Orange, bleu... et vert ?

Ecolo est d'avis que la N-VA constitue un "problème" pour le fédéralisme belge, a conclu le Bureau des Verts qui font de leur association avec Groen! et de l'intégration d'une politique favorable au climat autant de préalables à d'éventuelles discussions avec les négociateurs de l'orange bleue.Le Secrétaire fédéral d'Ecolo Jean-Michel Javaux a communiqué lundi la position de son parti à l'explorateur Herman Van Rompuy.

V. d. W.
Orange, bleu... et vert ?
©BELGA

Vendredi, on s'était bien rendu compte que cela n'était pas anodin. En intercalant sa rencontre avec le secrétaire fédéral Ecolo, Jean-Michel Javaux, entre les entrevues qu'il avait eues avec les présidents du CD & V, de la N-VA, du VLD, du CDH et son entretien avec Didier Reynders, le président du MR - pour tirer avec lui une série de premières conclusions -, l'explorateur, Herman Rompuy (CD & V), a-t-il voulu envoyer un signal ? Certains le pensent, d'autres en sont fermement convaincus.

La Jamaïcaine ? A plusieurs sources, on estime qu'un scénario est peut-être en train de se dessiner. Un scénario assez osé puisqu'il n'a jamais été tenté dans notre pays et qu'il suppose de briser les barrières qui, par le passé, ont empêché ce type d'alliance. Il n'est donc pas impossible que l'explorateur soit en train de travailler sur un scénario à la jamaïcaine, qui associerait donc les démocrates-chrétiens et les humanistes (CD & V-N-VA et CDH), les libéraux (MR et VLD) et... les écologistes (Ecolo et Groen !).

Contrairement à ce que l'on avait pu penser, les verts seraient associés aux travaux dès la reprise des négociations. Il s'agirait donc bien de chercher à constituer une véritable tripartie mélangeant l'orange, le bleu, le vert et non pas de solliciter plus tard l'appoint des écologistes pour une réforme de l'Etat.

Avantage francophone. Les francophones ne rejetteraient pas ce scénario, bien au contraire. Car ils ont, de tout temps, exigé que si réforme de l'Etat il devait y avoir, elle soit non seulement équilibrée sur le fond mais aussi votée grâce à une majorité au Parlement qui ne soit pas trop flamande. Le recours au groupe Ecolo (8 Ecolo, 4 Groen !) assurerait en partie cet équilibre. L'appoint des verts serait insuffisant pour les deux tiers : certains négociateurs estiment que les socialistes flamands pourraient, malgré d'actuelles divergences internes, apporter leur soutien à une réforme de l'Etat pourvu qu'elle aille dans la direction qu'ils ont déjà souhaitée (régionalisation de l'emploi, par exemple). Mais contrairement aux écologistes, soucieux d'apporter leur marque verte au programme du gouvernement fédéral (en termes de développement durable, par exemple, mais pas seulement), les socialistes flamands, lourdement sanctionnés aux élections du 10 juin, ne demanderaient pas à faire partie des futurs coalisés.

Pas de troc. Fidèles à leur déclaration, les écologistes ne marchanderaient pas leur soutien ("Pas de troc", avait dit Jean-Michel Javaux dans "La Libre" du 29/8) mais ils seraient associés à toute la négociation. Nuance importante à leurs yeux.

MR et CDH, outre qu'ils devraient un peu se serrer à la table du gouvernement limitée à 15 ministres, ne dédaignerait pas ce renfort vert. Il correspond, dit-on, aux voeux de l'électeur : cela fait un gagnant de plus autour de la table. On se souvient aussi que Joëlle Milquet avait invité Ecolo à se mouiller. A l'époque, le refus avait été poli mais ferme. Et l'on connaît la très grande complicité qui unit Jean-Michel Javaux à Didier Reynders : sans dire qu'ils travailleraient main dans la main (au niveau économique et fiscal, il y a plus que des nuances entre leurs programmes...), ils pourraient apparaître complémentaires, voire complices.

Dernier avantage pour les francophones du MR et du CDH à la participation des verts : celui d'isoler les socialistes dans l'opposition au fédéral... mais pourquoi pas aussi dans les Régions et à la Communautés en 2009. Mais nous n'en sommes pas encore là, évidemment. Car tout le monde sait, bien sûr, que les accords préélectoraux, cela n'existe pas...

