"Ahmed Laaouej a choisi la voie du pourrissement, il n'a jamais eu la volonté de monter dans un gouvernement bruxellois"
Pour Frédéric De Gucht, président de l'Open VLD à Bruxelles, le veto du PS contre la N-VA n'est "ni sérieux ni honnête."

- Publié le 17-12-2024 à 06h35
- Mis à jour le 17-12-2024 à 08h35

Vous défendez David Leisterh (MR), que certains présentent pourtant comme un formateur faible.
C'est très facile pour le PS de dire ça. Il faut trouver une majorité dans les deux groupes linguistiques. Cela a été très vite côté francophone, mais cela nous a pris 6 mois, côté néerlandophone. On pourrait donc dire que les francophones ont attendu les néerlandophones. Mais on pourrait aussi dire qu'on a donné à Ahmed Laaouej (président du PS bruxellois) le temps de ne pas prendre position. Car il savait bien, dès le début, qu'il n'y avait pas 1 000 options. Exclure la N-VA pour des raisons fictives d'islamophobie et de racisme, ce n'est pas sérieux ni honnête. Il a choisi la voie du pourrissement, et il se cache derrière des excuses. Il n'a jamais eu la volonté de monter dans un gouvernement, durant les cinq mois que nous avons perdus.
Mais c'est l'Open VLD, et les partis flamands, qui lui réclament son accord, comme aux autres partis francophones du gouvernement d'ailleurs, pour créer ce nouveau poste de commissaire de gouvernement, promis à l'Open VLD…
La proposition de créer un commissaire de gouvernement au Budget a été proposée par les partis francophones eux-mêmes, dont Ahmed Laaouej faisait partie. Il se plaint de cela aujourd'hui, mais c'est lui-même qui avait, plus tôt dans la négociation, proposé la création d'un quatrième poste (un nouveau secrétaire d'État) pour les partis néerlandophones. Il était d'ailleurs prêt à le valider, si on votait en même temps le retour en arrière sur le décumul des mandats. Mais le temps du marchandage est révolu à Bruxelles.
Pourquoi ne pas appliquer aussi au CD&V votre "sacrifice", qui consiste à laisser le poste de secrétaire d'État à Vooruit, et à prendre pour vous celui de commissaire ? La N-VA serait hors-jeu et le veto du PS sauterait.
Nous ne sommes pas parvenus à trouver un accord avec Benjamin Dalle (unique député bruxellois du CD&V), après 5 mois de discussions ! Il a répété, lors de chacune de nos réunions, qu'il ne voulait pas participer. Nous avons accepté de prendre ce poste de commissaire, mais à condition d'avoir une majorité stable. Celle qu'on forme avec Groen, la N-VA et Vooruit dispose de 10 sur 17 sièges.. Avec le CD&V à la place de la N-VA, notre coalition ne tiendrait qu'à un siège… Or, si on veut réformer la Région, on a besoin d'une majorité stable.
Le PS justifie aussi le blocage actuel par la note institutionnelle d'Elke Van den Brandt.
Cette note a été rédigée par le cabinet d'Elke Van den Brandt pour essayer de réunir le programme des quatre partis néerlandophones. On n'en a même pas discuté entre partis ! Cette note contient des demandes de réformes qui visent à mieux organiser la vie des Bruxellois. Mais personne ne pense que, demain, les 19 communes bruxelloises vont être fusionnées !
Didier Reynders a dit un jour "Il y a trois PS à Bruxelles : le PS, le SP.A (devenu Vooruit), et l'Open VLD". Aujourd'hui, c'est à la N-VA que vous liez votre sort ?
Le PS et l'Open VLD étaient les plus grands partis dans leur groupe linguistique et Guy Vanhengel a toujours eu de bonnes relations avec Rudi Vervoort. On n'est plus dans cette situation. L'Open VLD n'est pas devenu un parti conservateur de droite, loin de là. Mais il faut résoudre la situation financière et institutionnelle de la Région. Pour cela, nous avons besoin des liens de la N-VA avec le gouvernement fédéral et avec le gouvernement flamand.
La coalition avec Défi et Ecolo est certainement une piste à suivre. On doit essayer de mettre au plus vite autour de la table des partis qui mettent en avant Bruxelles, et non leurs ambitions personnelles. Je vois beaucoup de points intéressants dans la note qui leur a été envoyée."
Le MR et les Engagés tentent désormais de convaincre Écolo et Défi d'embarquer à la place du PS.
C'est certainement une piste à suivre. On doit essayer de mettre au plus vite autour de la table des partis qui mettent en avant Bruxelles, et non leurs ambitions personnelles. Je vois beaucoup de points intéressants dans la note qui leur a été envoyée. Je suis aussi un éco-moderniste, et je vois beaucoup d'opportunités dans le fait de mettre en avant une industrie verte, en particulier dans la reconversion du site d'Audi Forest, qui sera un élément clé du déploiement futur de la région.
Écolo ne semble pas séduit pas l'ouverture, et reste campé sur son choix pour l'opposition.
Je peux comprendre, car changer d'avis en deux heures est difficile. Ils doivent d'abord avoir une bonne discussion en interne. Mais pourquoi perdre les élections voudrait par définition dire qu'on ne peut pas participer à un gouvernement ? L'Open VLD a aussi perdu les élections. Mais il faut mettre en avant un projet pour le futur et non être dans l'analyse du passé.
Ce ne sera pas simple non plus d'avoir le renfort de Défi, qui n'a guère envie de gouverner avec la N-VA.
Il y a eu dans le passé des gouvernements à Bruxelles où le FDF et la Volksunie (1989 à 1999), le prédécesseur de la N-VA, étaient ensemble dans un gouvernement, avec Vic Anciaux et Olivier Maingain (NdlR : en fait, Didier Gosuin). Donc, oui, c'est possible.
