Aux Maldives, même quand il fait mauvais, il fait beau
Une destination idéale pour se déconnecter. Et revenir métamorphosé.

- Publié le 23-09-2020 à 15h21
- Mis à jour le 23-09-2020 à 15h18

La thématique du voyage était pour le moins attrayante : "network detox". Se désintoxiquer des réseaux sociaux ? Quelle merveilleuse idée ! D'autant plus alléchante qu'elle aurait pour cadre les Maldives, ses palmiers, son sable blond, sa mer turquoise. Le paradis quoi ! Même si chacun possède sa propre définition du paradis. Durant une semaine, on allait donc être séparé de Facebook, Twitter, Instagram, Google et plus si affinités. Soyons honnête, on ne fait pas partie des plus accros, mais l'expérience allait peut-être nous réserver des surprises sur l'état de notre dépendance !
Bruxelles-National, un dimanche d'automne, 15 h tapantes, on coupe le réseau. Si l'on a quand même emporté "la bête" - entendez notre téléphone intelligent (smartphone) -, ce sera avant tout pour donner des nouvelles aux enfants. On n'a pas l'intention de jouer l'orthodoxie au point d'utiliser le téléphone fixe de la chambre d'hôtel - on ne dispose pas non plus d'un budget illimité - alors un petit appel WhatsApp fera partie des entorses. Lors de l'escale à Doha, on regarde, par réflexe, son écran, histoire de savoir quelle heure il est en temps réel - on n'a pas encore réglé notre montre. Vu qu'on n'est plus relié au réseau, le changement d'heure ne s'est pas fait. On cherche une horloge. D'ici quelques heures, nous arriverons à destination.
Sentiment de liberté
Aéroport de Malé, capitale des Maldives, tôt le lendemain matin. Une publicité nous claque à la figure. Elle vante les vertus de la 4G. Au guichet de change, l'employé pianote sur son téléphone. Dans les allées, nombreux sont ceux qui ont le regard rivé sur leur écran. Nous, on se sent libre.
On ne va pas écrire que si le président américain Donald Trump devait être destitué, on n'en saurait rien, échouée que l'on est sur une des 290 îles touristiques des 1 196 que compte ce pays sis en plein milieu de l'océan Indien. Simplement, on l'apprendrait par une autre source que ce téléphone qui peut se révéler maudit quand il envahit la moindre parcelle de la vie privée.
Que l'on arrive sur un atoll par air ou par mer, une des premières choses qui surprend dans la configuration architecturale des "resorts" (terme anglais pour villages de vacances), c'est qu'aucune construction ne dépasse des palmiers. Enfin si, il y a bien une excroissance… Une tour en métal rouge et blanc, celle des télécommunications. Construite au milieu des années 90, elle a d'abord servi pour le téléphone, avant d'étendre ses capacités, au début des années 2000, pour Internet.
Nos consœurs journalistes jouent le jeu - à leur façon. Peu de téléphones à table, elles se réservent une utilisation plus intensive dans leur chambre. Pour le reste de la journée, les activités sont tellement soutenues qu'on n'a pas vraiment le temps de s'égarer sur les réseaux sociaux. Alexandra, notre gentille organisatrice, a créé un groupe WhatsApp, "Press Trip Maldives", afin de communiquer facilement entre nous. Elle m'y a inclus, mais est au courant que je ne le consulterai pas - et pour cause. Alors, quand une info importante doit m'être transmise, elle appelle le fixe de ma chambre. Mais un après-midi pluvieux, je n'y suis pas restée cloîtrée. Alors qu'un déplacement est quand même organisé pour aller voir les dauphins, je suis en train d'aligner les longueurs dans la splendide piscine du Meeru Island Resort. Le téléphone de ma chambre peut sonner à l'infini, il n'y a personne pour y répondre. Je me rassure en me disant que même avec le réseau, j'aurais loupé ce rendez-vous avec les cétacés.
Dans un autre resort, le Paradise Island, qui occupe toute l'île de Lankanfinolhu, on aperçoit des vélos. Et pourquoi ne pas faire un petit tour à bicyclette ? Sauf qu'elles ne servent à se déplacer que sur de très courtes distances. Le tour de l'île, on le fera donc à pied. Cet après-midi-là, profitant d'une plage de répit, on s'est donné pour mission d'observer qui emploie son smartphone et pour quel usage. Aucune surprise : la plupart l'utilisent pour prendre des photos. Peu de gens arborent encore un appareil photo traditionnel autour du cou. Les Maldives étant réputées comme destination pour les voyages de noces, presque tous les hôtels possèdent un photographe attitré qui se chargera de fixer sur papier glacé les "just married".
Cartes postales
Attirée par de jolies cartes postales sur le présentoir d'une boutique sise au Nika Island Resort à Kudafolhudhoo, on en a choisi six, rédigées et postées aussitôt - elles auront mis quelques semaines avant d'arriver à destination. Edoardo, le responsable du lieu, nous a surnommée "the oldschool woman". Oui, on aurait pu prendre une photo avec notre smartphone et la poster sur WhatsApp. Sûr que cela aurait été plus rapide, mais moins original et charmant.
À quoi peut encore servir un smartphone ? À se couper du monde et écouter de la musique, par exemple. De fait, on croise certains touristes avec des écouteurs vissés aux oreilles. Quel dommage ! Quand on peut se laisser bercer par le sac et ressac de la mer, écouter siffler les oiseaux ou le vent ainsi que, pourquoi pas, gronder et tonner l'orage !
La pluie peut s'inviter sans crier gare, comme nombre d'averses tropicales. Un soir, notre consœur Tanja consulte l'application Météo de son smartphone. Depuis que l'on est arrivé, on n'a pas encore connu un ciel bleu resplendissant. Si certains se désespèrent, ce n'est pas pour autant qu'il fait mauvais. Mais sur l'app, une unique icône : "nuage et orage". Pas de quoi bondir de joie. Pourtant, rétrospectivement, même si le soleil n'a pas brillé de ses mille feux, le temps était beaucoup plus nuancé. Un peu comme en Bretagne, où il change sans arrêt, mais pas comme en Belgique, où l'on peut se coltiner une, si pas plusieurs journées de pluie et de "lumière" grise d'affilée. Aux Maldives, même quand il fait moche, il fait beau !
Dans tous les moyens de communication que nous avons pris - que ce soit le bus, le speedboat, ou l'hydravion -, partout une même pancarte : "wifi available". Oui, mais pour quoi faire, en fait ? Peut-être chercher une info sur Internet. Si, durant cette semaine, nous a parfois démangé l'envie de pianoter sur Internet, ce fut, surtout, parce qu'on voulait l'utiliser comme un dictionnaire ; qu'on recherchait une info précise qui nous échappait et que cela nous énervait au plus haut point ! Mais bon, les magnifiques paysages nous faisaient rapidement oublier notre agacement.
Après une semaine d'affranchissement, il a bien fallu retomber les pieds sur terre. Et se reconnecter - car on utilise aussi les réseaux sociaux pour des raisons professionnelles. Franchement, Facebook, Twitter et Instagram ne nous ont pas manqué. Un moteur de recherche, peut-être un peu. Quant à nos boîtes courriels… Au moment de la reconnexion, la petite icône rouge, en haut à droite, s'est affolée : 400 messages non lus. Quatre cents ! Et de nouveau cette impression d'être submergé. Comme si un facteur venait de déverser une avalanche de lettres dans la boîte…
Marie-Anne Georges
Cet article résulte d'un voyage de presse organisé conjointement par Qatar Airways et #VisitMaldives
