Après une saisie record de 110 tonnes de cocaïne en 2022, le gouvernement veut intensifier sa lutte contre le narcotrafic
"Le trafic de drogue est un poison pour notre société, notre économie et notre sécurité", explique le ministre des Finances qui promet une hausse des moyens techniques et des effectifs à la douane. Coût de l'opération : 70 millions d'euros.

- Publié le 10-01-2023 à 20h17
- Mis à jour le 10-01-2023 à 22h10

Entre les camions aux plaques d'immatriculations de toute l'Europe, les immenses containers au loin et les milliers de palettes autour, pas moins de 65 journalistes issus de 39 médias des quatre coins du globe sont amassés dans une petite partie du port d'Anvers. Motif du rassemblement en cette matinée bien fraîche : la présentation des saisies de cocaïne en 2022 dans le port belge, principale porte d'entrée de la poudre blanche venue d'Amérique du Sud. "On est là pour voir comment la Belgique, que certains considèrent comme un narco-état, gère ce problème mondial qu'est le trafic de coke", souffle un confrère venu de New York pour assister à la conférence de presse.
Les chiffres révélés sont éloquents. A deux, la Belgique et les Pays-Bas ont intercepté 160 tonnes de cocaïne en 2022, dont 109,9 tonnes rien qu'au port d'Anvers. Un record. Pourtant, les autorités belges sont conscientes qu'il ne s'agit là que de la pointe de l'iceberg. Plus de 200 millions de tonnes de marchandises transitent chaque année par le port d'Anvers et seuls 1,5 à 2 % des conteneurs sont inspectés. On estime que la cocaïne saisie au port belge ne représenterait que 10 % à 12 % de la drogue.

"Nous ne sommes pas concurrents, nous sommes partenaires dans cette lutte"
"Suis-je satisfait de ces nouvelles saisies ?, se demande Vincent van Peteghem (CD&V), vice-Premier ministre et ministre des Finances. Le sentiment est contrasté. D'un côté, je suis satisfait puisque cette saisie record démontre que nos douanes travaillent dur pour lutter contre ce fléau et que le gouvernement prend le problème à bras-le-corps. D'un autre côté, nous sommes conscients que nous n'interceptons qu'une fraction de la drogue destinée à l'Europe. Est-ce 10 %? Plus? Moins? Nous n'avons pas de certitude. Ce qui est évident, c'est que le port d'Anvers suscite énormément l'intérêt des trafiquants"
Un intérêt grandissant qui pousse donc le gouvernement belge à intensifier sa lutte contre le narcotrafic, en renforçant la collaboration avec les autorités néerlandaises dans ce domaine. Car, le ministre insiste : le phénomène est mondial et doit donc être combattu à l'international. La cocaïne qui arrive chez nous provient principalement de la Colombie, de Panama et de l'Équateur. Elle est produite en Colombie, en Bolivie et au Pérou. Une fois à Anvers, la drogue est principalement renvoyée aux Pays-Bas où sévissent les barons de la drogue, mais aussi en Espagne, avant d'être revendue sur le reste du continent.
"C'est en travaillant ensemble que nous lutterons efficacement contre ce fléau. C'est pour cela que nous voulons renforcer la collaboration avec les Pays-Bas, mais aussi au niveau local, avec les Régions et au niveau fédéral, car c'est la seule façon d'avancer. Nous ne sommes pas des concurrents, nous sommes des partenaires dans cette lutte", insiste le ministre.
Un investissement de 70 millions
Il est question de mettre en place des décisions stratégiques concernant à la fois les ports d'Anvers et de Rotterdam, de multiplier les points de contacts et les échanges d'informations entre les deux pays, de co-développer des outils technologiques ou encore de permettre aux plongeurs spécialisés actifs aux Pays-Bas d'être également opérationnels en Belgique. Ces derniers seraient amenés à inspecter les coques des bateaux amarrés au port d'Anvers pour détecter de potentielles traces de cocaïne.
"Concrètement, détaille Kristian Vanderwaeren, directeur de l'administration générale des douanes belges, le plan de lutte présenté est composé de plusieurs piliers. Le premier pilier, c'est le scanning au plus proche du déchargement des marchandises, c'est-à-dire les terminaux. Le développement de cette stratégie se fera en 2023 et 2024. Le deuxième pilier, c'est le développement d'une plateforme IT de stockage des images utile au troisième pilier. Et ce troisième pilier sera de développer des algorithmes pour que, grâce à l'intelligence artificielle, l'on puisse reconnaître la cocaïne rien que sur la base d'une image"
Il est également prévu d'acheter des scanners de conteneurs mobiles de grande taille. L'achat de base concerne cinq de ces appareils. Le premier devrait être opérationnel d'ici décembre 2023, le deuxième en mars 2024, puis en avril, en mai et le dernier en juin 2024. Le recrutement de 108 douaniers supplémentaires est également à l'ordre du jour. Pas moins de 70 millions d'euros seront investis par le gouvernement pour la mise en place de ce système.
"Par ailleurs, on constate une sorte de normalisation de la consommation de drogue qui pose aussi question. Les consommateurs de cocaïne doivent comprendre que la demande alimente l'offre et donc que cela alimente aussi les trafics", conclut Vincent Van Peteghem, appelant les consommateurs de drogue à "se regarder dans un miroir".