Molenbeek sous le choc : "La police et l'État s'en foutent, ils ne font rien"
Aux abords du parc de Bonnevie, à Molenbeek-Saint-Jean, de nombreux riverains se sentent en insécurité.

- Publié le 12-08-2025 à 18h44
- Mis à jour le 13-08-2025 à 13h27
Des balançoires, des toboggans et des bancs pour se reposer, le tout complété par quelques arbres, procurant une ombre bienvenue en ce jour d'été. Voici le décor du parc de Bonnevie, en plein cœur de la commune de Molenbeek-Saint-Jean. Ce mardi, comme souvent, quelques enfants profitent des équipements de l'aire de jeux sous le regard attentif de leurs parents. De prime abord, rien ou presque ne laisse présager que ce parc, entouré d'habitations et de quelques commerces, puisse être le théâtre de fusillades, parfois en pleine journée.
C'est pourtant bien ici qu'ont eu lieu deux des dernières fusillades répertoriées en région bruxelloise. Dimanche soir, un adolescent de 17 ans a été blessé par balle dans la rue adjacente au parc, l'un des lieux, parmi d'autres, en proie à une violence accrue depuis le début de l'été.
"Ici, on est tous choqués"
Il est presque midi. Quelques habitués sont déjà installés sur la terrasse du "café du parc", situé juste en face du parc de Bonnevie. "Ici, on est tous choqués par les événements de ces derniers jours", lance un habitué qui a habité le quartier pendant vingt ans. Comme tous les passants rencontrés ce mardi, le témoin ne souhaite pas communiquer son identité. Pour se protéger. "C'est la nouvelle génération, poursuit-il. Ils n'ont plus peur de la police, ils n'ont plus peur de rien, il n'y a que le profit qui les intéresse." Il est vrai que la série de fusillades est d'autant plus interpellante qu'elle a eu lieu à quelques dizaines de mètres seulement du commissariat de la de zone de police Bruxelles-ouest.
À l'intérieur du parc, plusieurs hommes sont assis, à l'ombre. "On se repose quelques minutes, mais nous allons partir, on ne reste pas ici", explique l'un d'entre eux. "C'est dramatique, ici il y a des enfants, des personnes âgées, imaginez si une balle se perd", explique ce riverain qui déplore l'insécurité dans le quartier. "Si on parle, on craint d'être pris pour cible à notre tour et de se prendre nous aussi une balle", continue-t-il.
"La police et l'État s'en foutent, ils ne font rien"
Pour ce riverain, le problème est clair : les mesures prises pour lutter contre cette criminalité sont insuffisantes. "Le commissariat est juste à côté, la police voit tout ce qui se passe. Mais elle n'agit pas", déplore-t-il. "La police et l'État s'en foutent, ils ne font rien". Pendant notre passage, nous avons tout de même pu observer quelques voitures de police qui patrouillaient dans le quartier.
D'ailleurs, ce mardi midi, l'endroit semble plutôt calme, à l'exception de quelques cris d'enfants qui jouent. "Parfois, le parc est très fréquenté, et parmi les passants il y a des voyous", explique un riverain. Un peu plus loin, une maman pousse sa fille sur une balançoire. "Je ne viendrais pas ici la nuit, c'est certain", réagit-elle. Malgré tout, elle se montre optimiste. "Je pense que dans quelques années, ça ira mieux, il y a de l'espoir."
Trois patrouilles de police
À quelques dizaines de mètres du parc de Bonnevie, se trouve également la maison communale de Molenbeek. La bourgmestre faisant fonction de la commune, Saliha Raïss (Vooruit), est donc l'une des témoins privilégiés du climat de tension qui s'installe dans le quartier. "Nous ne nous sentons plus en sécurité, on découvre une nouvelle forme de criminalité", déplore la responsable. Je m'attends à une baisse de fréquentation du parc, ce qui est très dommageable car il est justement prévu pour accueillir des associations et des familles, particulièrement en période de congés, lorsque certains n'ont pas la possibilité de partir en vacances". Depuis les fusillades de ces dernières semaines, une ASBL de la commune a déjà décidé de déplacer ses activités pour les jeunes vers un autre endroit.
Pour Saliha Raïss, la violence est passée au stade supérieur. "Les fusillades que l'on a connues dans le passé avaient lieu en soirée ou la nuit. Désormais, cela arrive en pleine journée", déplore-t-elle. Pour tenter de faire face à cette insécurité, la bourgmestre faisant fonction lance un appel au gouvernement fédéral. "C'est presque honteux de devoir composer avec des moyens aussi absurdes", déplore Salhia Raïss. D'après elle, la zone de police locale dispose "seulement" de trois patrouilles. "Insuffisant", malgré des renforts du fédéral et d'autres communes bruxelloises.