En quarantaine, à deux dans la même cellule… Avec le Covid, la situation médicale dans les prisons est devenue "désastreuse"
La situation médicale en prison, déjà délétère avant le Covid, est devenue "désastreuse", dénonce un médecin.

- Publié le 26-01-2021 à 08h44
- Mis à jour le 28-01-2021 à 19h28

La vie est (encore plus) dure dans les prisons par temps de coronavirus. Deux dispositions ont été prises au cours de cette seconde vague pour relâcher la pression sur les établissements pénitentiaires. Quelque 135 condamnés qui n'avaient plus que six mois, ou moins, à purger ont été libérés de manière anticipée. Et 315 autres ont bénéficié d'une interruption de peine (provisoire). Mais au total, ces mesures n'ont que peu d'effet sur la surpopulation carcérale. Lundi, on comptait 10 401 détenus pour 9 400 places…
Et ceux qui sont derrière les barreaux n'ont aucun espoir de mettre le nez dehors avant deux mois. À moins de circonstances exceptionnelles, la suspension des permissions de sortie et des congés pénitentiaires a été prolongée jusqu'à fin mars par un arrêté ministériel du 19 janvier. Si on y ajoute les conditions drastiques dans lesquelles les détenus peuvent recevoir des visites (une personne maximum et deux enfants ; derrière un plexiglas ; avec masques et distanciation…), sans aucun contact physique, on comprend que leur moral est au plus bas.
Un seau d'eau chaude tous les trois jours
Pour éviter une éventuelle contamination au Covid depuis l'extérieur, chaque détenu entrant doit respecter une quarantaine. Mais les agents pénitentiaires, eux, entrent et sortent au quotidien… Dans les maisons d'arrêt, les prévenus sont placés séparément dans des quartiers spécifiques, assure l'administration pénitentiaire. Ce qui demande beaucoup de travail d'organisation et d'effort opérationnel, précise-t-elle.
"Dans la prison où je vais, deux prévenus ont été placés en quarantaine dans la même cellule parce qu'il n'y avait pas d'autre libre. Au premier test, l'un était positif et l'autre négatif", témoigne, indigné, un médecin membre d'une commission de surveillance. "Ils recevaient un seau d'eau chaude pour deux tous les trois jours. La chaudière n'est pas assez puissante pour arriver au bout de cette aile… Sept jours plus tard, au deuxième test, ils étaient tous les deux positifs ! Ils sont restés trois semaines dans ce régime de quarantaine, sans préau, sans sortie".
Dans la pratique, ce n'est pas toujours évident, reconnaît l'administration pénitentiaire : "Aucune autre solution n'est parfois possible."
Une douleur lancinante en attendant une opération
Pour le médecin, "il est tout à fait scandaleux que les détenus soient ainsi soumis à une double, voire une triple peine". La prise en charge de la santé en prison, déjà délétère avant la crise, s'est encore aggravée avec le Covid. Sur le plan médical, "la situation est désastreuse". Les extractions pour hospitalisation sont devenues plus difficiles, parce qu'il faut désinfecter les fourgons et que les hôpitaux ne sont "pas très chauds"… Le médecin cite le cas d'un homme qui devait être opéré d'un cancer de la prostate en mars 2020. L'intervention n'a toujours pas eu lieu. Elle est reprogrammée pour février. "Un an de retard dans la prise en charge d'un cancer !"
Un autre détenu souffre d'une fracture de l'épaule, qui s'est mal remise : elle se déboîte régulièrement, provoquant une douleur lancinante. "Il a appris à la remettre lui-même en place avec l'aide de son codétenu." Lui aussi attend une opération. Dans l'intervalle, il aurait besoin d'une attelle pour pouvoir dormir - la sienne est en loques. Il doit la payer lui-même. Comme il n'en a pas les moyens, la direction de la prison a marqué son accord pour faire intervenir la caisse de solidarité. Mais il faut une prescription du médecin de l'établissement, qui estime que ça ne sert à rien parce que l'intéressé va bientôt se faire opérer. "Il attend depuis trois mois son intervention chirurgicale". En crevant de mal…