À Linkebeek, "les tensions communautaires n'ont pas disparu"
Surnommée parfois "la petite Suisse brabançonne", la commune champêtre du sud de Bruxelles vit à l'heure de l'apaisement communautaire. Mais celles-ci n'ont pas disparu pour autant...

- Publié le 20-08-2024 à 06h32
- Mis à jour le 20-08-2024 à 16h03

Des six communes à facilités dans la périphérie bruxelloise, c'est la moins peuplée. Village d'artistes depuis plus d'un siècle, Linkebeek ne compte que 5 000 habitants. Elle attire de nombreux promeneurs. Autrefois, des peintres aimaient planter leur chevalet le dimanche dans la Vallée des artistes. Déjà au début du vingtième siècle, des artistes bruxellois et flamands venaient se promener dans ce "poumon vert" aux confins de la capitale.
Le grand écrivain flamand Herman Teirlinck (1879-1967) avait fait construire une maison dans cette belle région, surnommée "la petite Suisse brabançonne" à l'époque. Il y coula des jours heureux en compagnie de sa première épouse Mathilde Lauwers de 1905 à 1912. Aujourd'hui, la commune qui porte le nom du ruisseau qui y coule – Linkebeek, affluent de la Senne – est restée un lieu de prédilection pour les célébrités du monde culturel. La chanteuse Angèle (Van Laeken) y est née et y a passé son enfance. Axelle Red, native de Hasselt, y possède une ferme – sa maison se situe sur Uccle, mais une partie de son jardin est sur Linkebeek.
La campagne à quelques encâblures de Bruxelles
La vie politique locale à Linkebeek n'a pas toujours été tranquille. Le scrutin communal du mois d'octobre pourrait réveiller certaines tensions. La majorité – Link@venir et Activ' – se compose de 3 échevins et du bourgmestre sortant Yves Ghequiere, candidat à sa propre succession. Ce dernier emmènera la "Liste du bourgmestre" (précédemment Link@venir) sur laquelle figurent aussi notamment les échevins actuels Benjamin Daro et Cédric Letier. Son grand rival, Damien Thiéry, qui menait la liste Ensemble LKB Samen lors du précédent scrutin, se représentera également, selon une source bien informée. Relégué dans l'opposition, l'ancien bourgmestre non nommé de Linkebeek avait perdu son écharpe maïorale en 2018, mais avait été désigné échevin grâce au nombre de voix qu'il a récoltées (dans les communes de la périphérie, la désignation des échevins est particulière). Enfin, il y a la liste Activ'.
La question communautaire hante depuis longtemps cette commune en territoire flamand, mais peuplée de francophones à 85 %. "Linkebeek a été dans l'œil du cyclone à la fin de la législature précédente, reconnaît Yves Ghequiere. Nous avons traversé une période difficile en 2018. Mais aujourd'hui, les tensions communautaires et internes se sont apaisées et le dialogue a repris le dessus. Les tensions en interne se sont apaisées. Des synergies ont été créées et des projets, notamment culturels, ont été mis sur les rails."
Plateforme immobilière controversée
L'heure est à l'apaisement communautaire à Linkebeek, confirme un habitant. "Oui, mais les tensions n'ont pas disparu pour autant", réplique Benjamin Daro (Les Engagés), échevin de l'Environnement. L'élu fait référence à la mise en place de la plateforme d'informations immobilières ("Vastgoedinformatieplatform Vlaanderen") imposé par Ben Weyts, ministre N-VA en charge de la périphérie flamande de Bruxelles. Cette plateforme, mise en œuvre par la Flandre, permet aux notaires et aux particuliers de connaître l'état urbanistique de n'importe quel bâtiment. Elle constitue une réelle avancée en termes de simplification administrative. Mais les documents n'y figurent qu'en néerlandais, même pour les biens situés dans les communes à facilités.
Benjamin Daro dénonce "un passage en force" qui risque de mettre à mal le régime linguistique des communes de la périphérie. "En outre, le ministre Ben Weyts renvoie aux communes une charge de travail complémentaire en s'assurant que les demandeurs devront s'adresser auprès de celles-ci pour obtenir la traduction des textes après leur réception", souligne l'échevin. En juin 2023, les six bourgmestres des communes à facilités de la périphérie bruxelloise avaient déjà organisé un front commun afin de faire respecter la législation linguistique.
Fin du vote obligatoire : l'incertitude
Le bourgmestre sortant Yves Ghequiere reste optimiste malgré tout. "Mais il faut être vigilant", nuance-t-il. "Ne soyons pas naïfs. Il faut défendre les droits de chacun. Je refuse la provocation, je prône plutôt le dialogue afin de faire avancer les choses", souligne-t-il.
Même son de cloche chez Roel Leemans (Activ'), le président du conseil communal néerlandophone qui prône un dialogue constructif. "Nous voulons être une force de progrès pour notre commune. Je crois pouvoir dire que les 15 membres du conseil communal travaillent dans un bon esprit. Nous avons toujours privilégié le dialogue et le respect mutuel avec les élus de la liste du bourgmestre Ghequière."
La grande inconnue de cette prochaine élection, selon le bourgmestre Yves Ghequiere, c'est la fin de l'obligation de vote pour les communales en Flandre. "Je n'ai jamais bien compris pourquoi Bart Somers (ancien ministre flamand Open VLD en charge des Affaires intérieures) a pris cette mesure", dit-il. Pour le bourgmestre, il est essentiel de rappeler aux habitants d'accomplir leur devoir d'électeur car une abstention massive pourrait créer de mauvaises surprises dont on se passerait volontiers à Linkebeek.
