Koenig, pionnier franc-tireur
En cette époque où le zapping est roi, où l'amnésie fait (souvent) loi, rappeler, ne fût-ce qu'à la jeune génération qui n'a pas eu la chance de l'entendre, qui était ce grand monsieur de la musique baroque me semble important." Dont acte. Avec quelques disciples et proches de Charles Koenig (1923-1992), l'organiste et compositeur Benoît Mernier (dont l'opéra "La Dispute", d'après Marivaux, sera créé en mars à la Monnaie) a souhaité rendre hommage à un musicien extraordinaire, raffiné, curieux de tout, qui marqua deux générations de son empreinte ; un concert (gratuit) lui est dédié, mardi prochain, en l'église du Sablon.
- Publié le 15-09-2012 à 04h15
En cette époque où le zapping est roi, où l'amnésie fait (souvent) loi, rappeler, ne fût-ce qu'à la jeune génération qui n'a pas eu la chance de l'entendre, qui était ce grand monsieur de la musique baroque me semble important." Dont acte. Avec quelques disciples et proches de Charles Koenig (1923-1992), l'organiste et compositeur Benoît Mernier (dont l'opéra "La Dispute", d'après Marivaux, sera créé en mars à la Monnaie) a souhaité rendre hommage à un musicien extraordinaire, raffiné, curieux de tout, qui marqua deux générations de son empreinte ; un concert (gratuit) lui est dédié, mardi prochain, en l'église du Sablon.
Né à Arlon, Charles Koenig fut formé à la musique par sa tante, Octavie Koenig, avant de poursuivre un cursus classique centré sur le piano, même si l'orgue et le clavecin faisaient déjà partie de ses passions. Ses rencontres avec Emile Bosquet et ensuite Paul de Maleingreau - deux musiciens de haute culture - encouragent sa curiosité pour le répertoire ancien et les nouvelles approches d'interprétation. L'étude et la facture des instruments historiques n'en sont alors qu'à leurs balbutiements, mais qu'à cela ne tienne : notre homme se rapproche des facteurs de clavecin, dont Reiner Schütze, Hubert Bédart et surtout Michel Van Hecke, avec qui il fait de nombreuses recherches. Doué pour la peinture, il décore lui-même de nombreuses tables d'harmonie de clavecins ! Il fréquente Boris de Schlœzer, se lie d'amitié avec André Souris qui lui donne des leçons d'écriture et d'orchestration, s'ouvre au surréalisme belge et aux mouvements artistiques d'avant-garde.
Pédagogue inspiré, Charles Koenig forma toute une génération de musiciens. Parmi ceux-ci, la claveciniste et organiste Marie-Anne Dachy qui, dans un récent article, décrit la vie et l'enseignement de son maître : "Je crois que l'on a tort de dire aux jeunes musiciens : "Exprimez-vous !". Là n'est pas la chose essentielle. La question première est plutôt celle-ci : "Que dois-je faire apparaître ?" et ensuite : "Comment dois-je faire pour que cela apparaisse ?"/ / Si tout cela est réalisé, mon métier est aussi d'accepter - avec joie - que vous jouiez autrement que je ne le ferais" (dans "Dossier sur la vie musicale en province de Luxembourg", n°24 des Cahiers de l'Académie Luxembourgeoise).
Pour Benoît Mernier, "les souvenir les plus extraordinaires sont liés à ces cours où il jouait et enchaînait librement au clavecin, pour exprimer son cheminement intérieur, sa passion et surtout son émerveillement. Il adorait aussi provoquer, lancer des paradoxes, "Tous les clavecinistes devraient jouer du Chopin", nous disait-il avec un sourire malicieux. Malgré son engagement dans le renouveau baroque, il cultivait un certain scepticisme à l'égard des grandes théories sur l'historicité, l'authenticité, la rhétorique Ses leçons étaient autant de portes qui s'ouvraient, loin de tout dogmatisme ". Le concert sera donné par Marie-Anne Dachy et Julien Wolfs, clavecin, et Benoît Mernier et Etienne Leuridan, orgue, dans des œuvres de Couperin, Froberger, Bach et Correa de Arauxo.
Bruxelles, église Notre-Dame du Sablon, le mardi 18 septembre à 20h. Entrée libre. Légende : Chardonneret peint par Charles Koenig sur une table de clavecin.
