L'été aussi compliqué que l'hiver pour les sans-abris : "On meurt en rue toute l'année"
- Publié le 06-08-2018 à 07h20
- Mis à jour le 06-08-2018 à 07h21

L'été bat son plein en Belgique. Et la chaleur étouffante dans laquelle baigne le pays depuis quelques semaines n'épargne pas les plus démunis. Si les pouvoirs publics et la population s'alarment afin de protéger les sans-abri et améliorer leurs conditions de vie chaque hiver, on ne pense pas automatiquement au danger que représente la saison estivale pour eux.
Déshydratation, infections (notamment à cause de la transpiration et du manque d'hygiène), hyperthermie (elle ralentit l'irrigation du cerveau) : vivre dans la rue sous plus de trente degrés, c'est s'exposer à autant de périls qu'en plein mois de janvier.
Pourtant, quand on parle d'aide aux personnes sans domicile fixe, seule la saison hivernale semble être prise en considération.
En dehors de cette période, qui s'étend généralement de novembre à mai, les sans-abri doivent faire avec le vent et la pluie. Ou, comme c'est le cas en ce moment, avec un soleil de plomb.
Sur le terrain, les ASBL d'aide aux sans-abri constatent les effets de cette vague de chaleur. "Il y a un peu plus d'appels pour des cas de déshydratation et de coups de chaleur, d'autant que les risques liés à l'alcool sont plus forts, c'est sûr…", constate un bénévole du collectif "Morts de la rue" "L'avantage de l'été, c'est que les gens sont plus enclins à distribuer des bouteilles d'eau. C'est un tout petit investissement. Ce n'est pas comme en hiver où les gens ne vont pas aller acheter un café, ou un repas", précise-t-il.
L'ennemi le plus redoutable n'est toutefois ni le froid, ni le soleil, ni la boisson mais bien le manque d'hygiène. L'ASBL "Douche flux", qui propose, toute l'année, des douches et d'autres dispositifs aux plus démunis ne constate pas une augmentation de la fréquentation de son centre de jour. "On ne peut pas donner une interprétation à nos chiffres d'affluence. En juillet et en août, c'est à peu de chose près pareil au reste de l'année."
Le plus grand danger : la violence
Pas de danger accru en été, alors ? François Bertrand, chargé de mission au centre d'appui La Strada à Bruxelles, affirme que le problème est ailleurs. "Concernant les très grands froids et la canicule, l'hypothermie et la déshydratation restent des causes minoritaires au niveau statistiques générales de la mortalité des sans-abri. On meurt en rue toute l'année. L'absence de chez soi et la vie de rue… Derrière le visible, il y a aussi tout ce que l'on ne voit pas : le décrochage des droits sociaux, le manque d'accès aux soins, la survie, la violence… Le plus grand danger pour les sans-abri reste la violence", décrypte-t-il.