Bruxelles fait la fête à la "petite reine"
Depuis 9 heures, dimanche, les rues de Bruxelles sont envahies par des milliers de cyclistes dans le cadre de la deuxième édition du dimanche sans voiture qui se déroule dans desconditions climatiques particulièrement favorables.Lire aussi l'éditorial : Un petit bouchon pour la route?... ou ce billet d'humeur d'un impatient du lundi
- Publié le 21-09-2003 à 00h00

En fin de matinée, les responsables des 6 zones de police ne signalaient aucun incident particulier. Comme l'an dernier, ils déplorent toutefois le comportement de certains cyclistes peu respectueux du code de la route, et rappellent que quelque 20.000 automobilistes disposent de dérogations. En outre, les transports en commun, renforcés sur certaines lignes, circulent également. Toutefois, indique-t-on au niveau des forces de l'ordre, on n'a pas constaté jusqu'à présent de comportements d'adeptes de la petite reine allant jusqu'à emprunter les tunnels et les viaducs, comme ce fut le cas l'en dernier. Les automobilistes disposant d'une dérogation semblent respecter la limite de vitesse généralisée de 30 km/h, hormis les chauffeurs de taxis, signale-t-on au niveau des zones de police de la région de Bruxelles-capitale.
ENTRETIEN
Chercheur au Centre pour le développement durable de l'Université de Gand, Johan De Mol nous livre son avis sur la question.
A votre estime, la "Semaine de la mobilité" et la "Journée sans voiture" ont-elles un réel impact sur le public ou se cantonnent-elles à de simples opérations de marketing ?
Je pense que c'est un peu les deux. Il s'agit à coup sûr de marketing, mais cela permet aussi de toucher davantage le grand public et de lui faire la démonstration que l'on peut rejoindre certains lieux sans forcément recourir à l'automobile. Je pense réellement que cela joue un rôle de sensibilisation, mais d'un autre côté les différentes actions menées sont encore trop limitées. Il faudrait répéter plus régulièrement ce genre d'initiatives durant toute l'année et les étendre à l'ensemble des villes du pays.
L'organisation doit aussi être mieux structurée. En ayant seulement quelques villes participant à la "Journée sans voiture", l'information ne passe pas toujours bien. On s'aperçoit que certaines personnes ne sont pas au courant et sont embêtées parce qu'elles ne peuvent pas atteindre en voiture le lieu où elles souhaitaient se rendre. C'est évidemment très contre-productif. Actuellement, chacun travaille dans son coin alors qu'il faudrait plutôt se mettre ensemble pour prendre des initiatives communes. Ce serait plus facile pour coordonner les offres de transports en commun notamment, et informer les gens des alternatives à la voiture disponibles. Il ne faut pas non plus perdre de vue que le succès de l'opération est très dépendant de la météo. Si le temps se maintient, l'édition de ce dimanche devrait connaître un grand succès.
Avez-vous le sentiment que ces journées servent de "laboratoires" où l'on peut expérimenter des mesures concrètes ?
Si on pouvait effectivement répéter ces expériences sur plusieurs périodes, je crois que ce serait possible. On pourrait alors réellement mesurer et comparer leur impact. Mais, de nouveau, sur une semaine et dans seulement quelques villes, ce n'est pas probant.
Les choses bougent en matière de mobilité ou bien y a-t-il un grand vide derrière les discours ?
On observe un changement des comportements, mais ce n'est pas encore fondamental. Si l'on regarde les chiffres de De Lijn (NdlR : la Société de transports en commun du nord du pays), on voit que la fréquentation augmente, mais cela ne diminue pas forcément les chiffres des autres moyens de transport parce qu'il y a beaucoup de choses que l'on fait toujours en voiture. Si l'on veut vraiment avoir une influence pour amener les gens à opter pour d'autres moyens de transport, il reste du travail car l'objectif n'est pas encore atteint.
Chez les adultes, l'habitude du "tout à la voiture" est bien ancrée, n'est-ce pas sur les jeunes générations qu'il convient de concentrer les principaux efforts ?
C'est vrai, mais une fois que ces jeunes atteindront l'âge de 18 ans, s'ils constatent que tout le monde a une voiture à sa disponibilité, il y a beaucoup de chance qu'eux aussi se tourneront vers l'auto. On ne pourra vraiment progresser en matière de mobilité qu'en développant les réseaux de transports en commun. Il faut accroître le nombre de points d'arrêt et augmenter les fréquences pour offrir aux gens la possibilité de choisir entre différents moyens de transport pour rejoindre l'endroit où ils veulent aller. Le but n'est pas d'exclure la voiture, mais de rationaliser son usage.
© La Libre Belgique 2003
