Gardiens de Jamioulx : procès sous tension

Haute tension, disait-on : elle existait en août 2009, quand un détenu de la prison de Jamioulx avait succombé, maîtrisé par trois gardiens, qui l'avaient contraint alors qu'il se débattait.

Philippe Mac Kay

Haute tension, disait-on : elle existait en août 2009, quand un détenu de la prison de Jamioulx avait succombé, maîtrisé par trois gardiens, qui l'avaient contraint alors qu'il se débattait.

Tension encore, hier matin, devant le tribunal correctionnel de Charleroi où comparaissaient ces agents pénitentiaires, poursuivis pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Tension, toujours, avec des policiers à l'entrée de la salle d'audience, accompagnés de chiens, et d'autres, dans la salle d'audience, à deux pas de proches de Michael Takin, 31 ans à l'époque. Détenu à la prison de Jamioulx, Takin était ce qu'on appelle une carrure : un mètre nonante, une bonne centaine de kilos et, pour ne rien faciliter, des problèmes psychologiques, ce qu'on appellera des sautes d'humeur.

Ce jour d'août, quand les agents pénitentiaires sont dans sa cellule, Takin a rué. On l'a maintenu, aux bras, aux jambes. Les agents, à trois, semblaient ne pas suffire. Des renforts sont arrivés - deux autres gardiens - mais à ce moment, Takin était maîtrisé, déjà, grâce à une clé de bras. On l'a soulevé, emmené dans le couloir, vers une autre cellule, et il s'est effondré, mort.

A l'audience sous haut contrôle, mercredi matin, les proches étaient là. L'une d'elles, provocation ou maintien ordinaire, mâchouillait à l'audience. Le président Moulard l'a priée d'en rester là; elle a refusé. Il y a eu des mots, elle a dû quitter, force oblige, la salle d'audience. Quelques minutes plus tard, la famille a crié, à l'audience et dans le couloir, si haut et si fort que les chiens policiers ont aboyé. On a emmené un récalcitrant.

L'audience a permis au légiste d'expliquer que Michael Takin avait succombé à une fracture du larynx, aggravée par une pression thoracique et le transport entre les cellules. Les trois gardiens, longuement, minutieusement entendus par le président Renaud Moulard, ont expliqué la scène, leur réaction, les bras et les jambes du détenu qui se débattait, les collègues entrés et qu'ils n'ont pas vus, quand il était de toute façon trop tard.

Mais aussi la manière dont ils sont, eux, préparés à ce type d'événements : deux demi-journées, de la théorie et de la pratique, quand ils entrent dans une cellule où quelque chose pourrait se produire, qui les obligerait à réagir vite, à contenir le détenu, comme ils l'avaient fait ce jour-là.

On avait menotté Takin, les bras devant, puis un relâchement, puis les bras dans le dos, parce qu'il se débattait toujours. Il y a eu un moment où il a dit : "Ça va", peut-être comme on abandonne, comme on demande qu'on en finisse. Finalement, on l'a soulevé, un par chaque aisselle, en le transportant dans le couloir. On avait relâché l'étreinte, le temps de passer la porte, trop étroite. "Il y avait encore du tonus musculaire", a dit l'un d'eux.

Dans la salle d'audience, surchauffée, compacte, faite de ce qu'on imagine être le soutien des uns et des autres, les trois prévenus, tous trois agents pénitentiaires toujours en fonction, ont dit ce qu'ont été ces instants-là.

Eux non plus ne sont pas des mauviettes, physiquement parlant. Cela, et leur formation, devrait pouvoir expliquer ce qui s'est passé dans une cellule de Jamioulx, un jour d'août 2009.

Le réquisitoire et les plaidoiries auront lieu le 31 octobre.

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