Mgr Léonard, cardinal ? Oui mais...
Revenu sur l'avant-scène de l'actualité, malgré lui, avec l'"affaire (bioéthique) de Louvain", André-Mutien Léonard va encore faire parler de lui suite à la parution d'un livre d'entretiens avec Louis Mathoux intitulé en toute simplicité...
- Publié le 06-10-2006 à 00h00

Revenu sur l'avant-scène de l'actualité, malgré lui, avec l'"affaire (bioéthique) de Louvain", André-Mutien Léonard va encore faire parler de lui suite à la parution d'un livre d'entretiens avec Louis Mathoux intitulé en toute simplicité... "Monseigneur Léonard" ! Une somme copieuse mais rarement indigeste de 340 pages où l'auteur, journaliste indépendant, soumet l'évêque à un feu roulant de questions sur l'homme, le clerc et ses conceptions. Le tout débouche sur une sorte d'autobiographie qui complète celle de feu Omer Marchal d'il y a quelques années. Le nouvel ouvrage sur la vie, les pompes et les oeuvres de l'évêque est d'autant plus intéressant qu'il y apparaît tel qu'en lui-même, avec ses (fortes) convictions, mais cela ne l'empêche pas de nuancer sa pensée qui est moins tranchée que ses adversaires l'imaginent. A l'évidence, l'évêque de Namur a aussi déboutonné sa soutane plus que de coutume. L'on apprend ainsi beaucoup sur sa jeunesse, éduqué comme ses trois frères par sa mère après la mort du père dès les premiers jours de la Seconde Guerre, victime des bombardements allemands. Emile Léonard, son géniteur qu'il n'a jamais connu, était un militant syndical chrétien imprégné de la doctrine sociale de l'Eglise. Il avait aussi écrit plusieurs essais et on peut se demander s'il n'aurait pas pu jouer un rôle politico-social si la guerre n'en avait décidé autrement. L'éducation chrétienne fut en tout cas décisive : les quatre frères Léonard embrassèrent la prêtrise ! Mais ce fut André qui atteignit les cimes ecclésiales après une solide formation en philosophie. Sa personnalité s'affirma dans les milieux universitaires. Non sans susciter quelque méfiance qui lui valut une étiquette de "réactionnaire", voire, pire, d'"intégriste". L'évêque a une explication : "Certains dans l'Université ou dans l'Eglise étaient très surpris de voir un professeur spécialiste de Hegel se montrer en si étroite con sonance avec l'enseignement de Jean-Paul II et du magistère de l'Eglise. Beaucoup estimaient qu'on ne pouvait être un intellectuel qu'à condition de se montrer critique à l'égard de l'Eglise catholique". Cité comme successeur possible de Mgr van Zuylen à Liège, André Léonard dut passer son tour en 1985. L'on apprend au passage que la Conférence épiscopale belge de l'époque n'était pas désireuse de le voir occuper ce poste... Ayant participé ensuite comme expert à la commission théologique internationale, il a pu se faire mieux connaître et apprécier "près du soleil" romain... Fin janvier 1991, une lettre de la nonciature lui annonçait que le Pape le nommait évêque de Namur. "J'ai été surpris de l'audace de Jean-Paul II parce qu'après toute la crispation autour de ma candidature et toutes les mises en garde, il m'avait quand même nommé !"
Des médias utilitaires
Une revanche sur ceux qui l'avaient critiqué ? L'évêque s'en défend. Et affirme n'avoir jamais agi sans réflexion et sans concertation. Mgr Léonard précise qu'il n'a jamais voulu fermer le Sénevé, la section de théologie du séminaire. Au contraire, il voulait à côté de lui "permettre aussi l'expression de sensibilités plus proches du Magistère". André-Mutien Léonard voyait même cette articulation autour de l'ex- recteur de l'UCL, Mgr Massaux.
Mais les vilains médias ont tout gâché ! Il s'imposait de resituer là aussi ce qui a tout d'une relation amour-haine. Le pastiche de Brassens sur "Matin Première" - où l'évêque s'en prit aux informateurs religieux - ou encore le reportage de "Strip-Tease" - où on le vit dans son lit ! ? L'évêque assume toujours tout deux lustres plus tard, avouant que les médias sont souvent utilitaires pour lui pour faire passer le message chrétien ! Mais il n'en garde pas moins une solide dent contre Gabriel Ringlet... Et joue le grand modeste lorsqu'il dit "n'être que l'évêque de Namur qui n'a pas à publier régulièrement dans les organes de presse nationaux"...
De longues pages sont consacrées aussi aux questions éthiques. L'évêque y serine qu'il "ne raisonne jamais en termes d'interdiction" mais il ne s'écarterait pas d'un cil de la doctrine officielle... Et pourtant, dans d'autres domaines - lire ci-dessous -, il entrouvre la porte. Il en ressort un Léonard toujours très sûr de lui mais pas loin de faire quelques ouvertures évangéliques. Pour devenir cardinal ou... pape, alors ? Que nenni, loin de lui ces pensées...
"Monseigneur Léonard. Entretiens avec Louis Mathoux". Editions Mols et Parole et Silence; 340 pp, environ 23 €.
© La Libre Belgique 2006
Le porno nuit comme le tabac Au long des 340 pages d'entretiens, l'évêque de Namur distille des jugements qui ne feront pas l'unanimité. Mais il les assume. Et remet les pendules à l'heure... Sur Mai 68 : "J'ai vu quelques traits positifs, une remise en question de ce qui était sclérosé, mais ces éléments ont été si vite récupérés par des idéologies nihilistes, marxistes et antichrétiennes que j'ai perdu toute sympathie pour ce mouvement". Au contraire de... Charles de Gaulle dont le retour l'a fait vibrer ! Sur les livres de Gabriel Ringlet : "Le peu que j'en ai lu m'a paru davantage de l'ordre de la rhapsodie, de l'image, de la suggestion poétique, que d'une pensée articulée, d'un système construit". Son "journal d'inspiration chrétienne idéal" : "Un journal qui cherche à sympathiser en profondeur avec les grandes convictions et les options majeures de l'Eglise catholique de notre temps". Ses modèles ? "Famille chrétienne" mais aussi "La Croix". Et "Vers l'Avenir" - dont il demeure un actionnaire minoritaire ? "Les événements religieux ne sont pas toujours répercutés avec la compréhension et la sympathie que l'on pourrait attendre." Mgr Léonard exprime aussi sa sympathie pour le roi Baudouin et pour l'actuel couple royal mais dément en avoir été ou en être proche. S'il loue l'objection de conscience de feu Baudouin, il n'a guère d'estime pour les hommes politiques (sociaux-)chrétiens qui n'en ont jamais manifesté. Et pourtant, il reste favorable à un parti d'inspiration chrétienne tout en se réjouissant de voir des chrétiens dans toutes les formations. Plus surprenant : il admet que l'on enlève les signes distinctifs religieux des lieux publics, tels les prétoires, mais aussi les laïques ! Enfin, parmi bien des propositions, on épinglera son désir de traiter la pornographie comme le tabagisme : ils sont aussi nuisibles l'une que l'autre... © La Libre Belgique 2006
