Olivier Maingain accuse François De Smet "d'être complice de tricherie" chez DéFi : "Cette histoire m'interdit de me taire"
Séisme chez Défi : Olivier Maingain pointe "une manipulation des votes" au sein du parti et réclame "le licenciement" du bras droit de François De Smet

- Publié le 20-02-2024 à 12h21
- Mis à jour le 20-02-2024 à 14h36

Un séisme vient de frapper DéFi. Olivier Maingain, président de l'ex-FDF durant plus de 20 ans, accuse le chef de cabinet de son successeur, François De Smet, d'avoir "manipulé les résultats de l'élection démocratique interne".
Il réclame "son licenciement" et accuse François De Smet "d'être complice de la tricherie, en ayant accrédité devant la commission électorale une thèse qui a toutes les apparences de l'invraisemblance."
"Je n'aurais jamais pensé connaître un tel moment et devoir accomplir une telle tâche au sein de mon parti. Je suis dans la situation d'un lanceur d'alerte", pointe le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert. "Je porte le parti en haute estime, mais pas au regard des derniers évènements que je viens de connaître."
Guerre totale entre François De Smet et Olivier Maingain
Les conséquences de ce qui ressemble au début d'une guerre totale entre Olivier Maingain et François De Smet pourraient être très graves pour le parti amarante.
Tout débute ce dimanche, à l'occasion du congrès national du parti, qui s'est tenu à l'ULB. Ce jour-là, les militants de DéFi ont approuvé les listes fédérales et régionales bruxelloises.
Mais alors qu'une première proposition avait été formulée, des luttes de pouvoir entre sections locales ont forcé le comité électoral à rétrograder certains candidats, et à en promouvoir d'autres. Olivier Maingain n'a pas manqué de faire jouer son poids interne pour faire "remonter" certains de ses protégés, comme Michaël Vossaert ou Michaël Loriaux. "Ce qui s'est passé n'était pas correct", avait confié le député Jonathan de Patoul à a Libre.

