"Si j'étais au pouvoir, ma première mesure serait de transformer le Sénat en un Conseil permanent de citoyens tirés au sort"
Pour clôturer notre série consacrée aux idées émises par 50 personnalités issues de la société civile en vue des élections de ce dimanche, l'historien et écrivain David Van Reybrouck suggère de revoir notre bicaméralisme belge en créant un "Sénat des citoyens" chargé de faire un contrepoids réel à la chambre "classique" des élus.

- Publié le 08-06-2024 à 08h12

Ce dimanche, on vote en Belgique pour élire nos représentants au suffrage universel. Et il y en a au moins un dans ce pays qui interroge ce processus électif : David Van Reybrouck. L'historien, écrivain à succès et auteur de "Contre les élections" s'inquiète depuis longtemps de l'essoufflement de notre démocratie représentative. Alors s'il avait le pouvoir, confie-t-il, il transformerait le Sénat actuel, dont beaucoup s'accordent à dire qu'il est aujourd'hui d'une parfaite inutilité, en un Conseil permanent de citoyens tirés au sort.
Concrètement, le bicaméralisme belge serait préservé mais aménagé : d'un côté la Chambre des représentants avec ses 150 élus et de l'autre, un Sénat composé de 150 citoyens tirés au sort pour faire un contrepoids réel à la chambre des élus. Ces citoyens sénateurs seraient correctement rémunérés, ni trop ni trop peu de manière à leur donner envie de participer à la Chose publique pour d'autres raisons que l'appel de l'argent.
Un modèle inspiré des germanophones du pays
En réalité, l'idée n'est pas neuve puisque la Communauté germanophone de Belgique, la première au monde, expérimente déjà cela à son niveau depuis cinq ans. Observez d'ailleurs les subtilités du modèle à deux tirages, que David Van Reybrouck verrait bien transposé à l'échelon national : un tirage long qui constituerait le conseil permanent chargé de travailler en étroite collaboration avec les élus de la Chambre des représentants pour une durée de deux ans, et un tirage court qui composerait les assemblées citoyennes censées travailler pour une plus courte durée, entre trois et cinq mois.
Le conseil permanent aurait le droit de mettre des thématiques à l'ordre du jour politique et de convoquer ces assemblées citoyennes sur des thèmes spécifiques : par exemple la SNCB, l'intelligence artificielle ou encore la 5G. Le "Sénat des citoyens", dénomination qui pourrait lui être donnée, ferait ainsi des recommandations aux politiques et des allers-retours entre la Chambre et le Sénat seraient encouragés.
Contrer la dynamique électoraliste
Point notable : ce Sénat nouvelle version serait chargé des enjeux de long terme, expose David Van Reybrouck. Une manière, dit-il, de contrebalancer la dynamique électoraliste et court-termiste dans laquelle sont traditionnellement embourbés nos élus. La réforme de l'État, par exemple, pourrait tout à fait entrer dans ce registre. Les sénateurs citoyens seraient ainsi appelés à dénouer des dossiers "politiquement insolutionnables".
"Si je défends ce modèle, s'explique-t-il en guise de conclusion, c'est parce que je constate que nous sommes en train de perdre des citoyens à grande vitesse. Il y a un gouffre grandissant entre ceux qui se sentent encore inclus et ceux qui se sentent exclus. Il est donc crucial d'augmenter la capacité d'agir des gens, sur des grands thèmes de société, et dans un modèle qui diminue le pouvoir des lobbies et de la haute finance".
