À la prison centrale de Louvain, les papas détenus lisent des histoires à leurs enfants par vidéo interposée
La Fondation Roi Baudouin soutient des initiatives qui s'efforcent de maintenir la relation parent-enfant malgré le contexte carcéral.

- Publié le 24-07-2024 à 08h39

Le mercredi, le samedi, le dimanche et les jours fériés, de 13 h 30 à 15 heures, c'est la visite des enfants à la prison centrale de Louvain, où 400 condamnés purgent une longue peine. Une petite heure (si on décompte le temps nécessaire pour les contrôles de sécurité) de retrouvailles très importantes pour les détenus envoyés pour un séjour de longue durée dans cette maison de peine. Cette prison, classique, fonctionne depuis 1860. Elle est construite selon les plans de l'inspecteur général de l'administration pénitentiaire de l'époque, Édouard Ducpétiaux : en forme de croix, avec un poste de surveillance central, deux grandes ailes et quatre ailes de taille plus réduite.
En 1976, les détenus de Leuven-Centraal, suivis par les agents de surveillance, ont fait une grève pour protester contre les conditions de détention. Une action qui a conduit à un changement radical de régime : cellules ouvertes pendant la journée, organisation d'activités constructives, formations…
Des ateliers, un théâtre, des salles de détente…
Aujourd'hui, la prison compte deux préaux pour la promenade et une cour pour des activités sportives ; des ateliers (menuiserie, reliure…) ; une salle de théâtre ; un espace fitness et cardio ; plusieurs classes et des salles de détente. L'équipe technique qui s'occupe de l'entretien du bâtiment peut mettre des détenus au travail pour des travaux de peinture, de maçonnerie et de réparation (électricité, chauffage…) Les détenus peuvent aussi travailler dans la bibliothèque, la cuisine, la cantine du personnel, la buanderie…
L'établissement pénitentiaire s'est modernisé et les conditions s'y sont nettement améliorées. Mais pour les enfants qui s'y rendent pour rencontrer un papa ou un grand-père, Leuven-Centraal – monument protégé depuis juillet 1996 – reste une prison. Une vraie.
Les détenus s'entraînent à raconter
Comment réagissent-ils lorsque leur papa se retrouve détenus pour plusieurs années ? Comment gérer cette nouvelle réalité ? Comment les détenus peuvent-ils rester des papas malgré le cadre carcéral ? La Fondation Roi Baudouin (FRB) soutient plusieurs initiatives qui s'efforcent de maintenir la relation père-enfant et tentent de minimiser l'impact de l'incarcération sur les gamins dans des situations qui sont souvent très complexes.
A Leuven-Centraal, le Fonds Rita Ghesquiere, géré par la FRB, est activement impliqué dans le projet Boekjespost met papa ! ("Papa, tu me lis un livre ?") qui permet aux pères en détention de lire des histoires à leurs enfants. Encadrés et soutenus, les détenus participants choisissent un livre pour enfants dans la bibliothèque de la prison et s'entraînent à le raconter. Une vidéo est ensuite
enregistrée et envoyée aux enfants, qui peuvent la regarder autant de fois qu'ils le souhaitent.
Alléger l'atmosphère carcérale
Cette initiative permet aussi de s'enquérir du ressenti de l'enfant, selon Mira Celen, accompagnatrice familiale à la maison de peine de Louvain. Ce lien de qualité avec la famille contribue favorablement au trajet personnel du détenu, observe-t-elle.
Une partie du budget alloué par le Fonds sert aussi à fabriquer des "Papaboxes". Placées dans les espaces où les détenus peuvent effectuer des visites virtuelles, ces boîtes contiennent des livres, des devinettes, des jeux, des marionnettes… Elles visent à inciter les pères à engager le dialogue avec leur enfant de manière ludique et à détendre l'atmosphère carcérale qui peut être lourdement ressentie par les plus jeunes.
Petite impulsion, grands changements
Le Fonds Hugo Van Mierlo, également géré par la FRB, soutient le même objectif : rendre les visites des (petits) enfants à leurs (grand) pères aussi agréables que possibles, en finançant la rénovation et l'embellissement des espaces où elles se déroulent. Les peintures défraîchies ont été remplacées par de joyeuses décorations, conçues et réalisées par des détenus en collaboration avec un collectif artistique. Des jouets en bois sont à disposition des bambins.
" Des projets comme ceux-ci illustrent magnifiquement la valeur et l'intérêt de ce que certains appellent parfois des petits Fonds", souligne Brieuc Van Damme, administrateur délégué de la Fondation Roi Baudouin. Lors d'une récente visite de terrain, il a pu en mesurer l'impact tant pour les détenus que pour leur famille. "Ils permettent de prendre des initiatives innovantes et de travailler autrement. L'impulsion est donnée à petite échelle, mais elle peut entraîner de grands changements."
