dans un rôle paternel et d’amoureux transi inattendu. Tandis que Sara Vertongen (également à l’affiche d’"A Quiet Passion" de Terrence Davies) est juste dans le rôle de cette mère dévastée par la culpabilité par rapport à ce qui est arrivé à son enfant, interprétée par sa propre fille Esra Vandenbussche…


© IPM
Scénario & réalisation : Peter Monsaert. Avec Sara Vertongen, Wim Willaert, Ingrid de Vos, Isabelle van Hecke, Matthias Secru… 1 h 54.