Cinquième procès d'assises en Belgique en lien avec le génocide rwandais
- Publié le 06-11-2019 à 18h30
- Mis à jour le 06-11-2019 à 18h36

Fabien Neretsé est accusé d'avoir tué des compatriotes et une Belge au printemps 1994. C'est ce jeudi que la cour d'assises de Bruxelles entamera réellement le procès de Fabien Neretsé, un Rwandais de 71 ans qui vit en France. Ce dernier est accusé de crime de génocide envers le groupe ethnique tutsi et de crimes de guerre, pour avoir commis, en tant que coauteur, 13 meurtres au moins et 3 tentatives de meurtre de civils.
Les crimes présumés commis au Rwanda, en 1994, au cours du conflit armé qui a opposé les Forces armées rwandaises (FAR) et le Front patriotique rwandais (FPR).
La Belge Claire Beckers parmi les morts
Fabien Neretsé est notamment accusé d'avoir, à Kigali, tué la Belge Claire Beckers, son mari, Isaïe Bucyana, Rwandais d'origine tutsie, et leur fille Katia. L'accusé nie en bloc.
Neretsé, ingénieur agronome de formation, a été, relève Belga, directeur de l'OCIR-café, l'office qui organisait la production, la vente et l'exportation de café au Rwanda. Il aurait commis, comme coauteur, onze meurtres et trois tentatives de meurtre à Kigali, le 9 avril 1994, mais aussi deux meurtres au moins, à Mataba, son village natal, dans le nord-ouest du pays, en mai et en juin 1994.
Tentative de fuite et massacre
À Kigali, il aurait sévi dans le quartier de Nyamirambo où il vivait avec sa femme et leurs cinq enfants. C'est également dans ce quartier qu'habitaient, les familles Bucyana-Beckers, Sissi et Gakwaya. Toutes trois étaient d'origine tutsie. Le 9 avril, leurs membres ont essayé de rejoindre une caserne de la mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (Minuar), ayant appris que des Tutsis et des Hutus "modérés" étaient massacrés depuis deux jours dans certains quartiers de la capitale.
Ils étaient regroupés sur la parcelle de terrain de la famille Sissi lorsque deux camions chargés de miliciens Interahamwe sont arrivés. Les miliciens ont frappé les membres des trois familles avant de les traîner à l'arrière de la maison où des militaires ont ouvert le feu sur eux.
Claire Beckers, comme l'indique l'acte d'accusation du parquet fédéral, fut la première à tomber. Neuf autres personnes sont mortes. Une onzième a tenté de fuir, mais a été abattue devant un barrage militaire dressé à quelques centaines de mètres des lieux de l'exécution. Deux adolescents sont sortis indemnes de la fusillade : une jeune fille de 14 ans a été blessée, mais a survécu alors que la grand-mère de la famille Sissi était épargnée.
Fabien et Emmanuel
Selon l'acte d'accusation, c'est Fabien Neretsé et son employé de maison, un certain Emmanuel, qui ont averti les militaires et les Interahamwe du départ imminent des trois familles.
Selon certains témoins, Neretsé a été directement impliqué dans la tuerie. D'autres ont déclaré l'avoir vu observer les préparatifs de départ des victimes et désigner aux militaires la maison des Sissi.
Dénégations formelles
L'accusé, interpellé et incarcéré en 2011, nie formellement avoir dénoncé ses voisins, affirmant que la famille Sissi et la sienne étaient très proches. Il conteste également, contrairement aux affirmations des parties civiles, avoir eu à son service un employé de maison se prénommant Emmanuel. Il a également précisé que sa famille elle-même avait été la cible d'attaques à Kigali, fin mars 1994.
Toujours est-il que vers la mi-avril, Fabien Neretsé et sa famille ont quitté Kigali pour aller vivre dans la maison que l'accusé possédait à Mataba, dans la préfecture de Ruhengeri.
Selon plusieurs témoins, il y a créé et entretenu une milice Interahamwe, qui a perpétré de nombreux massacres dans la région. Le nombre de ces massacres est toutefois indéterminé et l'identité de la plupart des victimes est restée inconnue. À deux exceptions près : Anastase Nzamwita et Joseph Mpendwazi.
Anastase Nzamwita était un ancien employé de l'OCIR-café. Selon plusieurs témoins, il a été capturé, en mai 1994, par des membres de la milice créée par Fabien Neretsé à Mataba. Il aurait été frappé à mort et son corps, jeté dans une rivière. Une fois encore, Fabien Neretsé conteste toute implication dans ce crime.
Joseph Mpendwazi, lui, est un Hutu modéré. Le 19 juin 1994, il est capturé à Nyakabanda, dans la préfecture de Gitarama, non loin de Mataba, par des Interahamwe accompagnés de Fabien Neretsé, selon des témoins. Les miliciens l'auraient confié à des militaires des FAR qui tenaient un barrage. On ne l'a plus jamais revu.
S'agissant de ce dossier, Neretsé a déclaré qu'il avait été réquisitionné par les militaires pour les véhiculer, eux et la victime, mais qu'il n'était en rien à l'origine de l'enlèvement de Jospeh Mpendwazi.
Deux dossiers disjoints
Le procès de l'ingénieur hutu est le cinquième procès d'assises qui se tient en Belgique autour du génocide commis au Rwanda. On rappellera que, début octobre, la cour d'assises de Bruxelles a rendu un arrêt par lequel elle a disjoint les deux causes qui devaient faire l'objet de ce cinquième procès. La session d'assises jugera uniquement Fabien Neretsé.
Deux autres accusés, Emmanuel Nkunduwimye et Ernest Gakwaya, seront, quant à eux, jugés lors d'une session d'assises ultérieure, probablement en septembre 2020. La justice a considéré que les deux affaires n'avaient rien à voir l'une avec l'autre.
La cour d'assises est présidée par Sophie Leclerq. L'accusation sera soutenue par l'avocat général Arnaud d'Oultremont. Les avocats de l'accusé sont Mes Jean Flamme et Jean-Pierre Jacques. La famille Beckers sera représentée par Mes Michèle Hirsch, Morgan Bonneure et Eric Gillet et les proches des familles tuées à Mataba par Me Maryse Alié.