Dépit socialiste. Les socialistes, réunis samedi et dimanche à Floreffe, pour leur université d'été, ont éprouvé un certain mal à cacher leur dépit d'être tenus à l'écart de la noce. Certes, Elio Di Rupo a-t-il tenu à dire, "en toute humilité", que son parti n'aurait aucun mal à opter pour l'opposition. Mais il a quand même rappelé que le PS était un parti d'expérience et constructif. Rudy Demotte, le ministre-Président du gouvernement wallon, n'a pas hésité à se demander si l'on n'avait pas lancé une Fatwa à l'égard du PS. Difficile de dire autrement que l'on est un peu blessé...

N-VA indispensable ? Revenons à notre scénario qui inclurait les verts dans la négociation gouvernementale. Il aurait aussi un avantage : celui de rendre moins indispensables les voix de la N-VA qui, depuis le début des négociations, semble exercer une forme de chantage sur le CD & V, exigeant à tout prix que la réforme de l'Etat soit radicale et entièrement négociée pendant la formation du gouvernement. De là à prétendre que le CD & V briserait son cartel, il y a une marge impossible à franchir actuellement. Le cartel repose sur un écrit, il ne s'agit pas d'une association momentanée. Et Yves Leterme, le père de ce cartel, tient à cette alliance. La N-VA servira au CD & V à durcir la réforme de l'Etat, tandis que les écologistes, s'ils viennent, pourraient inciter la N-VA à parler un ton plus bas.

Zéro ? Il ne s'agit-là, rappelons-le, que d'un scénario qui circule. Pas vraiment de la politique-fiction mais une possibilité nouvelle qui permettrait de relancer les négociations, d'une petite chose qui donnerait aux négociateurs l'impression que l'on ne recommence pas tout à zéro.

Avec les Verts à table et les socialistes flamands en réserve, les négociateurs auraient un tout petit peu progressé. Mais il resterait toujours de grandes difficultés : comment scinder BHV (une scission que les Flamands refusent de "payer"), quand négocier la réforme de l'Etat (avant ou après la constitution du gouvernement) et, bien sûr, quel serait le contenu de cette réforme ?


MR et PS: un appel au dialogueLe MR et le PS effectuaient, ce week-end, leur rentrée politique. Le ton a été différent même si les deux présidents ont lancé un appel au dialogue. Didier Reynders, président du MR, a répété que son parti restait ouvert au dialogue. "On ne peut pas refuser le débat avec 6 millions d'habitants de ce pays". Insistant sur les bonnes relations que le MR entretient avec l'Open VLD, il a invité toutes les familles politiques à en faire autant et à continuer le dialogue au-delà de la frontière linguistique. Dialoguer, oui, mais pour quoi faire ? "Dialoguer, c'est accepter de faire évoluer la Belgique fédérale au bénéfice de tous les citoyens. Refuser le dialogue ne mène à rien. On ne peut faire la Belgique fédérale tout seul comme on ne peut pas faire l'Europe tout seul. Nous n'avons pas peur de négocier mais nous resterons fermes. Nous n'abandonnerons pas nos convictions ni sur le plan économique et social ni en ce qui concerne la défense des francophones sur le plan institutionnel", a encore ajouté M. Reynders en appelant le prochain gouvernement à mettre au point un vrai projet fédéral et fédérateur qui traduise les voeux des électeurs. Au PS, Elio Di Rupo a appelé l'orange bleue à se ressaisir 84 jours après les élections. Il a rappelé que la population attendait des signaux du politique notamment en matière d'emploi, une thématique qui était au centre des universités d'été du Parti socialiste. "Les revenus ne suffisent plus aujourd'hui pour vivre dignement", a dit M. Di Rupo, rappelant les propositions de son parti en faveur de diminutions fiscales ciblées sur les bas revenus mais aussi, pour lutter contre la précarité des travailleurs, le souhait de généraliser le contrat de travail à durée indéterminée, de même que l'extension des allocations familiales majorées en septembre. Rappelant également les propositions socialistes en faveur d'un prix maximum de l'énergie ou d'une majoration des pensions, Elio Di Rupo a lancé aussi un appel au dialogue : "Sans dialogue, sans solution raisonnable, il n'y aurait plus de Belgique".

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