L'efficacité des écoducs est contestée

Le 3 juin 2018, l'écoduc de Groenendael était inauguré en grande pompe par la ministre bruxelloise de l'Environnement Céline Fremault (CDH) et par son homologue flamand en charge de la Mobilité et du Bien-être animal, Ben Weyts (N-VA). Ce pont, qui mesure plus de soixante mètres de large et où l'on a aménagé plusieurs biotopes (partie boisée, petits étangs...), est censé permettre aux animaux de relier les deux pans de la forêt de Soignes qui sont séparés par l'autoroute. Un autre projet d'écoduc en région bruxelloise est d'ailleurs à l'étude, nous dit-on à Bruxelles Environnement.

Ces constructions coûteuses ne font pourtant pas l'unanimité auprès des spécialistes. "Les écoducs ne sont pas la panacée. Ce sont des infrastructures lourdes avec un coût conséquent (NdlR : 6,6 millions d'euros pour celui de Groenendael) qu'on ne peut pas généraliser sur l'ensemble de la Belgique pour des raisons budgétaires et d'économies de ressources", estime Michel Fautsch, bioingénieur et expert en biodiversité.

Ce dernier émet également des réserves quant à l'utilisation des écoducs par les espèces les plus fragiles "Certaines espèces s'acclimatent très bien à la présence de ces couloirs et d'autres beaucoup moins. Les renards, par exemple, ne doivent pas avoir de mal à les utiliser. Mais on ne peut pas en dire autant des blaireaux, qui se montrent généralement plus craintifs vis-à-vis des installations artificielles. On peut en revanche imaginer que ces passages profiteront à des espèces exotiques envahissantes comme les écureuils de Corée ou les ratons laveurs", précise-t-il.

Contrairement à ce qu'affirmait Ben Weyts lors de l'inauguration de l'écoduc de Groenendael, les écoducs ne suffisent par ailleurs pas à supprimer les effets néfastes de la fragmentation. "L'écoduc permet seulement à certains animaux de passer d'une partie à l'autre d'une forêt mais ne supprime pas les effets de la fragmentation. La forêt reste divisée en deux malgré tout, avec tous les effets négatifs que ça implique", ajoute M. Fautsch.

Utiles pour certains animaux

Faut-il pour autant abandonner la construction de ces passages pour la faune ? Non, répondent d'autres experts.

"Parfois, on mesure les effets d'un écoduc seulement plusieurs années après sa construction. On constate depuis quelques années que certains animaux comme le chat sauvage et la martre font leur retour chez nous et les écoducs permettent à certaines espèces de conquérir de nouveaux territoires. Le loup pourrait aussi profiter de ce type d'installation. Les réserves naturelles ne suffisent pas pour préserver les espèces menacées. Pour cela, il faut qu'elles puissent être reliées entre elles. C'est pour ça que dans certains cas, les écoducs sont nécessaires", nuance Corentin Rousseau, expert au WWF.

"On est à la traîne en Belgique. En Allemagne, il y a énormément de choses qui sont mises en place pour lutter contre la fragmentation causée par les routes : il y a de nombreux tunnels pour grenouilles, il y a des rues entières qui sont grillagées pour permettre aux batraciens de traverser… Ce sont des petites infrastructures mais elles ont toute leur importance", justifie de son côté Alexandre Leclercq, bioingénieur au Centre de recherches et d'études pour l'action territoriale (Creat-UCLouvain).M.Bts.

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