A bout, Steven Vanackere cède la place à Koen Geens
Il est dix heures, ce mardi 5 mars. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Steven Vanackere (CD&V), entre dans une des magnifiques salles de l'hôtel des Finances, rue de la Loi. Traits tirés, visage grave.
- Publié le 06-03-2013 à 04h15
Remaniement Il est dix heures, ce mardi 5 mars. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Steven Vanackere (CD&V), entre dans une des magnifiques salles de l'hôtel des Finances, rue de la Loi. Traits tirés, visage grave.
Très vite, les journalistes comprennent ce qu'il va annoncer. "Ontslag", démission. Le mot fait le tour de la petite assemblée. Il faut dire que le matin encore, certains journaux flamands, "De Morgen", "De Tijd", en ont remis une couche, accusant le grand argentier de ne pas avoir tout dit, ou alors par épisodes, dans la saga "Belfius-ACW" (voir page suivante). Et depuis une semaine, le ministre passe le plus clair de son temps à démentir ce que les journaux révèlent.
"Je viens de parler au Premier ministre. Je lui ai dit que j'avais demandé à mon président de parti de me chercher un remplaçant pour le gouvernement et de proposer cette personne dès que possible par la voie appropriée au chef de l'Etat", explique Steven Vanackere. "C'est ce qui explique pourquoi j'ai pris moi-même la décision de partir et ce, en dépit des encouragements et du soutien que je n'ai cessé de recevoir." Le ministre réaffirme qu'il n'a rien à se reprocher mais qu'il doit passer trop de temps à répondre à "de fausses accusations". Il estime dès lors que le climat de méfiance ainsi créé le gêne dans son travail, ce qui est mauvais pour le pays : "Je reconnais que cela dépasse aussi ce que personnellement je peux encaisser".
Dans la majorité, la saga "Belfius-ACW" commençait aussi à en indisposer plus d'un. Les libéraux, par la voie de Charles Michel, avaient évoqué la possibilité de créer une commission d'enquête au cas où toute la lumière ne serait pas faite. Les socialistes, en revanche, jouaient plutôt la solidarité gouvernementale. Mais la chiquenaude qui a envoyé Vanackere au tapis, c'est de l'intérieur de son parti qu'elle est venue. Lundi, lors d'une réunion de bureau très houleuse, plusieurs voix se sont fait entendre pour réclamer de la transparence et des explications, après un week-end de cafouillage. La remontrance est venue en particulier de Kris Peeters, le ministre-Président du gouvernement flamand, le véritable homme fort du parti. D'autres se sont mêlés au lynchage si bien que lundi, déjà, certains voyaient Vanackere lâché par son parti.
L'homme affirme avoir pris seul sa décision. Sans doute. Mais on ne l'a pas beaucoup retenu. A 15 mois des élections, le CD&V ne pouvait pas se permettre de maintenir, dans ses rangs, un homme désigné par certains médias et la N-VA comme celui qui avait outrageusement favorisé le "Mouvement" dans son accord commercial avec Belfius. Trop dangereux en termes électoraux.
Tâche titanesque pour Geens
Mais, curieusement, ce ne sont pas des préoccupations électorales qui ont présidé au choix de son successeur. Dès l'annonce de la démission de Steven Vanackere, plusieurs noms avaient circulé, dont celui d'Yves Leterme, ancien Premier ministre, aujourd'hui directeur à l'OCDE à Paris. Son patronyme avait déjà été cité pour occuper le portefeuille des Finances lors de la formation du gouvernement Di Rupo. Mais le désigner aujourd'hui, cela aurait posé un problème à Kris Peeters, à qui le parti a proposé d'être la figure de proue aux prochaines élections. "Ramener Leterme, c'eut été installer deux coqs sur le même fumier", rigole un ministre.
Le choix s'est donc porté sur Koen Geens, grand spécialiste du droit des sociétés, professeur à la KUL, ancien chef de cabinet de Kris Peeters. Avocat d'affaires, son bureau est aussi le conseil de l'ACW. L'homme a déjà prêté serment mardi soir entre les mains du Roi. Une tâche titanesque l'attend dans les tout prochains jours : gérer le contrôle du budget et trouver deux milliards d'euros. Cela s'appelle un baptême du feu. On notera au passage que Geens ne sera pas vice-Premier. C'est Pieter De Crem (Défense) qui est promu. C'est clair : le CD&V resserre les rangs à droite.
