Les ennuis du policier portant la croix des Templiers
- Publié le 12-03-2018 à 09h29
- Mis à jour le 12-03-2018 à 09h30

Totalement blanchi, le policier qui portait un écusson des Templiers doit repasser l'examen d'instructeur. "C'est anormal", affirme-t-il. L'homme est bien bâti, solide sur ses appuis. Droit dans ses bottes, aussi, renforcé en cela par les conclusions de l'enquête minutieuse menée par la Sûreté de l'État à la demande de la Chambre.
Et pourtant, quatre mois après ce rapport richement argumenté qui le blanchit totalement des "allégations d'appartenance ou d'adhésion à l'idéologie de l'extrême droite", Kevin François n'est pas parfaitement serein, lorsque nos confrères de La DH le rencontrent, au côté de Mes Laura Charlier et Dominique Remy, ses avocats dinantais.
Pourquoi ? Parce que tout n'est pas rentré dans l'ordre pour ce policier qui fut emporté par le tourbillon médiatique en mai 2017 lorsqu'il était apparu, dans un reportage télévisé, arborant un écusson des Templiers sur son uniforme. Très vite surnommé Kevin le Croisé, il avait été soupçonné de partager l'idéologie de l'extrême droite et des convictions anti-islam. Six mois durant, cet inspecteur principal au sein de la zone de police des Trois Vallées, à Couvin et Viroinval (province de Namur), a encaissé les coups. Couverture médiatique, convocations auprès de sa hiérarchie, auditions par le Comité P. Mais il a aussi essuyé les quolibets gratuits en rue, et les dénonciations anonymes, battues en brèche par les enquêtes qu'elles ont engendrées.

Lavé de tous les soupçons qui pesaient sur lui, le Dinantais âgé de 37 ans est aujourd'hui toujours écarté de l'académie de police de Namur, "où j'étais instructeur en maîtrise de la violence depuis huit ans". Il en a été écarté lorsque la polémique a éclaté. "Ce que j'accepte. Mais bien que j'aie été innocenté en novembre, mes demandes de réintégration restent sans réponse, déplore-t-il. Le seul courrier que nous avons reçu, mes avocats et moi, stipulait que je pouvais recommencer à donner des cours aux policiers, mais à condition que je repasse les examens d'instructeur ! C'est anormal. Je n'ai commis aucune faute. L'enquête de la Sûreté de l'État en atteste. Mais il faudrait que je repasse les examens ?" s'interroge-t-il, incrédule.
Ses avocats osent une réponse : "S'il acceptait cette solution, il devrait passer devant une commission de sélection, avec le risque qu'elle puisse ne pas être parfaitement objective, craignent-ils. On essaie de trouver une solution à l'amiable. Mais si ça ne suffit pas, on introduira un recours pour qu'il soit réintégré", promettent, déterminés, Mes Charlier et Remy.
Raymond Drisket, directeur de l'académie de police, n'a pu répondre à La DH sur le fond du dossier, mais a assuré que le collège provincial de Namur avait pris attitude et allait communiquer sa décision aux avocats de Kevin François. Qui n'avaient toujours reçu aucune information ce week-end. Il semblerait toutefois que la décision politique confirme que l'instructeur doit repasser ses examens.
"L'entraide et le professionnalisme, pas l'extrémisme"
La polémique est née au lendemain de la diffusion d'un magazine sur RTL-TVI, en mai dernier. Inspecteur principal au sein de la zone des Trois Vallées, Kevin François portait un écusson sur la poitrine, au niveau de l'épaule gauche, représentant la croix des Templiers, symbole assimilé à l'extrême droite et utilisé comme marque "d'opposition aux Arabes".
Aujourd'hui encore, celui qui fut surnommé Kevin le Croisé s'en défend, en se référant au Moyen Âge. "Les Templiers, à l'époque, étaient là pour défendre les gens. C'était l'armée la mieux entraînée, la mieux armée, la mieux équipée, composée de jusqu'au-boutistes. C'est pour ces caractéristiques-là que je portais toujours l'écusson des Templiers. Alors oui, je me rends compte désormais que ce n'était pas une bonne idée, vu ce qu'il s'est passé. Mais je le répète, pour moi, cet écusson représente pour un policier le professionnalisme, l'entraide, l'unité, l'entraînement."