José Happart: "Un gouvernement avant la fin de l'année "

José Happart, l'ancien président du Parlement wallon (PS) a déposé son fusil de chasse quelques instants pour répondre à nos questions. Son optimisme tranche avec la circonspection ambiante : il affirme qu'un accord est à portée de mains et qu'un gouvernement est parfaitement possible avant la fin de cette année.

Francis Van de Woestyne
José Happart: "Un gouvernement avant la fin de l'année "
©BELGA

Entretien José Happart, l'ancien président du Parlement wallon (PS) a déposé son fusil de chasse quelques instants pour répondre à nos questions. Son optimisme tranche avec la circonspection ambiante : il affirme qu'un accord est à portée de mains et qu'un gouvernement est parfaitement possible avant la fin de cette année.

La situation politique semble bloquée : le modèle de révision de la loi de financement divise francophones et flamands : split rate d'un côté, crédit d'impôt de l'autre. Comment sortir de l'impasse ?

Pour moi, l'important, ce n'est pas de savoir comment on se partage l'argent, mais bien ce que l'on fait avec cet argent et ce que l'on veut encore faire ensemble. Avoir des taux d'imposition différents ne me semble pas être très important.

On passe trop de temps sur cette loi de financement ?

Depuis le début, j'ai toujours pensé qu'on ne pouvait pas constituer un gouvernement pendant la présidence européenne. Cette période touche à sa fin : on va bientôt pouvoir mettre l'équipe en place. Je suis assez optimiste

Vous êtes bien le seul…

Il y a une condition essentielle à remplir : il est indispensable que les partis flamands acceptent que Bruxelles soit une Région à part entière comme les autres.

Quoi… Si on règle Bruxelles, tout le reste suit. Utopiste, non ?

C'est la clé de voûte. C'est ce qui fera qu'on pourra encore vivre ensemble. Il est urgent que les Bruxellois se déterminent et disent qu'ils sont prêts à se battre pour cela.

Cette Région existe depuis 1988…

Oui, et c'est grâce à moi J'ai renoncé au maïorat de Fourons en échange de l'ouverture de négociations qui ont conduit à la reconnaissance de Bruxelles comme Région à part entière. Mais il y a encore des choses qui l'empêchent d'être une Région comme les autres. Qu'on en finisse donc une fois pour toutes

Vous êtes à mille lieues de ce que Bart de Wever souhaite : pour lui, Bruxelles est une simple ville flamande…

Ce qu'il dit ne me fait pas plaisir. Mais on ne peut pas reprocher à un homme politique de se battre pour son programme. Vous savez, moi, j'ai plutôt de la sympathie pour Bart De Wever : il dit ce qu'il fait et il fait ce qu'il dit. Ce n'est déjà pas mal pour un homme politique. Il ne dit pas ce que l'on a envie d'entendre.

Il ne veut plus de Région à part entière…

Bruxelles est déjà une Région à part entière. Pour supprimer ce statut, il faudrait que Bruxellois et Wallons soient d'accord. Il rêve. Cela restera une Région. Et il doit être logique avec lui-même. S'il veut de l'autonomie pour la Flandre, il doit accepter que les autres Régions soient elles aussi autonomes.

Il veut que Bruxelles soit cogérée…

Nous n'en voulons pas. S'il maintient ce point de vue, la situation est bloquée pour l'éternité. Et des élections n'y changeront rien. Mais si les partis wallons et francophones bruxellois déclarent clairement qu'ils sont favorables à une avancée autonomiste très forte pour les trois Régions, cela ira dans le sens de ce que veut le mouvement flamand. Donc, cela débloquera la situation.

Votre optimiste est exagéré : les francophones ne savent toujours pas ce qu'ils veulent faire de leur espace commun. Et les Flamands ne veulent pas d'une Belgique à 3 mais bien à 2.

