Obbicht, le frère presque jumeau de Beaumont
- Publié le 18-04-2015 à 05h46
Jacques-Barthélemy Renoz fut l'architecte de ces deux demeures de qualité, qu'il a transposées d'une rive à l'autre de la Meuse.LE JEUDI 28 FÉVRIER 2002, sous le n°143, nous avions traité du château de Beaumont, dit aussi "Le Petit Bourgogne", situé à présent sur Liège mais jadis sur ce qui devait être Sclessin. Cette petite maison, divinement décorée de stucs, boiseries, parquets et carreaux soufflés, avait été dès le départ l'une des résidences favorites du prince-évêque de Liège, Charles de Velbrück. Mme Bouvy Coupery de Saint-Georges et M. Tromp donnèrent, en 1988, l'historique complet de cette demeure (lire Maison d'Hier et d'Aujourd'hui, n°79), mais aussi de celle qui nous intéresse en ce jour.
Si Beaumont est posté sous Cointe et une colline qui fut bordée de vignes dépendant de l'abbaye du Val-Benoît, à Obbicht, le site est de plaine, largement ouvert sur la Meuse dont les berges sauvages conservent un aspect ancien. Malgré leur ressemblance, le manoir d'Obbicht diffère quand même par la date : 1780. Il fut érigé en second, son aîné, Beaumont, datant, lui, de 1775-1777. Renoz, architecte liégeois à qui l'on doit le merveilleux hôtel de ville de Verviers (de même que celui de Spa; détruit), et qui fut le concepteur du Vaux-Hall à Spa, obtint la commande à la dernière minute. Obbicht diffère également par l'absence de caves apparentes, alors qu'à Liège, elles sont exhaussées du fait de la pente.
Charmante gâterie
Du coup, ici, point n'est besoin d'un perron à deux volées. Puis à Obbicht il y a deux dépendances qui forment une charmante cour d'honneur. Il n'en est rien à Liège, sans que l'on en connaisse la raison. Ensuite, Obbicht est large de 18,65 mètres contre 14,90 pour Beaumont, grâce à deux travées de plus. Enfin, à Obbicht on compte un clocheton pour animer la toiture. Il n'y a pas cette charmante gâterie à Liège.
Le propriétaire d'Obbicht d'alors, Antoine-Guillaume de Paludé, maître par achat depuis le 3 septembre 1778, voulut reconstruire le château brûlé en 1722. Il était liégeois, hommes d'affaires et membre d'une famille de banquiers. Il demanda à l'architecte P. Rutten de dresser un état des lieux de ses nouveaux domaines. En 1779, Paludé tractait avec l'architecte Anthon Bex de Schinveld pour reconstruire le vieux château entouré d'eau, comme l'est la maison actuelle d'ailleurs. Puis, en 1780, Paludé changea d'avis et passa de l'excès aux économies en pariant sur la modernité. Il fit ériger un château neuf, relativement proche de la Meuse et à l'opposé de l'endroit où se trouvait le château médiéval. On sait qu'il passa par Sclessin, au château de Beaumont, qui en plus était situé tout près de la résidence de l'architecte Renoz. Et là, ce fut sûrement le déclic.
Mais Paludé ne profita guère de son caprice et il mourut en 1787, ici même. C'est son frère Jean-Henri qui hérita. Il était seigneur de Pappenhove et surtout de Caster (Belgique), tout près de Canne (Kanne; Pays-Bas), où l'on ira jeter un œil sous peu car il s'y passe un drame où naguère encore, les flammes jouèrent un rôle immense.
Toujours des flammes
Ici aussi d'ailleurs, car, après l'incendie de 1722, Obbicht, petit bijou de raffinement, allait connaître des heures difficiles. Après Jean-Henri de Paludé, mort en 1790, le domaine changea bien 20 fois de mains, dont celles des chevaliers de Spirlet, les barons Grovestins, le baron von Holmfeld, pour ne citer que les têtes couronnées de perles. En 1973, le bien fut acquis par M. Szymkowiak qui mérite, lui, et à jamais, une couronne de laurier, car il acheta une ruine et la remonta totalement. Et ce, à l'instar du baron Eric d'Huart, qui releva dans les années 1985-1990 le Vauxhall du Parc de Bruxelles. Il faut vénérer les gens fous, seuls capables de soulever des montagnes. Szymkoviak acheta donc une ruine car la belle perle avait été abandonnée lors de la Seconde Guerre mondiale et brûla en 1954, laissant des murs de quatre mètres vides en leur cœur. M. Szymkoviak en avait, lui, du cœur, et il s'enflamma pour Obbicht, de même que son épouse née van Heinsberg. Il avait un peu de sous sans doute (nous ignorons par quel biais) et il fut bien conseillé, d'autant que les archives de l'édification existent encore. Il rendit à Obbicht son prestige; ce qui lui vaut d'être classé alors qu'il pourrait être regardé comme un pastiche. La page Wikipedia indique que le château appartient au groupe Cockerill-Sambre; c'est drôle.
On ne visite pas mais la maison se voit très bien de la rue; la preuve ci-dessus.
Philippe Farcy
