Les yeux bruns de Noam
C'est une "victime pure" – comprenez, dans le jargon judiciaire : qui n'a jamais fait de mal à personne. Et pour cause, quand il est mort, le 7 octobre 2008, après avoir été jeté au sol, secoué, étranglé, étouffé et ébouillanté par de l'eau et de l'huile, Noam Lixon n'était qu'un bébé de onze mois.
- Publié le 25-03-2011 à 07h05
- Mis à jour le 25-03-2011 à 08h23

C'est une "victime pure" – comprenez, dans le jargon judiciaire : qui n'a jamais fait de mal à personne. Et pour cause, quand il est mort, le 7 octobre 2008, après avoir été jeté au sol, secoué, étranglé, étouffé et ébouillanté par de l'eau et de l'huile, Noam Lixon n'était qu'un bébé de onze mois. C'est en son nom que les avocats des parties civiles (la famille de la maman de Noam, décédée quand le petit avait deux jours, et son papa, Rahim Lixon) ont plaidé jeudi, devant la cour d'assises de Namur où Coralie Gossiaux, 22 ans, doit répondre de ces faits atroces commis à Brûly, près de Couvin.
Coralie Gossiaux et Rahim Lixon se sont rencontrés en mai 2008. Elle avait aussi un petit garçon, Lorenzo, à peine plus âgé que Noam. Début juin, elle emménage chez Rahim. Elle rencontre une première fois Noam chez les grands-parents paternels, où le bébé est hébergé. L'enfant, orphelin de mère, est "partagé" depuis sa naissance entre les deux familles. Le week-end, Rahim reprend son fils pour s'en occuper. Désormais avec Coralie. Très vite, l'accusée se montre violente envers le fils de son compagnon. Le 28 juin, en revenant du travail, le papa retrouve Noam avec une tempe tuméfiée. Il serait "tombé de son relax", lui explique Coralie. Elle est aujourd'hui en aveux d'avoir porté des coups au bébé. On sait aussi qu'elle a "secoué" l'enfant en juillet. Noam passe une grande partie de l'été chez ses grands-parents paternels et dans sa famille maternelle, en particulier chez Tatie France, la sœur de sa maman décédée, qui s'en occupe tendrement.
Coralie voit peu l'enfant, mais se montre immédiatement agressive avec celui qu'elle appelle "le singe" ou "le fils de la crevée". A la maison, elle vire tout ce qui pourrait rappeler la défunte : elle vend les meubles, se débarrasse des vêtements de Claude, des photos…
Le 2 octobre, en raison d'importants soucis de santé de sa grand-mère paternelle, Noam vient habiter chez son père. Au service d'aide à la jeunesse, où Coralie accompagne Rahim, on est plutôt soulagé : la jeune femme se montre de bonne volonté et prête à faire tourner la petite famille recomposée; elle a déjà un enfant; elle saura bien s'occuper de Noam. Cinq jours plus tard, les ambulanciers appelés au domicile familial découvriront le petit corps massacré de l'enfant, sans vie.
Pour Me Jean-Paul Revelart, avocat du père de Noam, il y a donc bien eu préméditation dans le chef de Coralie Gossiaux. Il y a eu des précédents de violence avant le 7 octobre 2008, où il y a eu huit scènes de coups, rappelle-t-il. "Les souffrances de cet enfant ont probablement duré deux, trois heures. Elle est allée de plus en plus fort dans la manière de le traiter, il y a une gradation constante dans les coups. Quel est le but, sinon qu'il disparaisse ?"
Noam. "Il n'est pas facile de parler de quelqu'un qui n'est pas là", poursuit l'avocat. Qui plonge sous son banc pour en ressortir un cadre avec un grand portrait : celui d'un magnifique petit garçon aux yeux noisette, un canard de bain à la bouche. "Je ne veux pas créer l'émotion, mais si nous sommes ici aujourd'hui, c'est pour lui. Cet enfant n'a jamais rien fait à Coralie et n'avait aucun moyen de défense. Ne l'oubliez pas !" Plusieurs jurés écrasent furtivement une larme.
Dans le même sens, Me Henry, avocate de la famille de Claude, la mère de Noam, enjoint au jury de répondre oui à toutes les questions : l'accusée est coupable d'homicide volontaire avec intention de donner la mort : "Si on n'a pas l'intention de tuer, on ne revient pas à sept reprises à la charge sur un être sans défense." Idem pour la torture : "L'entièreté du processus relève de la torture."
Et qu'on ne se trompe pas de victime, ajoute l'avocate : "On va vous plaider une enfance malheureuse. Or, ses parents ont été présents, actifs. Ce sont eux qui l'ont sortie de la drogue et de la prostitution à Charleroi. Et même si elle a subi des viols de son grand-père, ce n'est pas une raison pour avoir fait cela à Noam."
De son côté, Me Jean-Philippe Rivière, qui représente aussi la famille de Claude, a voulu "donner une voix à Noam". Il est revenu, en parlant à la première personne, sur la courte vie et les souffrances endurées par le petit garçon qui n'a jamais pu souffler sa première bougie. "Ce petit gars n'avait pas sa place dans votre vie de gamine capricieuse et gâtée", a-t-il lancé à l'accusée. "Il fallait que Noam disparaisse pour que Coralie puisse avoir sa vie de rêve. Oui, elle a voulu la mort de Noam. Elle s'est acharnée en torturant Noam."
© La Libre Belgique 2011
