Nouveaux ennuis judiciaires pour l’activiste Bahar Kimyongur

Matgen Jean-Claude

terrorisme ?

Bahar Kimyongur, belge d’origine turque (voir ci-contre), a été interpellé, mardi, à Cordoue en Espagne, alors qu’en bon touriste, il visitait la cathédrale de la ville avec sa femme et ses deux enfants. Il était sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé par la Turquie, qui demande son extradition pour des "faits de terrorisme".

Le mandat d’arrêt transmis par Interpol avait été suspendu avant d’être réactivé le 28 mai. Selon "Le Soir", il se fonde sur l’intervention de M. Kimyongur lors d’une visite à Bruxelles de l’ex-ministre de la Justice turc, lequel avait été verbalement vilipendé par M. Kimyongur et ses sympathisants.

Bahar Kimyongur a été transféré à Madrid. La justice espagnole a accepté, mercredi soir, de le libérer moyennant une caution de 10 000 euros. Ses proches sont en train d’en réunir le montant. "Dès que la caution sera versée, M. Kimyongur pourra revenir en Belgique mais sera tenu de se présenter en Espagne chaque fois que la justice espagnole le convoquera", indiquait Mathieu Bietlot, membre fondateur du Comité pour la liberté d’expression et d’association (Clea).

La justice espagnole va devoir évaluer si le mandat d’arrêt émis par la Turquie contient suffisamment d’éléments pertinents et vérifiables en vue d’une éventuelle extradition.

Bahar Kimyongur était revenu sous les feux de l’actualité ces dernières semaines en commentant le sort des Belges partis combattre en Syrie. Il est également l’auteur d’un livre ("Syriana"), dans lequel il dénonce "l’hypocrisie des gouvernements européens face à la situation en Syrie". Pour faire court, Bahar Kimyongur estime que le conflit syrien est largement instrumentalisé par le gouvernement turc, lequel apporte, selon lui, un appui politique, logistique et militaire aux forces combattantes islamistes les plus radicales.

Des sympathisants de M. Kimyongur suspectent les autorités belges d’être complices de cette arrestation. Plus précisément, ils relèvent que le nouveau mandat a été délivré cinq jours après que la ministre belge de l’Intérieur Joëlle Milquet (CDH) se fut trouvée à Ankara pour renforcer la collaboration en matière de lutte contre le terrorisme entre la Turquie et la Belgique.

Pas une première

Du côté du cabinet de la ministre on dément : il n’a jamais été question de M. Kimyongur lors du séjour de Mme Milquet et le protocole d’accord signé lors de son voyage à Ankara porte sur des questions d’ordre général, pas sur des cas individuels, nous a-t-on expliqué.

Ce n’est pas la première fois que M. Kimyongur est arrêté à l’étranger. Fin avril 2006, il l’avait été aux Pays-Bas, au cours d’une opération programmée depuis la Belgique et qui avait suscité un vif débat politique car elle tenait du guet-apens. La Haye avait fini par le libérer, estimant trop légers les éléments justifiant le mandat d’arrêt international délivré contre lui. Là encore, autorités belges et néerlandaises avaient été saisies par la Turquie.

Un rassemblement de soutien, organisé par le Clea et rassemblant une centaine de personnes, a eu lieu mercredi soir devant le ministère des Affaires étrangères à Bruxelles.

J.-C.M.