Belges en Syrie: Ducarme fustige, Milquet rétorque

"On n’a pas besoin d’une assistante sociale." Dans un entretien à LaLibre.be, Denis Ducarme (MR) tire à boulets rouges sur les ministres Milquet et Turtelboom, dénonçant l'improvisation du gouvernement. "Propos inacceptables! Je n’ai pas beaucoup vu de soutien ni du MR ni de monsieur Ducarme", lui répond Milquet.

Dorian de Meeûs et Vincent Rocour
Belges en Syrie: Ducarme fustige, Milquet rétorque
©photonews

Après l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, peut-être le Mali, la Belgique continue donc de fournir malgré elle des mercenaires de l’islam. Ici, en Syrie… Dans un entretien à LaLibre.be, Denis Ducarme (MR) tire à boulets rouges sur les ministres Milquet et Turtelboom. Se disant 'sidéré', le député libéral dénonce l'improvisation du gouvernement face aux jeunes Belges partis se battre en Syrie. Et la solidarité gouvernementale ?

Vendredi prochain, la ministre de l’Intérieur présentera un plan au gouvernement concernant les jeunes Belges qui partent combattre en Syrie. Cela fait longtemps que vous réclamez des mesures concrètes…

Il semble de plus en plus qu’il n’y ait pas de pilote dans l’avion gouvernemental ! C’est inquiétant, car cela fait deux mois qu’on est dans une espèce d’improvisation dans ce dossier. Face à ces jeunes qui partent combattre au nom du djihad, Madame Milquet annonce un plan de ‘prévention’ à ce qui lui paraît être un effet de mode. Mais cela fait plus d’un an qu’on recrute en Belgique… cela laisse perplexe, abasourdi, de parler de ‘prévention’ alors que la situation ne cesse de s’aggraver.

Le MR fait partie du gouvernement, vous êtes sûr que ce plan sera uniquement préventif ?

C’est en tout cas ce que la ministre annonce. Elle parle de prévention et implore les jeunes à ne pas partir combattre. Dans ce dossier, on n’a pas besoin d’une assistante sociale ! On a besoin d’une ministre de l’Intérieur ferme et d’une ministre de la Justice qui fasse appliquer la loi. Aujourd’hui, les recrutements extra-terroristes sont passibles de 3 mois à 2 ans de prison. Je n’entends nulle part que les recruteurs doivent être arrêtés ou mis à la disposition de la justice. Je ne crois pas que la ministre de la Justice ait saisi l’ampleur de ce dossier, alors que cela se réveille en Flandre.

Concrètement, le bourgmestre sp.a de Vilvorde Hans Bonte propose de confisquer les cartes d’identité des jeunes qui souhaiteraient partir afin de les empêcher de voyager.

Chacun y va de sa petite idée. Sur le principe, je peux le rejoindre, mais avant cela il faut interdire légalement de s’expatrier de manière individuelle pour un tel motif. Le gouvernement n’a toujours pas déclaré cela illégal. Il en a pourtant la possibilité.

Le MR est pourtant dans le gouvernement, vous passez outre la solidarité gouvernementale ? Vous vous exprimez au nom du MR ?

En tant que membre de la majorité, j’assume ma critique sur un dossier qui me paraît essentiel et où je vois les ministres de l’Intérieur et de la Justice les bras ballants. Je parle ici à titre personnel, même si j’ai déposé une résolution au Parlement au nom du MR pour que le gouvernement interdise par arrêté royal à des Belges de partir à titre individuel combattre en Syrie. Il faut pénaliser les recruteurs et interdire les départs, mais le gouvernement ne le fait pas !

Bart De Wever, bourgmestre d’Anvers et président de la N-VA, va rencontrer d’autres bourgmestres à ce sujet ce soir. N’est-ce pas une manière d’occuper le terrain sécuritaire – très porteur électoralement - pour mieux dénoncer le fédéral concernant son combat contre le terrorisme ?

