"Il n'existe pas de possibilité légale pour la remplacer à Molenbeek": l'absence prolongée de Catherine Moureaux est une épine dans le pied du PS
En théorie, rien n'empêche Catherine Moureaux de prolonger son absence jusqu'en 2030. Pour l'opposition, le Collège pourrait envisager d'inviter la bourgmestre à démissionner.

- Publié le 03-11-2025 à 18h54

Catherine Moureaux (PS) ne reprendra pas son poste en 2025. La bourgmestre de Molenbeek a annoncé lundi matin la prolongation de sa convalescence. Elle dit envisager un retour pour le début de l'année 2026.
"Conformément à l'avis médical, ma convalescence se poursuivra jusqu'en janvier, un retour étant envisagé pour le début de l'année 2026", a fait savoir l'intéressée, par un communiqué.
La bourgmestre avait suspendu ses activités depuis le début de février 2025, à la suite d'un épuisement professionnel sévère (burn-out).
La question se pose avec de plus en plus d'acuité : Catherine Moureaux reviendra-t-elle bien en janvier ? Beaucoup en doutent, dans la commune…
Au-delà de ses problèmes de santé, sa situation politique vacille. Catherine Moureaux, marginalisée au sein du PS bruxellois, devra reprendre la main sur une section locale traversée par une guerre des clans.
Les tensions y ont atteint un niveau tel qu'elles ont provoqué la mise sous tutelle inédite du PS molenbeekois par la Fédération bruxelloise du Parti Socialiste.
"Pas de possibilité légale"
"Nous n'avons pas de contacts avec Catherine Moureaux, c'est une affaire de médecin", précise Khalil Aouasti, député fédéral et membre du trio qui exerce la tutelle sur le PS molenbeekois. Quant à la question d'un remplacement éventuel, il se montre très clair. "Il n'existe pas de possibilité légale de remplacer Mme Moureaux."
En théorie, la socialiste pourrait donc rester bourgmestre en titre jusqu'aux élections de 2030, même si elle restait absente pour maladie jusqu'à cette date.
Car le code bruxellois de la démocratie locale ne permet pas de remplacer un(e) bourgmestre, via une motion de méfiance, contrairement à ce qui est possible pour les communes wallonnes. Ce mécanisme légal n'existe pas dans les 19 communes bruxelloises en raison, notamment, d'une volonté de protéger la minorité néerlandophone.
"Selon la loi communale, le gouvernement peut démettre un bourgmestre ou un échevin pour négligence grave ou inconduite notoire, précise Bernard Clerfayt (Défi), ministre bruxellois des Pouvoirs locaux. "Mais cela ne s'applique pas dans le cas présent."
Catherine Moureaux restera donc bourgmestre en titre tant qu'elle le souhaitera. À moins qu'elle ne démissionne.
"Le Collège va-t-il l'inviter à démissionner ?"
Depuis l'opposition, certains plaident clairement pour que l'hypothèse soit mise sur la table. "J'adresse à Catherine Moureaux mes vœux sincères de bon rétablissement. Mais au-delà de cela, la situation de la bourgmestre soulève des questions en termes d'égalité de traitement au sein du personnel", pointe Gloria Garcia Fernandez, cheffe de file du MR à Molenbeek. "Au sein de l'administration molenbeekoise, en cas d'absence prolongée d'un collaborateur, des contacts sont pris pour une reprise progressive du travail et un aménagement de fonction. Une procédure pour mise en disponibilité (NdlR : lorsqu'un capital maladie est épuisé, la personne perçoit 60 % de son dernier salaire brut) ou même pour une cessation de fonction, peut être enclenchée. Puisqu'on applique cette procédure au personnel communal, il est légitime de se demander si le collège a entrepris ce type de démarche pour la bourgmestre. La bourgmestre sera-t-elle en capacité de reprendre ses fonctions dans un délai raisonnable ? Le Collège va-t-il évaluer cela et l'inviter à démissionner ? La fonction de bourgmestre ne peut pas rester vacante indéfiniment."
Au niveau politique, la situation n'est pas encore totalement hors de contrôle.
La commune peut compter sur Amet Gjanaj (PS), qui assure l'intérim comme bourgmestre faisant fonction.
Les relations avec le PTB, qui forme avec Ahmed El Khanouss (ex-Les Engagés) la majorité molenbeekoise, sont relativement bonnes.
Et financièrement, la commune ne souffre pas de l'absence de la bourgmestre qui, selon l'ordonnance prise par le gouvernement bruxellois en 2022, n'est plus payée par la commune (après trois mois d'absence, un bourgmestre bruxellois émarge à la mutuelle).
Mais les équilibres sont fragiles.
L'absence de clarté qui plane sur les prochains mois ne permet pas à Amet Gjanaj de se stabiliser dans sa position de bourgmestre.
Le cas Mohamed Kalandar
Le cas Mohamed Kalandar (PS) constitue une autre épine dans le pied du PS local. Cet échevin des Sports, proche de Catherine Moureaux, a choisi de s'asseoir depuis des mois sur une décision du PS bruxellois lui demandant de démissionner. Il collectionne par ailleurs les bad buzz, entre l'exhumation de prises de position inquiétantes et sa maîtrise très relative du français.
"Catherine Moureaux temporise et laisse au parti le soin de trancher le dossier Kalandar. Tant que ce n'est pas fait, elle ne reviendra pas comme bourgmestre", observe une source socialiste.
Mais c'est surtout au niveau du PS molenbeekois que se situe l'enjeu pour les socialistes. Car la section, qui doit fonctionner sans son leader, ne peut construire l'avenir. Pendant ce temps, Dirk De Block et le PTB avancent sans faire de bruit.
À ce rythme, en 2030, le parti de gauche radical a de fortes chances d'arracher à la famille Moureaux l'un des joyaux historiques de la couronne socialiste dans la capitale…