Petit à petit, le néerlandais fait son nid

Tous bilingues en 2001. Tel était le slogan, il y a 5 ans, de Laurette Onkelinx, alors en charge de l'Education. On en est loin, même si des progrès ont été accomplis. En cause: une législation trop tatillonne...

O.M.

Tous bilingues en 2001. Tel était le slogan, il y a 5 ans, de Laurette Onkelinx, alors en charge de l'Education. On en est loin, même si des progrès ont été accomplis. En cause: une législation trop tatillonne...

La Belgique est un Etat fédéral "évolutif". Notre pays est une terre étrange qui abrite trois communautés linguistiques, ce qui nécessite de permanents aménagements pour permettre une cohabitation harmonieuse. Depuis 150 ans, le français, le néerlandais et l'allemand effectuent une danse complexe, l'anglais complétant depuis quelques décennies le ballet en raison de son rôle crucial sur la scène internationale.

Le Belge a la réputation, à l'étranger, d'être doué pour les langues. Mais sur son territoire, il peine à démêler le noeud des langues. L'évolution institutionnelle du pays n'est pas étrangère à cela.

Au-delà des grands discours, il y a des faits. Selon les statistiques européennes, 41 pc des Belges de plus de 15 ans disent maîtriser 2 langues étrangères. C'est mieux que la moyenne européenne: 26 pc. À l'intérieur de nos frontières? Voici quelques années, une enquête réalisée par des parlementaires soucieux de développer le bilinguisme, Robert Delathouwer (SP) et Magdeleine Willame (PSC), donnait les chiffres suivants. Les plus doués en langues sont les Bruxellois néerlandophones: 85 pc maîtriseraient le français. Ce serait le cas aussi de 70 pc des Flamands, bien que l'on constate, ces dernières années, chez eux, un certain désintérêt pour le français. Si les Bruxellois francophones s'en sortent avec les honneurs (65 pc disent connaître le néerlandais), les Wallons montrent combien le problème est épineux: seuls 38 pc d'entre eux maîtrisent l'autre principale langue du pays.

En 1996, Laurette Onkelinx lançait un message fort: "Tous nos élèves devraient être bilingues en 2001." Pour permettre ce saut spectaculaire, elle a coulé quelques souhaits en textes de loi.

LA VOLONTÉ ET DES OBSTACLES

En premier lieu, l'apprentissage d'une seconde langue est désormais obligatoire dans toutes les écoles wallonnes dès la 5e primaire. En Région bruxelloise, il l'est dès la 3e primaire. De plus, pour permettre aux écoles d'aller plus loin, la ministre-Présidente de l'époque avait décidé d'autoriser des expériences d'immersion complète et d'encourager les projets d'apprentissage précoce. Une circulaire diffusée en février dernier par Jean-Marc Nollet, l'actuel ministre du Fondamental, confirme ce pas.

"Les écoles et les pouvoirs organisateurs ont toujours le loisir d'organiser un cours de seconde langue plus important que le prescrit légal", dit-il. Ils peuvent augmenter le nombre d'heures dans les années où cet apprentissage est obligatoire et créer un cours dans des années antérieures. Pour stimuler l'apprentissage précoce, les écoles wallonnes peuvent ainsi "inclure 2 périodes de seconde langue dans les 28 périodes minimales hebdomadaires en 1e , 2e , 3e et/ou 4e primaires". Et encore: "Si l'on souhaite augmenter davantage le nombre de périodes de seconde langue, il y a lieu d'accroître l'horaire hebdomadaire jusqu'à 29, 30 ou 31 périodes." Le néerlandais, l'allemand ou l'anglais peuvent être choisis. La circulaire insiste sur les possibilités d'immersion et, de façon plus occasionnelle, sur la possibilité d'échanges linguistiques entre classes primaires des trois Communautés.

Fort bien. Mais il y a un obstacle: la difficulté qu'il y a à trouver des enseignants, a fortiori des native speakers: des instituteurs parlant la langue enseignée. Plusieurs établissements se sont déjà cassé les dents sur ce mur. Comme si cela ne suffisait pas, les effets de la pénurie de profs commencent à se faire sentir. D'autres, qui ont eu plus de chance, ont vu leur bonheur réduit à néant par les exigences des lois linguistiques de 1963.

Pour être nommés, ces enseignants néerlandophones doivent en effet réussir un examen approfondi de français. Si approfondi qu'ils sont nombreux à échouer. Or, un rapport de l'inspection linguistique insistait, voici quelques années, sur deux éléments essentiels pour l'apprentissage des langues, y compris à un âge précoce. Un: "les compétences linguistiques des enseignants chargés d'organiser cet apprentissage". Nous sommes au coeur du sujet. Deux: l'adéquation des méthodes selon l'âge des enfants (aspect ludique, situation de communication, immersion linguistique).

ÉCHANGE DE PROFS EN VUE

"Pour contourner cette difficulté, nous étudions avec mes collègues Pierre Hazette et Marleen Vanderpoorten la possibilité d'organiser des échanges d'enseignants entre Communautés redisait récemment, au "Vif", Jean-Marc Nollet. Mais le dossier est complexe. Nous nous heurtons notamment au problème des frais de déplacement." À des résistances politiques et syndicales également. Pour bien faire, il faudrait assouplir la législation. Les députés Delathouwer et Willame ont déposé des textes en ce sens. Mais en Belgique, la majorité des deux tiers n'est pas toujours facile à trouver, comme le prouvent à suffisance les "fameux" accords institutionnels du Lambermont.

Mais, selon Tessa de Broqueville, présidente de l'asbl Prolingua, "l'évolution est positive. La volonté politique se dessine. Je suis sûre que l'on y arrivera." Et de préciser: la pression des parents sera un élément déterminant.

© La Libre Belgique 2001


P>Ce n'est pas une surprise: l'anglais figure en tête du hit-parade des langues que l'on apprend dans l'Union européenne. C'est ce que confirment les statistiques dévoilées en mai par Eurostat, l'office statistique de l'Union. Nonante pour cent des élèves du secondaire apprennent la langue de Shakespeare. La Belgique fait à cet égard figure d'exception, son trilinguisme faisant du français, du néerlandais et de l'allemand un passage quasi obligatoire. Ainsi, 49 pc des petits francophones apprennent l'anglais contre 39 pc de néerlandophones. Cela s'explique: en Flandre, l'apprentissage du français comme deuxième langue est obligatoire, contrairement à ce qui se passe en Communauté française. Un autre enseignement intéressant? Les petits Bruxellois, qui commencent à apprendre une langue à partir de l'âge de 8 ans, ne sont pas les plus précoces de l'Union: l'apprentissage d'une autre langue commence en effet à 6 ans pour le petit Luxembourgeois. Les plus tardifs? Les Français et les Anglais, qui débutent à 1 ans. © La Libre Belgique 2001

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