Les chefs d'Etat et de gouvernement européens vont-ils s'écraser face à l'ogre économique chinois?
Le Conseil européen, qui se réunit ce soir à Bruxelles, pour discuter des relations avec Pékin, pourrait ne pas suivre les recommandations de la Commission européenne en matière de concurrence commerciale loyale.
- Publié le 21-03-2019 à 12h08
- Mis à jour le 22-03-2019 à 12h43
Le Conseil, qui se réunit ce soir à Bruxelles, pour discuter des relations avec Pékin, pourrait ne pas suivre les recommandations de la Commission européenne en matière de concurrence commerciale loyale.
Une réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne se tient à Bruxelles ces jeudi et vendredi. Au menu des discussions du Conseil jeudi soir : les relations entre la Chine et l'UE et notamment l'examen de dix mesures proposées par la Commission européenne concernant les rapports économiques, politiques entre les deux partenaires.
Et, selon le média américain MLex, basé à Bruxelles, qui a pu se procurer le projet de communiqué de presse final du Conseil, les leaders des Vingt-huit se montreraient très frileux à l'idée d'adopter les recommandations plutôt fermes de la Commission, qui visent à établir une concurrence commerciale loyale entre l'Europe et la Chine.
Ils ne suivraient pas l'Allemagne et la France, qui plaident pour que de nouvelles initiatives et un changement de législation en la matière soient pris, comme durcir les règles pour les investisseurs chinois en Europe et assouplir celles concernant les investisseurs européens en Chine. Le Conseil se contenterait d'affirmer que l'Europe devrait se doter d'"une politique industrielle volontariste lui permettant de rester une puissance industrielle" ainsi que d'"une ambitieuse et solide politique commerciale s'assurant d'une concurrence loyale et d'une transparence".
Un an pour élaborer "une vision"
Le Conseil européen donnerait un an à la Commission pour élaborer "une vision à long terme pour le futur de l'industrie européenne" et lui demande d'identifier "les lacunes législatives de l'UE" dont la modification pourrait "résoudre pleinement les distorsions produites par les subsides et entreprises d'Etat étrangers".
De plus, les chefs d'Etat et de gouvernement ne jugeraient pas faisable d'adopter une nouvelle législation sur les marchés publics pour la fin de l'année. Le Conseil européen ne plaiderait que pour une "reprise des négociations" sur le sujet.
Cette position inquiète Aegis, le lobby de l'industrie en Europe qui juge le "deux poids deux mesures" Chine/UE sur les marchés publics "tout simplement inacceptable". L'association des industriels européens espère "une action forte du Conseil, une reprise des négociations sur l'instrument international sur les marchés publics et une position ambitieuse qui encourage les pays tiers à ouvrir leurs marchés publics".
Des règles bien différentes
L'UE, en tant que marché ouvert, accueille sans beaucoup de contraintes les investisseurs et entreprises chinois. L'inverse, par contre, n'est pas vrai. Une entreprise étrangère qui veut s'implanter en Chine doit accepter de céder ses brevets ou de créer une co-entreprise avec un acteur local. De plus, de nombreuses entreprises chinoises bénéficient de subsides et de financements bancaires d'Etat, ce que n'autorise pas l'UE pour les siennes.
Au niveau des marchés publics (qui représentent environ 16% du PIB de l'UE), là aussi, ça coince. Pékin impose des règles infiniment plus strictes que l'Europe aux soumissionnaires étrangers.
Face à ces problèmes, la Commission propose au Conseil européen d'"inviter la Chine à tenir les engagements conjoints pris (avec l'UE) sur la réforme de l'Organisation mondiale du commerce, en particulier pour ce qui est des subventions et des transferts de technologie forcés [...], d'adopter, avant la fin de 2019, l'instrument international sur les marchés publics afin de promouvoir la réciprocité et de créer des possibilités de passation de marchés en Chine, de recenser les lacunes législatives avant la fin de l'année et de déterminer comment y remédier".
Si le Conseil européen ne suit pas jeudi soir les recommandations de la Commission, les conséquences sur l'industrie, l'emploi et la croissance en Europe seraient lourdes, prévient le lobby de l'industrie.
Le poids immense du partenaire chinois
En quelques chiffres, on peut aisément comprendre le pourquoi d'une position tiède et prudente de certains Etats membres vis-à-vis de la Chine.
L'UE est le plus important partenaire commercial de la Chine et la Chine le second partenaire de l'Europe. Il s'échange entre les deux entités pour un milliard d'euros de marchandises par jour.
En 2017, l'UE a exporté en Chine pour 198 milliards d'euros de marchandises et 45 milliards d'euros de services. Et elle a importé pour 375 milliards de biens et 28 milliards de services.
Depuis 2010, la Chine a investi pas moins de 145 milliards d'euros en Europe (dont 17,3 milliards en 2018) et, depuis 2000, 60% des investissements chinois proviennent d'entreprises étatiques.