Il n'y a jamais eu autant de détenus en Belgique : "L'enfermement, c'est l'échec suprême des choix politiques"
Les logiques répressives continuent d'être mises en œuvre sans réelle remise en question, dénonce la section belge de l'Observatoire des prisons dans sa notice pour 2024, publiée ce vendredi.

- Publié le 26-04-2024 à 12h00

Il n'y a jamais eu autant de personnes derrière les barreaux en Belgique : plus de 12 000 détenus s'entassent dans les prisons du pays. Un triste record atteint en janvier 2024 et sous lequel on peine à redescendre. Parallèlement, le parc carcéral continue de s'étendre. Il n'y a jamais eu autant de places (10 740 au total) dans les établissements pénitentiaires. La surpopulation (15 %) reste pourtant très élevée.
Un paradoxe ? Non. Les experts, unanimes, le répètent inlassablement depuis plus de 25 ans : plus on ouvre de prisons, plus on enverra des gens en prison. Cela se vérifie systématiquement en Belgique. "Malgré les avertissements de nombreux acteurs, les logiques répressives continuent d'être mises en œuvre sans réelle remise en question par les politiques", dénonce la section belge de l'Observatoire international des prisons (OIP) qui publie ce vendredi sa notice pour l'année 2024.
"Il faut diminuer drastiquement la population carcérale"
L'État a dépensé massivement dans la construction de nouvelles prisons, entraînant "un coût exorbitant", souligne l'OIP. Les cinq établissements pénitentiaires les plus récents (Beveren, Marche-en-Famenne, Leuze, Termonde et Haren) représentent un coût total de 101,4 millions par an, chiffre l'Observatoire. Sans que l'ouverture de ces nouvelles prisons ait vidé celles qu'elles étaient censées remplacer… "Il s'agit là de choix politiques : investir dans le répressif plutôt que dans les politiques sociales (scolaires, sportives, culturelles et de santé publique) en amont de ce qui représente leur échec suprême : l'enfermement."
Les prisons sont aujourd'hui des marmites à pression. La solution passe, avant tout, par la diminution drastique de la population carcérale, affirme l'OIP. La gestion des prisons pendant la crise sanitaire liée au Covid a montré que c'était possible sans attenter à la sécurité publique.
Des modèles séduisants sur le papier
À côté des prisons classiques, la Belgique diversifie son parc carcéral en construisant des maisons de transition (pour aider certains condamnés en fin de peine à se préparer à leur sortie) et des maisons de détention (une par province) réservées à l'exécution des peines de prison de moins de trois ans.
Cette orientation est à saluer, souligne l'Observatoire des prisons. Sur le papier, ces nouveaux modèles sont séduisants : ils favorisent des structures à petite échelle, ancrées dans le cadre local ; il y a une différenciation selon les profils ; l'accent est mis sur la réinsertion et la vie en communauté…
Mais la concrétisation de ces projets comporte de nombreux écueils : cadre juridique avec des zones d'ombre, absence d'informations vers les détenus à propos des conditions d'admission ou des démarches à effectuer pour y accéder... Mais le plus problématique, pour l'OIP, c'est la gestion de ces nouvelles prisons, confiée au secteur privé. "Le gouvernement n'a fourni aucune garantie que cette privatisation, et la poursuite d'objectifs lucratifs, ne se fasse pas au détriment des missions sociales de réinsertion et d'accompagnement, ni du bien-être des détenus".
Autre crainte : l'ouverture de ces nouvelles structures risque de conduire à "une expansion incontrôlée de la capacité carcérale" . Au lieu de remplacer les anciennes prisons, elles viennent s'y ajouter.
