"Ce n'est pas le modèle bruxellois en tant que tel qui est à blâmer, c'est le modèle politique de la Belgique"
Caroline Sägesser, politologue au Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques), explique pourquoi la formation du prochain gouvernement fédéral s'annonce ardue. Elle doute que la N-VA puisse accepter un accord politique sans avancées institutionnelles importantes.


- Publié le 10-08-2024 à 07h01

Il sera difficile d'avoir tout à la fois un accord sur les grandes lignes budgétaires et sur l'institutionnel avant le scrutin communal du 13 octobre, non ?
En effet. Il n'est dès lors pas impossible qu'un accord budgétaire soit trouvé d'abord et que ce soit l'actuel gouvernement en affaires courantes qui se charge de le transmettre à la Commission européenne. Et que les négociations de formation du nouveau gouvernement continuent après les communales. On a déjà vu un gouvernement en affaires courantes tout faire, y compris présenter un budget. Cela ne paraît pas très propre sur le plan institutionnel, mais en Belgique, tout est possible.
Vooruit est le seul parti de gauche dans cette future coalition au fédéral. Leur situation paraît bien inconfortable…
Je ne suis pas sûre qu'ils soient tant dans l'inconfort que cela, surtout pour un parti devenu très centriste, en tout cas avec Conner Rousseau. Finalement, cette position un peu isolée lui permettra de revendiquer les quelques avancées sociales qui seront présentes dans l'accord de gouvernement. Quand on est dans un gouvernement avec plusieurs partis de gauche, on se dispute les plumes.
S'il obtient moins que ce qu'il doit concéder, Vooruit n'en sortira pas vraiment gagnant. Le PS a eu la même expérience avec le gouvernement Di Rupo.
Le PS est un parti qui s'est très très peu réformé et qui regarde son électorat s'effilocher depuis trente ans. Il apparaît, à tort ou à raison, comme un parti vieillissant avec des cadres qui ne se renouvellent pas ou très lentement. Au contraire, Vooruit s'est réinventé, jouit d'un espace à gauche relativement ouvert en Flandre.
À Bruxelles, Vooruit pourrait-il renouer avec la liste de Fouad Ahidar ?
Ce qui bloque maintenant, c'est la difficulté de trouver un accord entre quatre partis pour se répartir les trois postes à pourvoir. Renouer avec Fouad Ahidar, avec qui une majorité à 3 partenaires est possible côté néerlandophone, ne doit donc pas être exclu. Des contacts semblent même avoir déjà eu lieu. Maintenant, personne ne s'imagine que la situation va se débloquer à Bruxelles avant les communales. D'autant que les gens seront occupés à faire campagne pour le 13 octobre. Et Fouad Ahidar pourra agir en fonction du score que ses listes feront aux communales. À son sujet, on a l'habitude de dire que c'est difficile en Belgique de percer avec une nouvelle liste. Force est de constater que lui a réussi, et dans une période assez courte. Il faudra étudier en détail avec quels moyens de communication il a réussi cela.
La difficulté de former une majorité ne devrait pas inciter à modifier le système institutionnel bruxellois ?
C'est au fédéral que cela se décide, et je crois qu'il n'y aura pas de remise en question du modèle institutionnel bruxellois, en tout cas, pas pour aller dans le sens d'une baisse de garantie pour les néerlandophones.
Faut-il vraiment une négociation séparée entre partis francophones d'une part et partis néerlandophones de l'autre, avec une double majorité nécessaire, pour constituer le gouvernement bruxellois ? Cela complique les choses…
La situation de Bruxelles est compliquée à bien des égards. Mais pour moi, ce n'est pas le modèle bruxellois en tant que tel qui est à blâmer, c'est le modèle politique de la Belgique. La difficulté, c'est d'avoir, à Bruxelles, des partis communautaires, constitués sur des bases linguistiques, et pas des partis régionaux. Les enjeux à Bruxelles ne sont pas clivés linguistiquement. Prenez les questions de mobilité.
Si on veut autoriser des listes bilingues à Bruxelles, il faut une loi spéciale votée au fédéral ?
Oui. C'est déterminé par la loi spéciale de 1989. Bruxelles n'a pas l'autonomie pour cela.
A-t-elle l'autonomie pour augmenter le nombre de ministres néerlandophones et ainsi contenter 4 partis ?
Les Bruxellois ne peuvent pas choisir le nombre de ministres régionaux. Mais ils pourraient modifier le nombre de secrétaires d'État. Avec une majorité plus large que la simple majorité cependant.