Des flexi-jobs face à la pénurie de professeurs ? "Être prof, ça ne s'improvise pas. Or, on laisse à penser que c'est un métier facile"
Face à la pénurie d'enseignants, "l'idée des flexi-jobs peut être examinée", a déclaré ce 13 juin la ministre de l'Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur LN24. Si Valérie Glatigny (MR) assure qu'il ne s'agit pour l'instant que "d'une piste parmi d'autres", cette idée est, on s'en doute, loin de faire l'unanimité auprès des syndicats.

- Publié le 21-06-2025 à 08h31

"Cela ne m'inspire rien de bon", réagit Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC Enseignement. Selon lui, même si le gouvernement a la volonté affirmée de combattre la pénurie, il utilise les mauvais moyens. "Lutter contre la pénurie, ce n'est pas se donner bonne conscience en plaçant un adulte face aux élèves, mais plutôt avoir des enseignants disposant d'une formation correcte et complète. Ce n'est donc pas en passant par des flexi-jobs qu'on arrivera à atteindre l'objectif", déplore-t-il.
Roland Lahaye craint que tout un chacun puisse penser qu'il peut devenir professeur, sans même avoir reçu de formation préalable. "On laisse à penser qu'enseignant est un métier facile, que tout le monde peut exercer. Cela revient à rabaisser la profession." En somme, c'est un coup dur pour "ceux qui s'y investissent", soutient-il. "Être prof, ça ne s'improvise pas, surtout maintenant. Le métier est devenu beaucoup plus compliqué parce que les publics qui sont face aux enseignants sont variés et ont parfois des difficultés relationnelles, un mal de vivre, ou une santé mentale particulière, surtout chez les adolescents."
Cela dit, les contours de la proposition restent flous. Interrogée sur d'éventuelles qualifications et/ou conditions nécessaires pour prester un flexi-job dans l'enseignement, la ministre reste prudente et rappelle que "les flexi-jobs sont une piste à considérer parmi d'autres". "Ce n'est d'ailleurs pas la piste sur laquelle nous travaillons, et il n'est dès lors pas question ici de s'avancer sur d'éventuelles modalités pratiques."
Pas une solution adéquate face à la pénurie
Mais quelle que soit la formule, une telle solution reste inenvisageable pour la CSC Enseignement. "Pour nous, ce n'est pas une solution adéquate, assure Roland Lahaye. On préférerait que le gouvernement continue à investir dans des formations solides, au début et tout au long de la carrière. Or, ce qui est aujourd'hui sur la table, ce sont non seulement des flexi-jobs, mais aussi une baisse des moyens accordés à la formation des enseignants durant leur carrière. On parle de ne plus indexer les moyens qui sont accordés à ces instituts de formation en cours de carrière, et à réduire leur dotation. On ne peut pas se permettre de se donner bonne conscience en disant qu'on va régler la pénurie, puis de se rendre compte, dans quelques années, que le système s'écroule."
Selon Roland Lahaye, il est urgent de s'interroger sur "ce qui fait qu'aujourd'hui, les jeunes ne veulent plus s'investir dans un métier d'avenir comme celui de l'enseignement". Pour le syndicaliste, il s'agit d'un problème multifactoriel puisque la pénurie concerne tant les jeunes enseignants que ceux en milieu et fin de carrière. "Le problème est qu'on nous répond que certaines solutions sont coûteuses et que les caisses sont vides. Pour nous, l'école doit rester un investissement plutôt que d'être une colonne dans un budget", s'inquiète-t-il.
D'autres mesures ont déjà été mises en place
De son côté, la ministre Glatigny rappelle avoir déjà mis en place des mesures structurelles de lutte contre la pénurie. Elle cite par exemple "l'extension des pools de remplacement", sorte de "pot" d'enseignants mis à disposition des pouvoirs organisateurs pour remplacer, par zone, les enseignants absents. "Cela permet d'améliorer les conditions de travail des directions et enseignants, tout en assurant la présence d'un professeur dans chaque classe pour garantir les apprentissages", explique-t-elle. D'autres mesures permettent aussi aux enseignants retraités de travailler au-delà de l'âge légal de la pension sur une base volontaire, ou encore de valoriser l'expérience acquise afin d'attirer des professionnels du privé à rejoindre l'enseignement.
"Nous travaillons aussi sur l'attractivité du métier, notamment en restaurant l'autorité et le respect des enseignants", mentionne également Valérie Glatigny. La ministre d'ensuite citer le baromètre du respect lancé en septembre dernier qui a notamment permis de lancer des travaux sur un plan de lutte contre les extrémismes et radicalismes violents à l'école.
