"On a gagné, on a fait tomber pacifiquement la marionnette" : des Algérois heureux après la décision de Bouteflika de ne pas se présenter
- Publié le 11-03-2019 à 21h45
- Mis à jour le 12-03-2019 à 15h42
Les manifestations sont toujours officiellement interdites à Alger", s'amuse Nouredine, jeune Algérois au volant de son véhicule qui traverse la capitale en klaxonnant ce lundi soir.
Et il n'est pas le seul, de nombreux klaxons commençaient à résonner un peu partout en début de soirée dans le centre d'Alger déserté par la police, pourtant déployée en nombre durant la journée. "Pacifiquement, on a fait tomber la marionnette !" chantaient des Algérois lundi soir, en référence au surnom donné au président dans une chanson et à un des mots d'ordre de la contestation qui est toujours demeuré : "pacifique !"
Depuis un peu plus de deux semaines, les Algériens avaient pris l'habitude de descendre massivement dans la rue pour demander au chef de l'État, qui a fêté ses 82 ans durant son séjour suisse, de renoncer à briguer un cinquième mandat.
Lundi, un appel à la grève générale a été inégalement suivi à Alger et les grandes villes du pays, qui restait toutefois très mobilisé. Les avocats, en grève, ont à nouveau manifesté, rejoints dans certaines villes par des magistrats, malgré le rappel des autorités à leur "devoir de réserve". Des manifestations étudiantes étaient prévues mardi à travers le pays malgré le fait que les universités et les écoles supérieures étaient en vacances, les autorités ayant avancé la date de celles-ci pour tenter d'éviter que les campus ne se transforment en nouveaux foyers de contestation.
Samedi dernier, le ministère de l'Enseignement supérieur a en effet annoncé que les vacances universitaires, qui devaient commencer le 21 mars, débuteraient finalement dès dimanche et seraient allongées d'une dizaine de jours.
Mobilisation coûte que coûte
Un "cadeau empoisonné" selon une association d'étudiants mobilisés comme le reste du pays dans le mouvement de contestation contre la candidature à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika. L'objectif des autorités, selon les étudiants et enseignants, est de vider les campus en ébullition voire, pour certains, en grève.
Une "manœuvre vouée à l'échec", avait annoncé Shéhérazade Zerroukhat. Aux côtés de 2 000 de ses collègues et élèves, elle était arrivée dimanche matin, jour de semaine en Algérie, à l'USTHB (Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumedienne), bien décidée à occuper les lieux.
Dimanche, l'administration de l'université, qui accueille 40 000 étudiants à une dizaine de kilomètres du centre de la capitale, a fait donc fermer les 28 amphithéâtres et les bâtiments qui abritent les salles de travaux dirigés. "Cela ne va pas nous empêcher de venir tous les jours et de rester mobilisés", assurait Imène Brahimi, 23 ans, étudiante en troisième année de licence d'algèbre, tandis que, derrière elle, ses camarades scandent "Algérie libre et démocratique".
