La ministre Glatigny veut durcir le système de crédits à l'université: "Il faudra bientôt réussir plus de cours en fin de première année"
La ministre Glatigny hausse le rythme. Le décret Paysage et la formation initiale des profs seront revus pour 2021.

- Publié le 05-09-2020 à 07h10
- Mis à jour le 15-09-2020 à 10h41

Dans les universités, hautes écoles et écoles supérieures des arts, la rentrée académique est fixée au 14 septembre. À une semaine de l'échéance, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR), annonce plusieurs grands changements. Et pas seulement liés à la pandémie.
Les deuxièmes sessions sont terminées. Après les épreuves de juin, on a beaucoup parlé de tricherie. Est-ce encore le cas ? Prévoyez-vous des mesures ?
Il n'est pas impossible qu'il y ait eu quelques cas. Mais ce n'est certainement pas généralisé. Je vous rappelle que, pour la première session, on a enregistré une augmentation des réussites de l'ordre de 5 à 9 %. Si tout le monde avait triché, on serait bien au-dessus. Cela étant, j'ai demandé une analyse comparative des résultats des étudiants l'année dernière, cette année et l'année prochaine. Une réflexion est entamée sur la manière d'évaluer à distance. Exemple : à propos de la tricherie, des étudiants ont avoué qu'ils avaient passé des examens ensemble. Et si, au final, on valorisait ce travail collaboratif au lieu de le sanctionner ? Beaucoup y réfléchissent déjà.
La manière dont s'est terminée l'année scolaire passée a-t-elle entraîné une augmentation des inscriptions dans le supérieur ?
On remarque quelque chose, c'est vrai. On constate, à ce stade du calendrier, plus d'inscriptions que les autres années. Les étudiants ont anticipé. On voit que, compte tenu du contexte, ils se sont mieux organisés et se sont inscrits plus tôt que d'habitude. On verra si, pour autant, ils seront plus nombreux au final quand les inscriptions seront terminées.
Pour la première épreuve de l'examen d'entrée en médecine, le taux de réussite est sensiblement le même que d'habitude (19,55 %). Est-ce une bonne nouvelle ?
Je veux saluer le sens de l'organisation des étudiants qui sont parvenus, malgré les circonstances, à rester connectés à leurs apprentissages. Pour permettre aux élèves qui terminaient leurs secondaires en juin de bien se préparer, vous savez qu'on avait reculé la première épreuve fin août : c'était une bonne idée.
N'empêche, 720 étudiants sont d'ores et déjà admis en médecine alors que le quota de numéros Inami qui permettra à cette cohorte d'exercer son métier est fixé à 505. N'y a-t-il pas un problème ?
D'abord, je ne suis pas inquiète, non. Le nombre de numéros Inami disponibles sera un peu plus élevé. On va en récupérer 72 du côté des six spécialités qui ne seront plus soumises alors au système de quotas. Cette décision a été prise au fédéral fin juillet. Ensuite, plus généralement, ce système doit être adapté. Il me semble que le contexte de la crise sanitaire peut faire un peu évoluer les choses. On s'est clairement rendu compte du rôle fondamental des généralistes en particulier. À terme, il faut que chaque étudiant qui a réussi l'examen d'entrée et ses études puisse exercer. Première étape : objectiver les besoins pour offrir à la population les généralistes et les spécialistes nécessaires. La Commission de planification de l'offre médicale est en cours d'élaboration. L'avant-projet de décret sera présenté au gouvernement en octobre. Le but est que le décret puisse entrer en vigueur fin 2021.
On voit que plusieurs universités et hautes écoles annulent certaines de leurs festivités : pourquoi n'avoir pas donné une consigne générale ?
Nous sommes sortis d'une logique consistant à imposer les mêmes mesures à tout le monde pour adopter une logique de gestion des risques. On sait à quel point honorer le folklore est important pour les étudiants et combien la vie étudiante ne se limite pas aux cours. Laisser le pouvoir de décision au niveau local permet de maintenir certains événements là où c'est possible tout en respectant les consignes de sécurité.
À propos des mesures sanitaires, les masques imposés à tous dans le secondaire font beaucoup de bruit. On n'entend rien de pareil au niveau supérieur, c'est étrange…
Chacun a conscience qu'il faut faire des sacrifices pour pouvoir reprendre un maximum d'activités en présentiel. Le port du masque est une condition sine qua non pour permettre la rentrée en code jaune. En outre, une réflexion est en cours avec les spécialistes pour voir comment la consigne pourrait être adaptée, en toute sécurité bien sûr, pour les professeurs qui donnent cours devant de très grands auditoires.
Vous avez recommandé une diminution globale de population de 25 % sur les campus. Comment les institutions peuvent-elles organiser cela ?
Là aussi, l'idée est de laisser la liberté aux établissements pour adapter le protocole. Une série d'entre eux vont donner la priorité aux nouveaux étudiants pour lesquels il importe de faire la connaissance des lieux, des professeurs et de leurs camarades. L'avantage peut aussi être donné à certains cours où le non-verbal est encore plus important. Des rotations peuvent par ailleurs être organisées pour faire venir les étudiants à tour de rôle. Dans un contexte difficile, et vu la lourdeur administrative que représente l'organisation des horaires, nous ne voulions pas créer une charge supplémentaire en étant trop prescriptifs.
