Deux ans de prison pour le diplomate qui a réduit en esclavage son employée
La jeune Éthiopienne avait été retenue à Bruxelles 8 mois dans une famille koweïtienne.

- Publié le 15-12-2021 à 20h38
- Mis à jour le 16-12-2021 à 08h23

Le tribunal a employé, dans son jugement rendu mercredi par défaut à l'encontre d'un diplomate koweïtien et de son épouse, des mots très durs. Selon le juge, le couple a commis des "atteintes graves à la dignité humaine" en traitant, comme ils l'ont fait, leur employée de maison qu'ils ont séquestrée chez eux à Bruxelles.
Le tribunal a même qualifié "d'esclavage" le sort qu'ils ont réservé à cette femme éthiopienne qui n'avait aucune existence légale en Belgique. En conséquence, le juge a prononcé des peines fermes de deux ans de prison et des amendes de 12 000 euros à l'encontre du couple qui aurait vraisemblablement continué à sévir et aurait ramené dans le Golfe la jeune femme si celle-ci n'avait pas réussi à s'enfuir.
L'affaire est emblématique du sort - méconnu car caché - des employées de maison dans certains milieux diplomatiques à Bruxelles. La jeune Éthiopienne a désormais obtenu le statut de victime de la traite des êtres humains en Belgique. Elle a décroché un droit de séjour dans notre pays.
Elle avait commencé à travailler pour le couple koweïtien au Koweït en 2012. En août 2017, le mari a été nommé attaché à l'ambassade du Koweït à Bruxelles avec statut de diplomate. Il est venu avec son épouse et leurs trois enfants.
Deux semaines plus tard, la jeune femme a rejoint la famille. Le diplomate l'a cueillie à l'aéroport et l'a emmenée dans sa maison, située en région bruxelloise. Elle n'en sortira jamais, voyant à peine la lumière du jour, pendant plus de huit mois.
Son "employeur" avait fait valoir qu'elle ne resterait en Belgique que le temps de l'installation de la famille. Il avait ainsi obtenu pour elle un droit de séjour de trois mois, avec, à l'appui un billet retour pour la jeune femme et un contrat de travail koweïtien prouvant qu'elle travaillait déjà pour le couple au Koweït. Mais de retour, il ne fut jamais question.
Un travail 7 jours sur 7, 24 heures sur 24
La jeune femme est restée dans la famille, travaillant douze heures par jour, sept jours sur sept. Elle s'occupait du ménage, de la cuisine et des enfants. Elle n'a jamais reçu la moindre rémunération. Ses repas se limitaient aux restes du couple et de leurs trois enfants : "Ils ne commandaient que cinq steaks", avait illustré le procureur. Elle n'avait quasiment pas de vêtements et n'avait pas droit à des soins médicaux.
Lorsque le couple quittait Bruxelles pour un week-end avec leurs enfants, la jeune femme restait enfermée dans la maison, sans possibilité de joindre quiconque par téléphone.
Son calvaire s'est achevé en mai 2018 lorsque, se levant la première comme tous les jours, elle a remarqué que la clé de la porte d'accès avait été oubliée dans la serrure. Elle a abordé des inconnus en rue, peinant à se faire comprendre. Après avoir été accueillie dans un centre d'asile, soutenue par Pag-Asa, association qui accompagne les victimes de traite, elle a porté plainte.
L'auditorat du travail a voulu entendre le couple. Qui ne s'est pas présenté. L'ambassade a fait valoir l'immunité diplomatique complète du mari. La justice a approché l'ambassade du Koweït en vue d'une transaction pour le dommage subi par la femme et l'État. L'ambassade n'a pas donné suite.
Une immunité diplomatique limitée
Le couple a quitté la Belgique au printemps 2021. Il n'est plus inscrit en Belgique et le mari ne dispose plus de l'immunité diplomatique car, après sortie de fonction, cette immunité ne vaut plus pour les actes qui avaient été posés dans un cadre privé.
L'auditorat du travail a donc pu porter l'affaire en correctionnelle, où elle a connu son épilogue mercredi.
En sus de la condamnation pénale, le couple a été condamné à payer à la jeune femme 33 000 euros, soit le salaire minimum auquel elle aurait eu droit.