À Molenbeek, des habitants à bout face aux fusillades interpellent les autorités communales
Les Molenbeekois étaient conviés, ce vendredi, à une réunion consacrée à la sécurité dans la commune. Réunis en nombre, les riverains ont exprimé leurs vives inquiétudes face à la multiplication des fusillades.

- Publié le 29-08-2025 à 20h42
- Mis à jour le 31-08-2025 à 14h19

Sur le coup de 18 heures, Christina (nom d'emprunt) passe les modestes portes de l'Institut Machtens, au cœur de Molenbeek. Cette Espagnole d'origine habite depuis près de huit ans à proximité du parc Bonnevie, un endroit tristement célèbre pour avoir été le théâtre de récentes fusillades liées au trafic de stupéfiants. "Tous les jours, nous passions par cet endroit avec mes enfants. Maintenant, nous prenons un autre chemin", souffle-t-elle, les lèvres crispées.
Quelques sièges plus loin, Yannick (nom d'emprunt) attend patiemment que la séance commence. Installé depuis deux ans dans la commune, il l'admet : "Je n'ai pas peur, je ressens plutôt un sentiment de stress permanent. Quelque part, on s'habitue. C'est triste, mais la vie continue."
Une ambiance électrique
La salle exiguë se remplit vite, au point de peiner à contenir les riverains venus en nombre. À l'origine de cette réunion, le bourgmestre faisant fonction, Amet Gjanaj (PS). Sur l'estrade, le socialiste martèle : "Le problème s'avère plus grand que Molenbeek. Mais ces trafiquants trouvent chez nous des personnes en fragilité économique et ils les recrutent. Il faut absolument qu'on se réapproprie ces endroits".
Caméras, équipes spéciales, durée d'intervention, l'élu énumère, avec une certaine confusion, les mesures mises en place, tout en reconnaissant un manque d'effectifs. "Les policiers font plus que leur boulot. Il manque 150 agents dans la zone et, malgré ce manque d'effectif, ils font tout le nécessaire pour assurer la paix dans nos quartiers", poursuit-il. Pendant de longues minutes, le bourgmestre faisant fonction ergote sur l'élagage d'arbres, permettant une meilleure visibilité aux forces de l'ordre.
Dans l'assemblée, son discours, ponctué de digressions, ne convainc pas. La chaleur et l'étroitesse des lieux attisent les tensions. Les rires ironiques fusent, la colère gronde.
Quand la parole est donnée aux habitants, une nuée de mains se lève. "On a l'impression que vous avez attendu les fusillades pour réagir. Pourtant, nous avons déjà eu des réunions sur le problème du trafic de drogue il y a dix ans. Rien n'a été fait. Les dealers sont toujours les mêmes. Il fallait agir avant !", fustige une dame sous une pluie d'applaudissements. Un père, au premier rang, enchaîne : "Nous ne sommes plus en sécurité. Vous savez, j'ai des enfants en bas âge, je regarde pour partir ailleurs. J'ai envie de fuir".
Une vingtaine d'incidents
Il est vrai que la période estivale est loin d'avoir été de tout repos. Depuis le 5 juillet, une vingtaine d'incidents impliquant des tirs ont été dénombrés dans la capitale, pour la plupart liés au trafic de stupéfiants.
À Molenbeek, les nerfs des habitants ont été mis à rude épreuve. Les pourtours du parc Bonnevie, un lieu fréquenté par de nombreuses familles, ont, par exemple, été particulièrement touchés. Cette semaine encore, dans la nuit de mercredi à jeudi, une façade de la rue Edmond Van Cauwenbergh, au nord de Molenbeek, a été prise pour cible aux alentours de 4h20 du matin.
Épuisés par cette situation, les riverains interpellent l'élu. "J'ai peur quand ma fille va à l'université. J'habite ici depuis années, je n'ai jamais vécu ça", s'indigne une dame au fond de la salle. "C'est une honte", tonne une autre.
Face à ces multiples réprimandes, Amet Gjanaj rappelle le travail mené par le parquet et la stratégie des hotspots, visant à cibler les lieux de deal. "J'ai bon espoir que, dans dix ans, nous ne nous retrouverons pas ici pour reparler de ce problème", lance le mayeur.
Mais les moues dépitées et les soupirs dubitatifs trahissent une réalité : la confiance, elle, a déjà pris la fuite.