Voici comment Caroline Désir compte attirer des enseignants, et les garder
Expérience mieux valorisée, certifications supplémentaires : quelques mesures structurelles ont été adoptées ce jeudi.

- Publié le 17-11-2022 à 16h08
- Mis à jour le 17-11-2022 à 16h13

Qu'il s'agisse de cours en immersion ou de cours de langues modernes, il manque de bras, de beaucoup de bras même, pour les assurer dans nos écoles.
La pénurie d'enseignants ne touche évidemment pas que l'apprentissage des langues. Depuis des années, et bien avant la crise sanitaire, les écoles peinent à pourvoir à tous les postes.
Rappelons d'abord quelques éléments de contexte. À chaque fonction d'enseignant correspond une liste de titres nécessaires pour pouvoir l'endosser. En principe, il faut un titre requis. À défaut, un titre suffisant. Ou alors un titre de pénurie voire, finalement, un titre non listé. Les derniers Indicateurs de l'enseignement pointaient, pour janvier 2021, une proportion grandissante de titres non listés. Dans le secondaire supérieur, par exemple, 56 % des professeurs de géographie n'avaient déjà ni titre suffisant ni titre requis.
Le personnel de l'enseignement n'a pourtant cessé d'augmenter
Répétons aussi qu'alors que la difficulté grandit de trouver des gens pour enseigner, les dernières statistiques montrent que le personnel de l'enseignement (enseignants, directions, inspections, centres PMS, etc.) n'a pourtant cessé d'augmenter ces dix dernières années. Entre 2010 et 2021, on est passé dans l'enseignement obligatoire, général et spécialisé, de moins de 94 000 à plus de 102 000 équivalents temps plein (+8,5 %), dont plus de 3 500 entre 2020 et 2021. L'augmentation de la population scolaire n'explique qu'en partie ces chiffres. D'après les Indicateurs ad hoc, les écoles fondamentales et secondaires comptaient près de 900 000 élèves en 2019-2020 pour 858 000 en 2009-2010 (+4,9 %).
Dernier préalable : la pénurie d'enseignants n'est pas spécifique à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle sévit aussi en Flandre et à l'étranger. Le mois passé, l'Unesco tirait d'ailleurs la sonnette d'alarme à l'échelle mondiale, indiquant qu'il manquait actuellement 69 millions d'enseignants pour "assurer une éducation de base universelle".
Il faut 374 temps pleins de plus pour la rentrée
Pour revenir aux écoles francophones de Belgique, il y a une urgence particulière. Sans même parler des initiatives concernant l'enseignement en immersion, il faut recruter 374 équivalents temps plein de profs de langues modernes supplémentaires pour la prochaine rentrée. En Wallonie, l'apprentissage de la première langue moderne est en effet avancé en 3e et 4e primaires (il commence actuellement en 5e). D'où l'explosion des besoins.
Le projet de décret contenant diverses mesures en vue de lutter contre la pénurie d'enseignants, voté à l'unanimité ce jeudi, prévoit plusieurs mesures structurelles.
Concernant les "maîtres de seconde langue" (comme on dit en primaire), les "enseignants de deuxième carrière" pourront valoriser les services qu'ils ont prestés dans le privé dans leur ancienneté pécuniaire (barème de revenus et évolution de celui-ci). Un maximum de cinq ans sera toutefois pris en compte. Il faudra en outre, pour ce faire, que le membre du personnel atteste qu'il a fait usage de la langue enseignée pendant son expérience professionnelle précédente.
Anciennetés interréseaux
Concernant l'ancienneté de service (les années comptabilisées par exemple pour le statut de membre du personnel définitif ou la pension), toutes les expériences passées dans l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles, quel(s) que soi(en)t les réseaux fréquentés et y compris la promotion sociale, seront comptabilisées. Ces anciennetés interréseaux devraient encourager les personnes à entrer dans l'enseignement et à y rester.
Autre initiative : l'autorisation d'exercer au-delà de l'âge de la pension est élargie à tous les retraités de l'enseignement, même si la fonction exercée n'est pas en pénurie. En son temps, la ministre de l'Éducation, Caroline Désir (PS), avait indiqué qu'une mesure similaire concernant les prépensionnés n'avait débouché que sur 13 retours pour un total d'environ deux équivalents temps plein...
Enfin, de nouvelles mesures visent à ajouter des possibilités de formation et de certification à celles qui existent déjà. Concrètement, des certificats de réussite à des tests de langues émis par des organismes nationaux ou internationaux seront valorisés pour le titre de capacité des enseignants de langues modernes. Les organismes concernés et les niveaux exigés doivent encore être déterminés. En outre, l'accès au jury pour décrocher le certificat d'aptitudes pédagogiques sera élargi à tous les membres du personnel exerçant (ou ayant exercé) une fonction enseignante.
Une vaste campagne de promotion
À noter que le texte adopté ce jeudi en commission installe aussi, à titre expérimental, un pool de 48 instituteurs primaires remplaçants dans deux zones géographiques.
En conclusion, la ministre de l'Éducation, Caroline Désir (PS), a insisté : "La lutte contre la pénurie ne s'arrêtera pas là. Une vaste campagne de promotion et de valorisation des métiers de l'enseignement sera lancée à la fin de l'année scolaire, sur les réseaux sociaux, pour déconstruire une série d'idées reçues et mettre en avant des caractéristiques positives moins connues. Le combat continuera sur d'autres fronts. J'ai l'intention de m'y atteler jusqu'au dernier jour de la législature."