La future Arizona relance le projet de gare à l'aéroport de Charleroi
De nouveaux éléments émergent de la table des négociations. Le formateur ressort des cartons le projet de connexion ferroviaire avec l'aéroport de Charleroi ainsi que celui des liaisons TGV à destination de Brussels Airport.

- Publié le 20-01-2025 à 13h21
- Mis à jour le 21-01-2025 à 16h11

Alors que les pourparlers fédéraux se poursuivent sans relâche, La Libre a pu se procurer de nouveaux éléments, étiquetés "mobilité", provenant de la supernota du formateur en titre, Bart De Wever (N-VA). "Nous améliorons la connexion ferroviaire internationale à grande vitesse entre les nœuds du TGV et l'aéroport de Zaventem. Pour l'aéroport de Charleroi, nous prévoyons un accès au réseau ferroviaire", peut-on lire dans la dernière version du document de travail. Des ambitions qui ne datent pas d'hier.
Une gare au BSCA…
Contrairement à son équivalent de Zaventem, l'aéroport de Charleroi ne dispose, pour le moment, d'aucune gare. Face au défi de la mobilité douce, les ébauches de projet fleurissent depuis des années, mais retournent chaque fois au placard. La raison ? Leur coût élevé. Cette idée avait en effet été estimée à 480 millions d'euros en 2013. Nul doute que la facture grimperait encore aujourd'hui.
Neuf ans plus tard, en 2022, à l'initiative du gouvernement wallon, le bureau Stratec analyse la possibilité de créer une liaison ferroviaire directe avec le Brussels South Charleroi Airport (BSCA). Ses conclusions se montrent plus que claires. Tant du point de vue technique qu'en termes de fréquentation, la création d'une gare ne se justifie pas. Il faut dire que la concurrence s'avère rude : le deuxième aéroport du pays (10,5 millions de voyageurs en 2024) possède de solides connexions autoroutières avec l'E42, A54 et E19. Et depuis juin 2023, le Tec relie, en une poignée de minutes, les stations SNCB de Fleurus et de Luttre à l'aéroport carolo.

Malgré une étude au contenu quelque peu rédhibitoire, les négociateurs fédéraux semblent vouloir remettre l'ouvrage sur le métier. Une proposition d'autant plus surprenante que l'Arizona met un point d'orgue à placer la Belgique sur la voie de la "rigueur budgétaire". Or, la création d'une nouvelle infrastructure coûterait au minimum quelques centaines de millions. "Utopique et infaisable", glisse à La Libre une personne proche du dossier. Et pas uniquement à cause de son prix. Plusieurs difficultés techniques rendent le projet compliqué. Comme celle des horaires. À ce stade, sans trains de nuit ni arrivant tôt le matin, les touristes risqueraient de ne pas embarquer à temps pour certains vols. D'autant que la SNCB, dans son plan de transport 2025, revoit à la baisse ses ambitions en matière d'offre en heures creuses.
Et d'un point de vue environnemental, le gain semble faible également. "Des analyses démontraient que le BSCA, situé à Gosselies, avait déjà un pourcentage élevé de sa clientèle qui s'y rendait en transports en commun, notamment via les navettes. Plus même que d'autres aéroports disposant d'une gare. L'intérêt semblait limité", rappelle Pierre Courbe, spécialiste mobilité chez Canopea. Ce projet pose aussi la question de la philosophie entourant les allocations de budget. Car, n'oublions pas que ce nouvel axe profitera seulement à une maigre partie de la population, capable de s'offrir des trajets en avion. Soit, un des modes de déplacement les plus polluants.
…et un TGV vers Zaventem ?
Du côté de Zaventem, les connexions à grande vitesse demeurent aux abonnés absents. Et cela au grand dam du CEO, Arnaud Feist, favorable à leur arrivée. "Un aéroport comme Brussels Airport doit avoir une connexion TGV. Nous espérons que le gouvernement prendra les initiatives nécessaires", expliquait-il lors d'une présentation, deux ans auparavant.
Alors, ses vœux seraient-ils en passe d'être exaucés par le prochain exécutif ? À voir, la supernota n'évoque pour l'instant qu'une "amélioration". Contactés, les services de Brussels Airport se montrent néanmoins satisfaits : "Nous demandons depuis longtemps des liaisons directes entre les nœuds du TGV de nos pays voisins et notre aéroport. Nous considérons cela comme un élément nécessaire d'une politique de mobilité durable". Pour rappel, Paris-Charles de Gaulle et Amsterdam-Schiphol accueillent tous les deux des liaisons TGV.