Concernant les voyages Erasmus, ce sont également les institutions qui décident lesquels sont maintenus ou pas. Pourquoi ?
Parce qu'une mobilité n'est pas l'autre. Certains établissements ont noué des contacts privilégiés avec des organisations dans des pays tiers. Une mobilité a parfois plus de sens qu'une autre au niveau pédagogique également. L'annuler pour un étudiant en langues, par exemple, aura plus d'impact que pour certains autres.
Venons-en aux gros chantiers en cours. La réforme de la formation initiale des enseignants se fait attendre. Où en est-on ?
Le travail a continué d'avancer, malgré la crise. Des réunions ont encore eu lieu la semaine passée avec toute une série d'acteurs et nous voulons aboutir. Sur le fond, on garde les fondamentaux de la réforme tels qu'ils étaient envisagés : le passage de 3 à 4 années d'études, la co-diplomation et l'augmentation des stages en dernière année. Ceux-ci passeront de 20 (les autres années) à 48 % du contenu de la quatrième année. C'est important pour permettre aux jeunes enseignants d'expérimenter le terrain plus qu'aujourd'hui. L'examen de la faisabilité budgétaire de la réforme se poursuit également. Il faut rendre celle-ci soutenable pour les finances de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L'ambition est très grande : faire entrer la réforme en vigueur dans un an. On va le plus vite possible car il faudra aussi laisser le temps aux acteurs de se l'approprier. Des craintes s'expriment déjà à ce propos, il faut les entendre.
Autre réforme très attendue : celle du décret Paysage qui organise le parcours des étudiants. Le changement est pour bientôt ?
Oui. Les effets pervers de ce système sont bien connus : allongement de la durée des études, précarisation étudiante, surcharge administrative en lien avec des parcours très personnalisés, parcours peu lisibles en termes de réussite. Nous travaillons sur une meilleure définition de cette notion. Il faudra réussir plus de crédits en fin de première année (NdlR : les cours d'une "année" représentent 60 crédits et l'étudiant peut continuer son parcours s'il en valide au moins 45 sur 60, avec la réussite d'un cours fixée à 10/20). Un texte va être soumis au gouvernement durant la première quinzaine d'octobre. Ici aussi, nous voulons être prêts à la rentrée 2021.
Les secteurs de la jeunesse et de l'aide à la jeunesse, dont vous avez aussi la tutelle, sont mobilisés, aux côtés des acteurs de l'enseignement obligatoire, pour récupérer les élèves en décrochage. Concrètement, qu'est-ce qui diffère des autres années ?
Tous sont plus que jamais mobilisés pour repérer les jeunes en difficulté et les raccrocher à un projet de vie. On a peur, à la sortie du confinement, de perdre certains jeunes. Une task-force Jeunesse est en place pour créer plus de synergies entre enseignement et jeunesse.
Dans quelles conditions les réunions scoutes et les activités des ASBL Jeunesse vont-elles reprendre ?
Nous avons vu cet été lors des camps et des activités sportives ou socioculturelles que, quand un protocole est défini, les opérateurs le respectent avec beaucoup de sérieux. On peut s'appuyer sur cette expérience pour annoncer la reprise des activités du secteur. Nous avons établi un protocole en quatre couleurs, comme pour l'enseignement et le sport. C'est nécessaire pour la prévisibilité : que les organisations de jeunesse sachent ce qui va se passer si les conditions sanitaires se modifient. Nous prévoyons une rentrée en code jaune (groupes de 50 participants, activités extérieures privilégiées et port du masque à partir de 12 ans). En code orange, les groupes se réduisent à 20 personnes et les mêmes règles s'appliquent. En code rouge, seules les activités pour les moins de 12 ans restent organisables.
Dans le sport jeunes, où un protocole quadricolore est déjà en place aussi, certains clubs souffrent de problèmes de trésorerie. Comme ministre des Sports, pensez-vous que leurs activités sont en danger ?
Les clubs et fédérations sportives ont effectivement repris leurs activités en code jaune et connaissent le protocole pour s'adapter à l'évolution de la situation. Budgétairement, c'est vrai, certains sont en difficulté. Outre une aide de 4 millions d'euros débloquée du fonds d'urgence de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour soutenir les petites structures, nous avons lancé cet été le challenge Je me bouge pour mon club. Le principe était, pour chacun d'eux, de fédérer ses adhérents et de parcourir 1000 kilomètres : 448 clubs ont reçu 1 000 euros. Le succès a été énorme, on réfléchit à une deuxième édition. Toujours dans l'idée d'assurer la poursuite des activités, une campagne pour promouvoir l'arbitrage va être lancée. En temps normal, c'est parfois difficile de trouver des arbitres pour toutes les compétitions. Avec la pandémie, nous craignons que certains manquent à l'appel, en cas de quarantaine par exemple. Enfin, je voudrais rappeler que les parents peuvent également soutenir leur club en maintenant leurs paiements, même quand les activités ont dû s'arrêter. Une disposition fédérale a été prise pour que cet argent non récupéré fasse l'objet d'une déduction d'impôts.