L'apparition Marc Lejeune

Toutes proportions gardées, c'est un séisme qui a secoué Beauraing, le 14 octobre dernier. Habituée depuis le début des années 80 à des mayeurs socialistes (hormis l'intérim d'un dissident PRL de 1989 à 1994), cette commune rurale et forestière du sud namurois s'est choisi un bourgmestre CDH, en la personne de Marc Lejeune, ingénieur agronome de 51 ans. A la tête d'une liste associant humanistes, réformateurs et indépendants, ce Beaurinois pur jus s'est permis le luxe de détrôner un monument local, le député-bourgmestre PS Jean-Claude Maene, aux commandes de la ville depuis douze ans. Qui plus est, la bande à Marc Lejeune s'est octroyé une majorité absolue de 11 sièges sur 19. "Une première dans la commune" , avance-t-il fièrement. Première qu'il doit en bonne partie aux beaux scores réalisés par ses colistiers MR. La liste rivale n'empocha que 36 % des suffrages, Ecolo se chargeant de ramasser les miettes. "C'était quand même un vrai chambardement , confie le nouveau maître des lieux. Ils ne s'y attendaient pas; de l'autre côté, surtout qu'ils avaient obtenu 9 sièges en 2006 et qu'ils avaient en plus enrôlé deux locomotives du MR."

Laurent Gérard

Bourgmestres-surprises (2) BEAURAING Portrait Toutes proportions gardées, c'est un séisme qui a secoué Beauraing, le 14 octobre dernier. Habituée depuis le début des années 80 à des mayeurs socialistes (hormis l'intérim d'un dissident PRL de 1989 à 1994), cette commune rurale et forestière du sud namurois s'est choisi un bourgmestre CDH, en la personne de Marc Lejeune, ingénieur agronome de 51 ans. A la tête d'une liste associant humanistes, réformateurs et indépendants, ce Beaurinois pur jus s'est permis le luxe de détrôner un monument local, le député-bourgmestre PS Jean-Claude Maene, aux commandes de la ville depuis douze ans. Qui plus est, la bande à Marc Lejeune s'est octroyé une majorité absolue de 11 sièges sur 19. "Une première dans la commune" , avance-t-il fièrement. Première qu'il doit en bonne partie aux beaux scores réalisés par ses colistiers MR. La liste rivale n'empocha que 36 % des suffrages, Ecolo se chargeant de ramasser les miettes. "C'était quand même un vrai chambardement , confie le nouveau maître des lieux. Ils ne s'y attendaient pas; de l'autre côté, surtout qu'ils avaient obtenu 9 sièges en 2006 et qu'ils avaient en plus enrôlé deux locomotives du MR."

Le 3 décembre dernier, Marc Lejeune a prêté serment. Un moment chargé d'émotion. "On ne devient pas bourgmestre sans avoir du cœur" , témoigne-t-il. Son papa, âgé de 83 ans, était présent au premier conseil communal. Il faut dire que M. Lejeune père fut le dernier bourgmestre (CDH, lui aussi) de Pondrôme, avant la fusion avec Beauraing. "C'était un grand moment d'émotion pour lui. Il s'est beaucoup investi lui-même, et certainement au détriment de sa famille. Il était toujours au service des gens, et exigeait la même chose de ses enfants. Combien de fois, les années de sécheresse, ne sommes-nous pas allés en tracteur, avec mon frère, pomper de l'eau à la rivière pour donner un coup de main à ceux qui étaient en panne d'eau !"

Un jour, pourtant, papa Lejeune se retira de la politique, bien décidé à consacrer davantage de temps aux siens. Toute la famille prêta serment : la politique n'entrerait jamais plus à la maison. Des années plus tard, Marc allait cependant briser le serment. "Mais dans une vie, il y a des étapes, se justifie-t-il. A un moment, il faut savoir donner du temps aux autres. J'adore ma commune. Je connais toutes les forêts, tous les vieux chemins. Mon cœur est à Beauraing."

Conseiller municipal dans l'opposition

Alors, en 2006, quand on vient lui proposer une place sur la liste CDH pour les communales, il dit oui. "C'est un parti du centre, qui me convient. C'est un peu familial, cette histoire du CDH." Placé à une discrète 17e place, Marc Lejeune réalisera pourtant le meilleur score de la liste. "Malgré un accord préélectoral avec le CDH, le PS s'est allié au MR." Marc Lejeune se retrouve conseiller communal dans l'opposition. Mais cela lui importe peu. "Dans la majorité ou dans l'opposition, je ne voyais pas l'importance. J'étais heureux d'être élu et de pouvoir travailler pour les autres." Son opinion sur la question changera assez vite : "Au bout d'un temps, j'ai quand même compris qu'il valait mieux être du côté de la majorité."

Loin d'être dégoûté par le revirement du PS, il bosse sans compter. "J'ai tout donné, monté des dossiers, défendu des intérêts auprès des ministres CDH." Un travail reconnu largement, et pas seulement dans les rangs du CDH, au moment de confectionner les listes pour les élections 2012. "J'ai reçu plusieurs propositions (PS, Ecolo, MR), mais j'ai préféré créer une liste, parce que je voulais faire de la politique autrement." C'est-à-dire ? "Quand on est au pouvoir depuis longtemps, on s'éloigne de la population. On avait des dirigeants qui ne communiquaient pas, qui ne faisaient pas participer les gens; des dossiers qui patinaient. Moi, je voulais retourner vers les gens, et aussi nous fixer des obligations de résultats. Sinon c'est trop facile."

Durant la campagne, la population s'inquiète pour lui et sa liste "Energies". "Ils me disaient : 'Marc, c'est bien, mais on a peur que tu te sacrifies pour tes idées'." Mais de jour en jour, la confiance progresse. "On sentait l'engouement de la population, l'envie de renouveau." Et le jour J, le miracle se produit. Quatre-vingts ans, quasi jour pour jour, après les apparitions de la Vierge Marie à des enfants du village, les 9 000 Beaurinois voient apparaître un mayeur CDH.

Depuis, comme son père avant lui, Marc Lejeune a mis sa vie familiale entre parenthèses, tout comme son job au domaine de Mirwart, pour se consacrer à la revitalisation du centre de Beauraing; à la mise en place du zoning tant attendu; à la création d'un réseau de promenades-bivouacs; aux relations avec la France voisine; ainsi qu'au redressement des finances communales. "En 2013, il faudra se serrer la ceinture. Je l'ai dit dans les écoles ou chez les pompiers : 'Surveillez vos vannes thermostatiques ! On doit faire comme chez soi ! On doit regarder à nos sous !'." Fils d'agriculteur, Marc Lejeune n'a pas oublié de garder les pieds sur terre. "C'est à partir d'elle que tout se passe "

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