La psychanalyste Diane Drory prône le conseil de famille
- Publié le 15-11-2015 à 17h30
Instaurer le dialogue, se montrer rassurant, ne pas couper l'élan de vie des enfants, tels sont les conseils de Diane Drory
Entretien Laurence Bertels Comment parler aux enfants et adolescents des attentats terroristes qui ont eu lieu vendredi à Paris ? La question se pose inévitablement. Psychologue et psychanalyste, Diane Drory prône l'instauration du dialogue et du conseil de famille presque à la manière du rocher du conseil chez les loups.
Quels conseils donneriez-vous aux parents en ces jours difficiles ? Comment doivent-ils aborder la question avec leurs enfants ?
Je leur dirais de couper la télé, d'éteindre les écrans, de prendre le temps de discuter, que chacun puisse exprimer ses peurs, ses craintes. Il importe également de rassurer les plus jeunes. Il est évident qu'on va parler des attentats dans tous les foyers.
Ce sont principalement des jeunes qui ont été touchés au Bataclan, des adolescents qui vont souvent au concert...
En effet. Il faut donc ouvrir la discussion pour éviter les amalgames. Un ado est très entier. Pour lui, c'est tout ou rien. Voilà pourquoi, plus que jamais, il importe de fermer le poste de télévision, les ordinateurs et les tablettes, de ne pas rester braqué sur les images et d'établir un temps de parole. Ceci afin que les jeunes puissent exprimer ce qu'il ressentent, ce qu'ils disent, ce qu'ils imaginent car ils ont peut-être prévu d'aller au concert la semaine prochaine ou dans un mois. Ils doivent donc pouvoir dire leur peur même s'il faut rester dans la réalité et admettre que le risque zéro n'existe pas. Mais on ne peut pas les empêcher de continuer à vivre.
Et comment se comporter vis-à-vis des plus jeunes enfants ?
Il faut rassurer les plus petits car ils entendront inévitablement parler des événements, ils verront des mines affolées à la télévision. Je conseille donc d'adopter un discours rassurant, de leur expliquer que cela ne s'est pas passé dans la rue d'à côté même si les Parisiens ne pourront malheureusement pas utiliser ce genre d'argument. Il faut aussi leur rappeler que nous avons des ministres pour gérer la situation, les rassurer grâce à cette fonction protectrice de la société, leur dire qu'ils peuvent faire confiance aux adultes et faire en sorte qu'ils comprennent que la situation est prise en main. Les enfants doivent se sentir protégés.
Doués d'un sixième sens, ceux-ci liront sans doute les non-dits et percevront malgré tout l'angoisse des parents, des enseignants, des adultes qui les entourent...
Voilà pourquoi les parents doivent être raisonnables, engager la conversation, renvoyer une image protectrice et veiller à ne pas couper l'élan de vie d'un enfant. Car il y a, chez l'humain, une réaction viscérale qui consiste à croire à la vie, aux forces du bien. Couper cet élan de vie, c'est inculquer de l'angoisse.