Les écrivains dans les écoles

Remplacer Alexandre Dumas et Chateaubriand par Xavier Hanotte et Jean-Luc Outers dans l'esprit des écoliers. C'est l'objectif de l'opération "Écrivains en classe" qui, depuis près de quinze ans, s'obstine à démontrer que les romanciers ne sont pas tous de vieux poussiéreux.

Chaque année, 53 écrivains se rendent dans 152 écoles différentes afin de promouvoir la littérature belge, souvent peu enseignée, et de parler de leur profession sincèrement, chaleureusement, clairement...

Ce programme, mis en place par le "service de la promotion des Lettres" de la Communauté française, qui prend en charge les frais de déplacement des auteurs, est destiné aux écoles aussi bien publiques que privées.

Le principe est simple: les professeurs sélectionnent un auteur belge contemporain et le font connaître auprès des élèves. Reste à ces derniers à lire, au moins, un de ses romans et à préparer une liste de questions.

Nicolas Ancion, Caroline Lamarche, Colette Nys-Mazure, Pierre Coran, Benoît Coppée, Malika Madi et Bernard Tirtiaux sont des habitués de cette action.

"En chair et en os"

"Dans leur tête, l'écrivain est une personne tout à fait spéciale. Ils sont contents de voir quelqu'un en chair et en os, qui est comme eux et qui réagit comme eux", affirme Claudine Cassart. Professeur de français à l'Institut Saint-Louis, à Bruxelles, elle est l'une des premières à s'être lancée dans ce programme. "Mon but a toujours été de favoriser la lecture des écrivains belges et pas seulement les auteurs français. Je m'arrange pour que les élèves rencontrent au moins un écrivain par an". Cette année, elle a invité Frank Andriat pour qu'il présente son livre "La Remplaçante" à ses deux classes de première secondaire, le 17 novembre.

Xavier Deutsch, connu pour ses "Garçons" et "Victoria Bauer", est l'un des incontournables de ces rencontres. Cet automne il visitera trois écoles, à Wavre, Tournai et Stavelot. Pour lui, le regard que portent les lycéens sur ses romans est essentiel. "Lorsque je me rends dans une classe, ce qui m'intéresse, c'est que les élèves me disent des choses que j'ignore sur mon roman et qu'ils le fassent vivre, raconte-t-il. Je ne viens pas pour leur dire ce qu'ils doivent comprendre mais pour leur demander quel est leur regard. Et parfois, il est d'une grande richesse". Chantal Glaude, professeur de français à l'Athénée Jean Absil, à Bruxelles, a aperçu Xavier Deutsch lors d'une Foire du livre. Touchée par "ce bonhomme timide", elle a lu "Les Garçons" et s'est empressée de l'accueillir pour partager cette découverte avec ses élèves. Depuis, elle est devenue une inconditionnelle de l'opération "Écrivains en classe".

Créer des vocations

"Pourquoi moi aussi je n'écrirais pas? C'est ce que se disent les élèves après leur rencontre avec les auteurs", révèle Claudine Cassart. Le dialogue qui s'installe est enrichissant, tant pour les élèves que pour les écrivains. "J'apprends des choses extraordinaires en rencontrant les élèves ", avoue Xavier Deutsch. "Il y a un livre au milieu de la classe et on partage des idées là-dessus". Parfois, il est même étonné "d'avoir des questions qu'il n'a jamais entendues avant".

Cet échange avec le romancier permet, surtout, aux élèves d'apercevoir une autre dimension de la littérature. "Une fois qu'ils ont rencontré l'écrivain, ils ont l'impression que l'écriture est plus proche, parce qu'il explique ses difficultés, son quotidien et les met en relation avec son monde", précise Claudine Cassart. D'ailleurs, il n'est par rare que cette rencontre donne envie à certains d'entamer des projets d'écriture.

Qui sait, le futur Georges Simenon ou la nouvelle Amélie Nothomb se cache peut-être parmi eux.D A.V.(st.)D

Informations: tél. 0477.35.09.43.

© La Libre Belgique 2005

D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...