Sans le PS, sans le MR ou sans l'Open VLD ? À Bruxelles, Yvan Vergoustraete est attendu lundi avec une proposition de sortie de crise
Le facilitateur bruxellois espère pouvoir rendre le témoin au MR, au terme de sa mission.

- Publié le 29-08-2025 à 06h32
- Mis à jour le 29-08-2025 à 08h31

La Belgique est un bien étrange royaume. On y discute du risque de voir un gouvernement (fédéral) tomber, alors qu'un autre (le bruxellois) n'a toujours pas été formé. Yvan Verougstraete est bien placé pour en juger : comme président des Engagés et comme facilitateur bruxellois, il est impliqué dans les deux dossiers. "Yvan fait le job, même dans la tourmente actuelle des tensions fédérales autour de Gaza", assure une source socialiste bruxelloise.
Sa mission de facilitateur, qui vise à débloquer les négociations après quinze mois de stagnation, est toutefois censée se terminer prochainement. "Nous nous sommes engagés à communiquer le résultat de notre mission d'ici à une semaine. Ce sera donc ce lundi", nous indique le président des Engagés.
Durant la semaine écoulée, le facilitateur a rencontré les partis démocratiques pour discuter de la note rédigée par Les Engagés (qui a fuité dans La Libre), et pour chiffrer les mesures qui y sont proposées. Au terme de sa mission, il espère pouvoir rendre le témoin au MR, pour que David Leisterh, en tant que formateur, puisse terminer le travail de négociations et former un gouvernement.
Mais le MR acceptera-t-il de reprendre la main ?
Si le fondateur de Medi-Market approche fortement d'une solution, le MR se saisira du témoin. Si ce n'est pas le cas, les libéraux risquent de laisser les Engagés se débrouiller.
Personne n'a "tué" la note
La situation reste mouvante.
Une forme de dynamique positive, certes, est de retour. Personne n'a, par exemple, pris la parole pour 'tuer' l'initiative d'Yvan Verougstraete après la fuite de sa note, contrairement à ce qui avait été observé par le passé.
Le PS, fâché par la proposition visant à suspendre son ordonnance sur les loyers abusifs ou le retour de la taxe kilométrique, est resté coi. Le MR, irrité par les accents environnementalistes et un texte assez tendre envers la politique de mobilité d'Elke Van den Brandt, en a fait de même.
Si les partis ont avancé sur le fond, le problème initial- trouver une majorité côté francophone et côté néerlandophone qui résiste aux vétos mutuels- n'est pas résolu.
Yvan Verougstraete dispose de plusieurs possibilités.
Une tentative "à l'aveugle" ?
La situation reste mouvante. Une dynamique positive, certes, est de retour. Personne n'a, par exemple, pris la parole pour 'tuer' l'initiative d'Yvan Verougstraete après la fuite de sa note. Mais si les partis ont avancé sur le fond, le problème initial – trouver une majorité côté francophone et néerlandophone qui résiste aux vétos mutuels – n'est pas résolu.
Yvan Verougstraete peut tenter de convaincre les partis MR-PS-Engagés-Groen-Vooruit-CD&V, qui disposent ensemble d'une majorité absolue au Parlement bruxellois (mais pas côté néerlandophone) d'avancer à six. Cela ne leur permettrait pas de former un gouvernement, mais bien de disposer d'une force politique pour voter un budget, et des textes au Parlement.
Une fois l'accord négocié, il ne manquerait que deux sièges pour former un gouvernement. La pression sur l'Open VLD, qui refuse d'y aller sans la N-VA, pourrait alors monter d'un cran. Mais cette formule ne convainc pas tout le monde…
"Yvan Verougstraete peut tenter une 'Éric Deflandre' (footballeur). L'ancien arrière droit des Diables rouges s'était fait une spécialité de courir tête baissée le long de ligne, et d'envoyer des centres, en espérant qu'un joueur de son équipe se retrouve dans le rectangle pour mettre le ballon au fond du but, glisse un élu bruxellois. Mais cela a rarement réussi à Éric Deflandre…" D'autres formules, qui pourraient ressurgir, existent.
Une majorité sans le MR ?
Une autre piste est, en théorie, envisageable : celle d'un gouvernement sans le MR, mais avec le PS. La formule présente toutefois de sérieux désavantages, dont celui de ne pas disposer d'une majorité… Le PS, les Engagés, Écolo et Défi auraient en effet besoin du renfort de deux sièges "volants" (Fabian Maingain, Soulaimane El Mokadem, etc) côté francophone. Et côté néerlandophone, Groen et Vooruit devraient compter sur le soutien de la Team Fouad Ahidar, ce qui conférerait au Jettois une influence considérable. Un tel choix mettrait aussi à l'épreuve l'axe que les Engagés forment avec le MR au fédéral, en Wallonie et à la FWB.
Une majorité sans le PS ?
Une autre piste existe également, plus solide sur le plan mathématique : celle d'un gouvernement sans le PS. En remplaçant les socialistes par Écolo et Défi, le MR et les Engagés disposeraient d'une majorité côté francophone.
En quoi cela modifierait-il l'équation, côté néerlandophone ? Frédéric De Gucht, futur candidat à la présidence nationale de son parti pourrait se présenter en Flandre comme l'homme qui a permis d'exclure le PS. Le trophée suffirait-il à le convaincre de lâcher la N-VA ? Sans doute pas. Si le MR acceptait de s'inscrire dans cette dynamique, toutefois, la pression se ferait plus forte sur son parti frère libéral. Il faudra aussi convaincre Écolo (qui avait toutefois négocié avec le PS et le PTB) d'embarquer avec le MR, et cela n'a rien d'un détail…