La liste définitive qui a été validée par les militants a des airs de victoire pour le clan Maingain.
Dans cette proposition, Bernard Clerfayt est tête de liste, devant Joëlle Maison et Fabian Maingain. Ludivine de Magnanville arrive 4e, devant Michaël Loriaux, Gisèle Mandaila (6e), Michaël Vossaert (7e), Alexandra Philippe (8e), Emin Özkara (9e).
Emmanuel De Bock n'obtient que la 24e place, Marc Loewenstein la 13e et Jonathan de Patoul, la 11e.
Les coulisses de ce vote, et ses suites, nous sont racontées par Olivier Maingain, qui a convoqué une conférence de presse d'urgence ce mardi au château Malou.
"Lors du premier vote, sur la première proposition du comité électoral, la majorité qualifiée des 60 % (Ndlr : nécessaire pour l'approbation d'une liste) n'a pas été atteinte", reprend Olivier Maingain. "Cela a donné lieu à des débats sereins et courtois, lors desquels la commission électorale a entendu les observations de nombreux membres du conseil général, dont les miennes. Une nouvelle liste a été proposée."
Le vote, puis des applaudissements
"Didier Gosuin, président du comité, a ensuite demandé qu'on vote immédiatement sur cette liste, afin de savoir rapidement s'il y avait acceptation ou pas. Cela m'a surpris, comme d'autres, car nous étions plusieurs à penser que cette proposition allait échouer à avoir une majorité de 60 %. Mais nous avons été étonnés de voir que la liste avait recueilli la majorité, à une voix près (84 oui, 54 non, 1 blanc ou nul.) Il y a eu des applaudissements dans la salle. Didier Gosuin a dit : 'voilà c'est approuvé à la majorité qualifiée'. Et on s'est quitté", reprend Olivier Maingain.
Plusieurs élus, dont Jonathan de Patoul et Emmanuel De Bock, font état de leur mécontentement, par rapport à leur mauvaise place sur les listes. Rien d'inhabituel, pense alors Olivier Maingain.
"En bureau, certains voulaient remettre en cause le résultat électoral"
"Dans la foulée, étonnamment, il n'y a pas eu de communication du parti sur les listes. Pourtant, dans le whatsapp interne entre chefs de file, tout le monde se congratulait. Un bureau de parti s'est déroulé le lendemain (lundi). Je n'ai pas pu m'y rendre. Mais il m'est revenu que certains voulaient remettre en cause le résultat électoral. Sur quelle base ? En gros, ils souhaitaient trouver une manière de repêcher ceux qui ne sont pas bien placés sur les listes. Je n'ai jamais vu ça dans l'histoire du parti."
"Le secrétaire général du parti, Pascal Freson, me téléphone et me dit : il y a un fait majeur. Le chef cabinet de François De Smet a recompté les votes et on a découvert que 10 bulletins ont été comptés dans la colonne des oui. Alors qu'il s'agissait de non."
Il poursuit, en précisant son propos : "C'est là que commence l'histoire qui m'attriste et m'interdit de me taire. Le secrétaire général du parti, Pascal Freson, me téléphone et me dit : 'il y a un fait majeur'. Le chef cabinet de François De Smet a recompté les votes et on a découvert que 10 bulletins ont été comptés dans la colonne des oui, alors qu'il s'agissait de non. Et que donc, il n'y avait plus de majorité qualifiée. Or, 3 des 6 membres de la commission électorale ont recompté les bulletins trois fois. Il y avait 139 bulletins à dépouiller, c'est tout. Ils ont fait des piles de 10."
Selon Olivier Maingain, le chef de cabinet de François De Smet aurait ensuite emporté les bulletins de vote. "Et celui-ci les a recomptés le lendemain après-midi. Or, pourquoi a-t-il fait cela ? D'habitude, l'enveloppe est fermée définitivement. Pourquoi ce monsieur s'autorise-t-il alors à recompter les votes ? On atteint quelque chose que je n'ai jamais connu dans l'histoire du parti. Car je ne doute pas un seul instant de l'honnêteté de la commission électorale, ni de Didier Gosuin, qui avaient comptabilisé les votes."
Je demande que François De Smet licencie sur-le-champ ce directeur de cabinet, sans quoi le président du parti se met lui-même en péril."
Pour Olivier Maingain, il y a eu tricherie. "Il y a là une tentative grossière de tricher avec les résultats démocratiques des instances de DéFi. Une seule personne détenait les résultats. Je mets en cause le chef de cabinet de François De Smet d'avoir manipulé les résultats des votes. Cela m'amène à penser qu'il y a une volonté de mettre à néant les votes démocratiques de nos membres. Je ne peux pas l'accepter. Je demande que François De Smet licencie sur-le-champ ce directeur de cabinet, sans quoi le président du parti se met lui-même en péril. A-t-il agi à la demande du président ? On l'apprendra. Mais si François De Smet devait le couvrir, il s'exposerait à de grandes difficultés de plusieurs membres du parti, moi-même en tête. François lui-même serait sur la sellette si cette mauvaise farce devait se poursuivre. Un président qui couvre son chef de cabinet se met en cause lui-même."
Des listes plus favorables à François De Smet et à ses protégés ?
En substance, selon Olivier Maingain, le bras droit de François De Smet aurait tenté d'invalider les résultats pour pouvoir mettre en place des listes qui soient plus favorables à la vision du président.
Et l'ancien président de DéFi de conclure. "On ne m'a jamais pris en défaut sur mon honnêteté. Je ne permettrai jamais qu'on manipule les résultats démocratiques. Je demande à François de retrouver la raison de ce qui fait la force de son parcours : l'honnêteté, la fidélité à des convictions fortes, la cohésion. S'il travaille sur cette base, je travaillerai avec lui, sinon nous aurons un grave problème."
Défi répondra à ces "graves accusations" cet après-midi
DéFi a convoqué une conférence de presse à 15 heures pour répondre à ces "graves accusations". Au cours de celle-ci, les instances du parti s'exprimeront quant au Conseil général extraordinaire qui se tiendra dans les prochains jours.