Intrusions de drones dans l'espace aérien belge : "Ce n'est certainement pas l'œuvre de petits plaisantins"
Après cette incursion massive de drones dans l'espace aérien belge, nombre de questions subsistent concernant la nature de ceux-ci.

- Publié le 06-11-2025 à 06h25
- Mis à jour le 06-11-2025 à 08h45

Peu d'informations circulent au sujet des drones qui ont survolé la Belgique dans la nuit de mardi à mercredi. En guise d'indice sur le type de drone utilisé, une vidéo, publiée par Het Laatste News ce mercredi matin, montre plusieurs points lumineux, avançant à faible allure dans le ciel de l'aéroport de Zaventem. D'après le média flamand, il s'agirait de l'un des drones responsables de la fermeture, ce mardi soir, de l'aéroport de Zaventem.
Pourtant Gaétan Powis, journaliste pour Air & Cosmos et spécialiste défense est formel : "Il ne s'agit pas d'un drone sur cette vidéo, j'en suis 100 % certain", avance-t-il. L'image montre en réalité un hélicoptère de la police fédérale, qui a survolé l'aéroport de Zaventem dans la soirée ce mardi, à la recherche des fameux drones. De quoi induire en erreur les auteurs de la video, bloqués dans l'aéroport.
D'après ce spécialiste, les survols menés sur le sol belge et européen ces dernières semaines utilisaient de petits appareils. Selon lui, ce même type de drones aurait été utilisé pour survoler la Belgique ce mardi, des engins de petite taille, sur batterie, ne pouvant pas être guidés à très longue distance. "Il y avait forcément quelqu'un dans la zone qui pilotait ces appareils mais la distance à laquelle se trouvait le ou les pilotes de ces drones et très difficile à évaluer, elle dépend de nombreux facteurs. Par exemple, une antenne peut avoir été ajoutée pour accroître la portée", précise Gaétan Powis.
Une opération préparée
Une chose semble néanmoins certaine, l'opération de ce mardi soir n'a pas été menée par des amateurs. Les drones vendus dans le commerce sont programmés avec une série de zones rouges comme les aéroports ou les bases militaires. Si l'utilisateur tente de survoler l'une de ces zones, l'appareil se bloque automatiquement. Pour mener à bien ces opérations, les auteurs ont donc dû modifier la programmation de leurs drones afin de contourner ces restrictions. "Il existe des ressources pour apprendre à le faire, mais cela demande tout de même des compétences précises. Cette opération de survol n'est pas l'œuvre de petits plaisantins", conclut l'expert.
Une hypothèse partagée par d'autres. "Cela ne peut pas être de la provocation venant d'un petit malin qui a tenté de faire survoler son engin au-dessus d'aéroports", nous assure une source proche du dossier. Tous les incidents ont eu lieu en soirée, soit un moment complexe pour faire voler un drone. Il faut donc être expérimenté, surtout si ceux-ci sont en formation et ordonnés."
Déstabilisation
À ce stade, les auteurs de ces survols n'ont pas encore pu être identifiés. Néanmoins, tous les regards se tournent vers la Russie, connue pour mener fréquemment ce type d'opérations à des fins de "déstabilisation". Une hypothèse que partage Gaétan Powis. "Ce type d'opération montre qu'il est possible de déstabiliser un pays sans mener d'attaque directe", précise-t-il.
Un pas de plus dans la "guerre hybride", au cœur de la stratégie russe. "À l'instar des cyberattaques massives ou des étoiles de David peintes sur les murs dans certaines grandes villes, ce type d'opération de survol permet d'exercer une pression sur les pays européens". D'autant plus que les auteurs sont en mesure de survoler des sites particulièrement sensibles, comme la base militaire de Kleine-Brogel, qui abrite une arme nucléaire américaine stockée chez nous dans le cadre de l'OTAN. "Les responsables de cette opération démontrent également qu'ils sont capables de le refaire s'ils le souhaitent, car la Belgique manque cruellement de moyens de détection, de brouillage et de destruction de drones, détaille Gaétan Powis. Des investissements sont prévus mais ceux-ci tardent à arriver".