Éléonore Simonet, héritière d'une dynastie politique bruxelloise, devient la plus jeune ministre fédérale de l'histoire : "Elle ne s'arrêtera pas là"
À 27 ans, Eléonore Simonet (MR), fille de l'ancien ministre Président bruxellois Jacques Simonet, a été désignée ministre des Classes moyennes, des Indépendants et des PME.

- Publié le 03-02-2025 à 11h36
- Mis à jour le 03-02-2025 à 15h24

Georges-Louis Bouchez s'est montré fidèle à lui-même ce lundi matin en annonçant la liste des ministres fédéraux MR.
Ménageant le suspense durant toute la nuit, le président du MR a finalement renoncé à intégrer lui-même l'Arizona, pour laisser la main à David Clarinval, Vice Premier ministre. Le reste du casting libéral s'apparente à une liste de surprises (et demi-surprises). Bernard Quintin, diplomate expérimenté qu'on pensait destiné à un court intérim comme ministre des Affaires étrangères de la Vivaldi, sera ministre de l'Intérieur. La désignation de Mathieu Bihet (33 ans), ancien président des jeunes MR devenu député fédéral, pour le portefeuille de l'Énergie n'étonnera pas les suiveurs du parti.
Le choix d'Éléonore Simonet, pour le portefeuille des Classes moyennes, des Indépendants et des PME, constitue une surprise d'une autre ampleur.
La plus jeune ministre de l'histoire du fédéral
Âgée d'à peine 27 ans, cette avocate de formation devient tout simplement, selon Pascal Delwit (ULB), la plus jeune ministre fédérale de l'histoire du pays (Ndlr : Charles Michel est devenu ministre plus jeune, mais au gouvernement wallon). "Sauf erreur de ma part, Freya Van den Bossche venait d'avoir 28 ans quand elle est devenue ministre fédérale", souligne le politologue.
La fille de Jacques Simonet, ancien bourgmestre libéral d'Anderlecht et ex-ministre Président bruxellois, mais aussi petite-fille d'Henri Simonet, qui fut également maïeur d'Anderlecht, sous l'étiquette socialiste, a fait ses premiers pas en politique il y a quelques mois à peine.
Son score, pour une première campagne, avait surpris les observateurs. Placée à l'avant-dernière place sur la liste MR pour le Parlement bruxellois, Éléonore Simonet avait récolté 4 522 voix.
"Elle a fait son siège toute seule"
"J'ai repéré Éléonore grâce à un ami commun, il y a des années. En juin, elle a fait son siège toute seule, ce qui constitue une preuve de son grand talent. Après des années difficiles pour le MR à Bruxelles, Éléonore est une des promesses libérales tant attendue", souligne David Leisterh, président du MR bruxellois.
Cette désignation permet à Georges-Louis Bouchez d'apporter une touche de jeunesse et de fraîcheur à un casting qui manque par ailleurs, hormis David Clarinval, de poids lourds. Il vise également à faire monter une nouvelle personnalité politique en Région bruxelloise, où les grands formats sont peu nombreux depuis le départ à l'Europe de Didier Reynders, Sophie Wilmès et Hadja Lahbib, et le transfert d'Alexia Bertrand à l'Open VLD. Le MR a probablement aussi en tête la commune de Woluwe-Saint-Lambert, où la domination d'Olivier Maingain risque de s'étioler.
"Éléonore n'a pas pu compter sur l'appui de son père"
Les libéraux, qui ont vu passer les familles De Croo, Michel, Ducarme, ou désormais De Gucht, semblent particulièrement goûter les dynasties politiques. "Mais il y a une grande différence avec ceux que vous citez. Jacques Simonet est mort il y a 17 ans, en pleine carrière politique, sur les marches de l'hôtel communal d'Anderlecht. Il a tout donné au parti et à la politique; Éléonore n'a pas pu compter sur l'appui de son père et a dû se débrouiller", observe un libéral.
"On garde en tête l'image déchirante des funérailles de son père. Éléonore est quelqu'un qui a fait sa vie en dehors de la politique, jusqu'il y a peu", souligne Gaëtan Vann Goidsenhoven (MR), député bruxellois.
Si je me prenais une déculottée, c'était pour moi. Si c'était une victoire. C'était pour moi aussi."
Son patronyme, certes, a été un atout dans cette campagne, et elle n'avait d'ailleurs pas éludé, lors de sa première interview accordée à la Libre Belgique en juin dernier. "Mais ça n'est pas tout, avait-elle insisté. "On parle beaucoup de dynasties politiques, mais j'ai fait campagne en allant à la rencontre des citoyens pour me présenter moi, mon programme, mes idées. Je suis très fière de mon père, mais il est mort quand je n'avais que 9 ans. J'ai été biberonnée à la famille libérale, mais j'étais si jeune quand il est parti que dans les faits, nous avons plus parlé de la Star Academy, que je regardais comme tous les gosses à l'époque, que de débats politiques, s'amuse-t-elle. J'avais une place de combat et je voulais prouver que je pouvais y arriver. Si je me prenais une déculottée, c'était pour moi. Si c'était une victoire. C'était pour moi aussi. Je suis donc heureuse du résultat."
Elle avait montré sa pugnacité, lorsqu'elle avait repris Zakia Khattabi (Ecolo) de volée, en mai dernier. L'ex ministre du Climat avait diffusé un visuel représentant les anciens ministres Président bruxellois, dont Jacques Simonet (MR), étaient représentés à l'identique par le visage d'un homme manifestement très âgé, fortement dégarni, et affublés d'une couronne de cheveux gris. "Non, Madame Zakia Khattabi, mon père n'était pas un vieillard, il n'a jamais eu la chance de l'être", avait-elle réagi sur les réseaux sociaux.
Sa désignation comme ministre n'a toutefois été qu'une surprise modérée, du moins pour les ténors bruxellois du MR. "Éléonore cochait un certain nombre de critères, dont le multilinguisme. Elle a un parcours universitaire prolifique. On ne doutait pas qu'elle allait prendre du grade politiquement, assez rapidement. Son émergence semblait inscrite dans les astres", reprend Gaëtan Vann Goidsenhoven (MR), député bruxellois.
Moi qui la connais bien, j'ai une confiance énorme dans le fait qu'humainement, elle peut tout à fait tenir le choc et obtenir des résultats."
Une question, indubitablement, se pose. La jeune Bruxelloise, dépourvue d'expérience politique, peut-elle tenir le choc au fédéral ? "Éléonore n'a pas d'expérience, c'est factuel. Notre président l'a choisi car il adore lancer des jeunes et leur donner leur chance. Moi qui la connais bien, j'ai une confiance énorme dans le fait qu'humainement, elle peut tout à fait tenir le choc et obtenir des résultats. Le cadre qu'on a au MR permet aussi ce genre de prise de risques, et de faire arriver de nouveaux visages. On a la chance au MR d'être un parti qui, historiquement, exerce le pouvoir. Nous sommes donc rodés, avec des experts et les cabinets de qualité", assure Yassine Rafik, porte-parole du MR bruxellois. "Sur le plan personnel, Éléonore s'est révélée lors des élections régionales de juin, après une campagne canon. Sa facilité dans le contact sur le terrain est affolante. On voit qu'elle adore écouter, parler des heures avec les gens. Elle a été la révélation de la campagne régionale, et maintenant du fédéral. Mais je suis convaincu qu'elle ne s'arrêtera pas là. Elle a un avenir radieux."