D’abord, il y a Bart De Wever et d’autres bourgmestres avec d’autres couleurs politiques. Ensuite, je crois qu’à Anvers, il est très concerné par ce qui se passe en tant que bourgmestre. Je ne vois pas une stratégie de la N-VA, mais la réaction de bourgmestres face à un manquement du fédéral.

Vous êtes particulièrement critique envers le gouvernement, vous craignez des conséquences graves sur la sécurité nationale ?

Soyons clairs, je ne voudrais pas être ministre de l’Intérieur ou de la Justice aujourd’hui si l’un de ces combattants, lorsqu’il sera revenu dans un an ou deux avec une expertise technique et une expérience psychologique, pose des problèmes de violence. En cas d’atteinte à la sécurité de notre territoire à cause de cette absence de décision, les responsabilités politiques en incomberont aux responsables de ces postes régaliens. Leurs responsabilités seront évidemment engagées.

 

"Je n’ai pas beaucoup vu de soutien ni du MR ni de monsieur Ducarme"

 

Dans la foulée de cet entretien exclusif à LaLibre.be, Joëlle Milquet a tenu à réagir. "Ce sont des propos totalement inacceptables", affirme-t-elle. Et de poursuivre :

"Monsieur Ducarme était sans doute en vacances depuis un certain temps. Car ce qu’il dit révèle une méconnaissance complète de ce qu’a mis en place le gouvernement de son pays et qui n’existe d’ailleurs pas dans d’autres pays. A moins qu’il fasse semblant de ne pas le savoir. Les problématiques de sécurité méritent autre chose que des polémiques médiatiques pour faire mousser les uns et les autres. Ce n’est pas de cela dont on a besoin. Et je suppose que s’il estime que la problématique des ressortissants belges en Syrie est mal gérée, il s’adresse aussi au ministre des Affaires étrangères (le MR Didier Reynders - Ndlr). Puisqu’on est dans une problématique qui se joue, pour moitié, à l'étranger."

"Contrairement à ce que prétend Denis Ducarme, on ne fait pas que de la prévention. Nous avons ainsi mis sur pied la "task force" Syrie, où l’on retrouve tous les services concernés –  sureté de l’Etat, Ocam (Organe de coordination pour l’analyse de la menace), police, parquet fédéral – et qui se réunit toutes les semaines. Aucun autre pays ne s’est doté d’un tel dispositif alors que le phénomène touche tous les pays européens. Nous avons par ailleurs ouvert un point de contact mail qui nous permet d’être en contact permanent avec les familles concernées. Je suis moi-même personnellement en contact avec des personnes qui sont parties sans prévenir l’Etat sur place pour tenter de trouver une solution. Nous menons aussi des actions, en collaboration avec les Affaires étrangères, par rapport à la Syrie et à la Turquie sur les contrôles qui peuvent être faits aux frontières. Nous avons également renforcé la vigilance dans nos aéroports. Le parquet fédéral travaille de son côté très activement sur le plan judiciaire. Mais il le fait dans la discrétion, avec le souci de préserver le secret de l’instruction pour ne pas mettre en péril les enquêtes", souligne la ministre.

Elle affirme également que "On a une coordination comme il n’y en a jamais eu avant. Et si monsieur Ducarme reproche que depuis 10 ans, aucun plan de prévention contre le radicalisme n’a été imaginé, dois-je lui rappeler que le ministère était détenu sans discontinuer par des ministres libéraux? Je suis là depuis un an, et j’ai fait de la lutte contre le radicalisme une priorité. On a renforcé l’arsenal légal pour permettre justement de considérer comme terroriste une personne qui recrute et se forme à l’étranger. Par ailleurs, on a déposé un projet de loi visant à interdire les groupements radicaux à portée violente. Mais je n’ai pas beaucoup vu de soutien ni du MR ni de monsieur Ducarme lorsqu’il a été bloqué en commission de la Chambre".

Voilà l'ambiance au gouvernement fédéral sur ce sujet sensible...

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