Qui assainit le mieux ? Sur le fond, qui a raison ?
Paul Magnette demande qu'on ralentisse le tempo de l'assainissement mais réfute l'image d'une gauche dispendieuse. Et il affirme : "La dette a explosé lors des gouvernements Martens-Gol des années 80 : elle est passée de 83 % du PIB à 124 %. Ce sont les gouvernements Dehaene-Di Rupo et Verhofstadt-Onkelinx, entre 1993 et 2007, qui ont assaini."
- Publié le 27-02-2013 à 04h15
Paul Magnette demande qu'on ralentisse le tempo de l'assainissement mais réfute l'image d'une gauche dispendieuse. Et il affirme : "La dette a explosé lors des gouvernements Martens-Gol des années 80 : elle est passée de 83 % du PIB à 124 %. Ce sont les gouvernements Dehaene-Di Rupo et Verhofstadt-Onkelinx, entre 1993 et 2007, qui ont assaini."
Curieuse réécriture de l'histoire du professeur Magnette. Certes, la dette est passée de 83 à 124 % entre 1980 et 1985 Mais c'est bien l'incurie des gouvernements à la fin des années 70, à participation socialiste, qui ont provoqué cette explosion de la dette. La dette est la conséquence des déficits accumulés. On se souvient de la légèreté de Guy Mathot, ministre du Budget (PS) juste avant ce gouvernement Martens-Gol. Ne déclarait-il pas, début 1980 : "Le problème des déficits budgétaires est arrivé de lui-même, il partira de lui-même " Et à cette époque-là, le déficit a explosé au-delà des 10 % du PIB. Dans son cours sur les finances publiques, Benoît Bayenet, expert du PS, écrit : "Même si les finances publiques de tous les Etats ont été sérieusement ébranlées par le choc pétrolier de 1974, les déficits belges n'ont cessé d'augmenter jusqu'en 1982 alors que la plupart des pays européens avaient repris la maîtrise de leurs finances publiques après la seconde moitié des années 70." Entre 81 et 85, il a fallu une politique d'austérité magistrale, une dévaluation, trois sauts d'index pour tenter de remettre la Belgique à flot. A l'époque, le pays était le grand malade de l'Europe, la Grèce de l'époque.
Il est exact de prétendre que, par la suite, d'autres grands efforts d'assainissement ont eu lieu tout au long de la période 91-99, lorsque le gouvernement Dehaene-Di Rupo s'est installé. Mais rendons à César : le ministre du Budget de l'époque, Herman Van Rompuy (CD&V), fut le vrai chien de garde des fameux 3 % de déficit, le sésame pour l'obtention de la monnaie unique. Ensuite, si la dette et le déficit ont continué à décroître sous les gouvernements Verhofstadt-Onkelinx (il y avait donc aussi des libéraux dans ces gouvernements ), c'est surtout grâce aux efforts entrepris pendant les années 90. L'essentiel du débat politique, alors, portait sur le partage des fruits de la croissance et non sur l'assainissement. Et avec le recul, la plupart des économistes considèrent que c'est à cette époque-là qu'il aurait fallu accentuer le désendettement (à contre-cycle), plutôt que de relâcher l'effort, de pratiquer des opérations "one shot" ou de procéder à des allégements fiscaux. Voilà pour l'histoire. Une histoire qui démontre donc que l'austérité bien pensée, juste, équilibrée, est toujours suivie d'une période de reprise. C'est la mise en ordre des finances publiques lors des années 90 qui a permis à la Belgique de profiter de la reprise, au début des années 2000. Au contraire, quand on quitte la trajectoire, on le paye un jour ou l'autre.
