L'auto-goal de Marc Wilmots

PAR JEAN-PAUL DUCHÂTEAU

Le plus haut fait d'armes de la carrière parlementaire du sénateur Wilmots sera sans doute le problème sans précédent qu'il a failli causer à notre système institutionnel. L'homme de Jodoigne vient, en effet, d'annoncer qu'il ne siégerait désormais plus au sein de la Haute assemblée, sans toutefois en démissionner. Il se fait que la liste MR du Sénat ne comprenant plus aucun suppléant, la rentrée définitive au vestiaire de l'intéressé aurait pu provoquer une élection générale du Sénat deux ans avant terme!

Marc Wilmots aurait certes pu attendre discrètement la fin de la législature en touchant mensuellement son indemnité tout en délaissant les travées parlementaires. Une autre recrue libérale, Philippe Bodson, l'a fait sans apparemment beaucoup d'états d'âme. Mais il faut reconnaître au "taureau de Dongelberg" un bon stock d'amour propre. C'est, en effet, un congé sans solde qu'il s'octroie.

Pour justifier son choix, l'homme se montre visiblement désabusé par son expérience sur le terrain parlementaire. "Comment marquer vu qu'il n'y a pas de but?", aurait-il déclaré à son collègue Alain Courtois pour expliquer sa décision de se consacrer de nouveau exclusivement au football.

Sa carrière politique, qui avait débuté par un "goal en or" -109000 voix de préférence dans l'escarcelle du MR aux élections fédérales de mai 2003- se termine par un "auto-goal" plutôt lamentable.

Mais Wilmots n'est pas -et de loin- le principal responsable de cette aventure peu glorieuse. Son voisin et ami de Jodoigne, à l'époque tout puissant vizir de la famille libérale, avait manifestement vu en lui bien davantage un marqueur prolifique de suffrages qu'un futur sénateur assidu et travailleur.

Le recours à des pourvoyeurs de voix de préférence issus du monde des médias, des sports ou du spectacle, qui a touché la partie francophone du pays après avoir fait des ravages considérables en Flandre, se révèle être presque systématiquement un poison pour notre système démocratique. Sous prétexte de (ré)intéresser les électeurs à la vie politique, on pervertit, en effet, gravement l'usage de la représentation. Et on offre ainsi des arguments à une extrême droite qui a beau jeu, ensuite, d'exploiter le manque de professionnalisme du personnel politique.

Que feront les 109000 électeurs de Marc Wilmots lors du prochain scrutin? Nombre d'entre eux, orphelins de leur idole, ne seront-ils pas tentés de le rejoindre dans sa critique désabusée d'un "pouvoir législatif sans aucun pouvoir face aux ministres"?

© La Libre Belgique 2005

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