Valérie Glatigny : "Actuellement, on ne peut pas se permettre d'étendre la gratuité scolaire"
À l'aube de sa deuxième rentrée en tant que ministre de l'Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles, Valérie Glatigny (MR) parcourt les enjeux importants qui marqueront cette nouvelle année scolaire.

- Publié le 23-08-2025 à 07h06
- Mis à jour le 23-08-2025 à 07h07

Ces derniers mois, plusieurs décisions prises par la ministre ont provoqué la colère des syndicats et des acteurs de terrain. Parmi elles, la "mise sur pause" de l'allongement du tronc commun jusqu'à la 3e secondaire. Mesure phare du Pacte d'excellence, initialement prévue pour 2028, elle devrait permettre à tous les élèves francophones – depuis la maternelle jusqu'à 15 ans – de suivre le même cursus.
S'agit-il d'une simple pause ou d'un véritable arrêt ?
Certains parlent d'arrêt du tronc commun, mais il n'en est rien. Pour preuve, on a d'ailleurs fait adopter en juillet au gouvernement l'arrivée du tronc commun en sixième primaire. Parmi les changements que cela implique, il y a par exemple une troisième heure de cours d'éducation physique et à la santé. On a aussi le retour de la possibilité de redoubler en sixième primaire, avec un maintien exceptionnel sur base du Dossier d'Accompagnement de l'Élève (DACCE). L'enseignant doit donc montrer qu'il a essayé toute une série de choses et que cela n'a pas marché. C'est un retour à une forme d'exigence et non plus de validation par principe de l'année. Autour de la première et de la deuxième secondaire, un travail est toujours en cours. Comme cela avait été annoncé, on désire mettre davantage d'activités orientantes durant ces années. Comme prévu dans la Déclaration de politique communautaire (DPC), la troisième secondaire va aussi être remodelée.
Quelles raisons ont motivé cette décision ?
Dans la DPC, on ne met pas du tout le Pacte à la poubelle, on a juste besoin d'un peu de temps, parce que beaucoup de choses se sont passées entre ce qui a été pensé en 2015 par les acteurs du Pacte, et ce qu'on va faire maintenant. Il y a eu une crise sanitaire, un tournant numérique, de la surcharge administrative liée aux réformes du Pacte. Les enseignants sont aussi fatigués et acceptent de moins en moins les réformes parce qu'elles s'enchaînent. Cet été, on a donc fait passer un report de certaines réformes (décret sur la lutte contre le décrochage scolaire, moment de lancement des nouveaux plans de pilotage… NdlR.) On est donc en train d'amener les réformes prévues, mais avec, comme point d'attention, la soutenabilité par les acteurs de terrain.
On essaie de retrouver une forme d'adhésion en donnant un peu de souffle au terrain. Je comprends que ça ne fait peut-être pas plaisir aux corps intermédiaires (comme les organisations syndicales, NdlR.) qui veulent qu'on avance. Mais les plaintes du terrain, c'est moi qui les reçois, et c'est normal. Les syndicats me disent que je vais trop vite pour la réforme du qualifiant – qui n'est pas appréciée par le secteur – mais que je vais trop lentement pour l'extension du tronc commun jusqu'en troisième secondaire – qu'ils réclament. C'est de bonne guerre…
Considérez-vous l'extension du tronc commun comme une réforme de gauche que vous regrettez ?
J'ai toujours dit que je trouvais extrêmement fécond que des acteurs de l'enseignement se penchent à son chevet, parce qu'il faut regarder la réalité en face. Je salue l'intention initiale du Pacte et du tronc commun, qui part du constat que les résultats de nos élèves aux enquêtes internationales sont mauvais alors qu'on finance très bien notre enseignement. Quelque chose ne va pas : notre financement est très élevé mais les compétences de nos élèves ne sont pas à la hauteur. Il y a une série de réformes initiées par le Pace auxquelles j'adhère, sinon je n'aurais pas pu devenir ministre de l'Éducation. Cela dit, ce gouvernement va évidemment y mettre sa patte.
Plus précisément, je ne qualifierais pas le tronc commun de réforme de gauche, et je pense d'ailleurs qu'il ne faut pas lui donner une couleur politique particulière puisqu'elle a avant tout été initiée avec les acteurs de l'enseignement. Mais il y a effectivement certaines choses prévues dans ce Pacte qu'on ne peut pas se permettre de faire pour le moment. C'est par exemple le cas de l'extension de la gratuité scolaire en quatrième primaire, faute de budget. C'est d'ailleurs probablement un marqueur de ce gouvernement – de ce centre droit – que d'avoir une intention à la situation budgétaire.
