Crise belge, regards étrangers

Un peu de modestie, d'abord : si Bruxelles est l'une des villes qui compte le plus de correspondants de presse étrangers au monde, ce n'est pas parce que le feuilleton politique belge passionne le monde entier mais bien à cause du rôle joué par la capitale comme siège principal des institutions européennes. Chattez de 12h à 13h avec Charles Michel.

Pierre Gilissen
Crise belge, regards étrangers
©Christophe Bortels

Un peu de modestie, d'abord : si Bruxelles est l'une des villes qui compte le plus de correspondants de presse étrangers au monde, ce n'est pas parce que le feuilleton politique belge passionne le monde entier mais bien à cause du rôle joué par la capitale comme siège principal des institutions européennes. N'empêche que, ne fût-ce que parce qu'ils résident durant des années chez nous, les correspondants étrangers finissent par développer une expertise plus ou moins étendue en la matière. Coup de sonde auprès de 3 d'entre eux.

Et tout d'abord, quand ont-ils pour la dernière fois couvert le sujet ? Griselda Pastor, espagnole, en poste depuis 12 ans, a fait pour sa radio Cadena SER un sujet en juillet sur la présidence belge de l'Union. "En Espagne, on ne s'intéresse pas aux détails de la situation belge parce que dans la mentalité espagnole - pas la basque ni la catalane - il n'y aura jamais de scission de la Belgique. Chez nous, les médias et les hommes politiques pensent que c'est impossible et que les menaces de scission ne sont que du bluff". Parce que les parallèles avec la situation locale pourraient faire peur ? "Non, chez nous, les langues sont une question régionale mais l'Etat central ne se sent jamais remis en question. En Espagne, on peut parler espagnol partout."

Mais à titre personnel, elle est plus inquiète. "Je crains que sans le vouloir, vous ne finissiez par arriver à un point de non-retour vers la division du pays. Les oreilles espagnoles ne sont pas prêtes à entendre cela mais en Belgique, l'idée d'une scission a fait son chemin, même au sud du pays. On est passé d'un gros scandale à une discussion sur combien ça coûterait. Pour moi, c'est étonnant la manière dont vous arrivez à discuter de manière froide sur la régionalisation de l'impôt des personnes physiques. C'est quand même la base de la solidarité, non ? En Espagne, tout est noir ou blanc, on ne pourrait pas faire cela."

Pour elle, la présidence belge du conseil européen est affectée par l'absence de véritable gouvernement fédéral. "J'ai couvert la précédente présidence belge et il y a une énorme différence. On ne sent pas où sont les priorités de la présidence belge, alors que la Belgique a toujours été l'un des moteurs de l'Union." Mais elle ajoute quand même deux bémols. "L'Europe est en crise et le nouveau traité enlève certains pouvoirs à la présidence tournante. Juste avant la Belgique, l'Espagne, qui a inauguré le système, n'a pas fait mieux."

Stephen Castle est, lui, en poste depuis 3 ans à Bruxelles pour le International Herald Tribune, quotidien américain basé à Paris. Pour lui, le seul impact "européen" de la crise belge se pose en termes d'image. Il partage par contre une partie du diagnostic de sa consoeur. "Il y a trois ou quatre ans, personne n'envisageait sérieusement une scission du pays. Actuellement, c'est devenu un sujet de débat. C'est la fin d'un tabou. Mais cela ne veut pas dire que la scission va avoir lieu. Parce qu'opérer celle-ci serait quand même beaucoup plus difficile que de faire des réformes institutionnelles." Il avoue couvrir bien peu l'actu belge : le dernier sujet qu'il a fait pour son journal remonte au lendemain des élections.

Autre pays, autre perception. Voilà 4 ans que François Beaudonnet couvre l'actualité européenne et belge pour France 2 et l'intérêt du public français pour la question belge est nettement plus soutenu que dans d'autres pays. Au lendemain de la sortie de Laurette Onkelinx sur le "plan B", il a fait un sujet "sous forme de politique-fiction" pour le 20 heures et il prépare cinq fois cinq minutes sur la Belgique pour le 13 heures de la chaîne. Mais ce lundi, la situation lui paraît encore trop floue pour faire un sujet.

Et quid de la scission de la Belgique ? "Je ne parierais pas là-dessus. Je suis persuadé qu'il y a encore une solution qui va sortir. C'est beaucoup plus compliqué de divorcer que de continuer comme cela. La Belgique ne va pas se séparer demain." Mais à plus long terme : "Quand on aura épuisé toutes les formules, on fera quoi ? Tout cela m'attriste. Ce pays perd une énergie folle, au lieu de résoudre les problèmes urgents, comme l'état des routes en Wallonie, ou la sécurité à Bruxelles. Il y a plein de choses ne marchent pas de manière satisfaisante ici." Plein de choses, mais pas la présidence du conseil qui, selon lui, se déroule normalement. Enfin, un mea culpa pour conclure, partagé par sa consoeur espagnole : "L'actualité belge, on la suit presque uniquement dans les médias francophones, alors que dans la réalité, la Belgique, ce sont deux pays qui cohabitent."

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