La pâte budgétaire et financière est au four. Laissons-lui le temps de lever. Quand la loi de financement sera derrière nous, on retombera tout de suite sur le problème bruxellois. Et les partis flamands n'accepteront pas de monter dans un gouvernement qui n'aurait pas conclu un contrat très clair prévoyant une très large autonomie. Après, les Wallons et les Bruxellois feront ce qu'ils veulent entre eux, mais il faudra que cela soit sur la base d'entités autonomes.

Cette négociation-là sera plus difficile encore que l'arbitrage entre le crédit d'impôt pour la loi de financement ?

Je ne crois pas : Bruxelles, Région à part entière, ce sera le prix à payer pour que la Flandre soit autonome. Les partis wallons et francophones bruxellois doivent se mettre d'accord et dire : "Nous voulons un Etat fédéral composé de trois Régions, dotées d'une large autonomie, quitte à ce que la Wallonie et Bruxelles décident ensuite de faire certaines choses ensemble." Cela supposera la disparition de la Communauté française, tout comme des provinces. Les Régions seront compétentes pour l'enseignement, ce qui nécessitera, au passage, une rationalisation au niveau des universités : nous avons beaucoup trop d'universités pour 4,5 millions d'habitants

Ensuite ?

Eh bien ensuite, Bruxellois et Wallons devront présenter leur plan aux Flamands, mais de manière loyale, pas pour la frime Cela sera de nature à créer un processus de confiance nécessaire pour arriver à un accord. Car la confiance n'est toujours pas acquise. Et si cette confiance revient sur la base d'une épure institutionnelle prévoyant, sans complexe, un Etat avec trois régions largement autonomes, plus rien ne s'opposera à ce qu'on ait un gouvernement pour la fin de l'année. Il restera alors à déterminer ce que l'on veut encore faire ensemble

Ça, c'est la démarche des libéraux… !

Non, c'est la démarche des mouvements wallons depuis plus de 20 ans.

Vous êtes toujours partisan de l'arrivée des libéraux à la table des négociations ?

Je crois toujours qu'on sera plus fort demain, pour obtenir ce type d'accord, si on le fait avec les trois grandes familles politiques. Je ne dis pas qu'il faut virer les Ecolos. Je dis qu'il faut mettre autour de la table ceux qui veulent avancer résolument vers cet Etat-là. Car j'en suis persuadé : pour sauver la Belgique, il faut rendre autonomes les trois Régions, Flandre, Bruxelles, Wallonie. C'est le seul moyen de sauver la Belgique, sinon les Flamands feront péter le truc.

Le prochain Premier ministre : Elio ou Johan… ?

Détail

Vraiment ?

Pour les Wallons, ce serait mieux Elio. C'est incontestable. Pour autant que les Flamands soient d'accord.

Les francophones devraient-ils payer pour obtenir le poste de Premier ministre ?

Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Il y a quelque chose de malsain. On dit que les Wallons et les francophones doivent faire des concessions aux Flamands. Comme si aller plus loin dans la régionalisation, ce serait faire des concessions Non ! Les matières qui ont déjà été régionalisées sont mieux gérées par la Wallonie, par Bruxelles et par la Flandre qu'elles ne l'étaient au temps où elles étaient fédérales.

Croyez-vous à la volonté de Bart De Wever de conclure un accord ?

Oui, car il sait très bien que l'opinion publique flamande n'est pas mûre pour faire exploser l'Etat. Je crois même que Bart De Wever lui-même ne le veut pas. Je pense qu'il n'est pas pour la disparition de la Belgique, mais pour l'existence de la Flandre. Moi, je ne suis pas anti-flamand, je suis pro-wallon.

Qu'est-ce qui vous distingue, finalement ?

Je suis un homme de gauche. Lui, il est de droite.

Sur la vision de l'Etat belge, vous vous rejoignez ?

Oui. Je suis un autonomiste depuis longtemps. Et je crois que si on avait posé les jalons de l'autonomie en 2007, on serait déjà dans un Etat basé sur trois Régions dotées d'une large autonomie. C'est un bon laboratoire pour l'Europe. Car il faut construire un véritable Etat européen. Quand je vois l'évolution de l'Inde, de la Chine, de certains pays africains Si l'Europe ne s'organise pas, on est mort.


D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...