Le suicide politique de Jacqueline Galant (ANALYSE)
"Folle", "vulgaire", "Son cas relève de la psychiatrie" :
- Publié le 13-01-2017 à 06h13
- Mis à jour le 13-01-2017 à 18h19

Charles Michel n'avait pas besoin de cela, pas maintenant. Alors que le Premier ministre tente de redonner du souffle à son gouvernement miné par les divisions, Jacqueline Galant marque contre son camp, celui du MR. Ces dernières semaines, tant Olivier Chastel, président du parti, que Charles Michel ont tenté de dissuader la bourgmestre de Jurbise de commettre un impair.
C'était mal connaître Jacqueline Galant et sa capacité à mettre les pieds dans le plat. C'était sous-estimer sa personnalité imprévisible. Il y a deux semaines à peine, le locataire du "16" était persuadé d'avoir réussi à la raisonner. Mais en fait, pas du tout… Le top du MR a été bien surpris de constater en début de semaine que la députée wallonne allait quand même régler ses comptes dans un ouvrage dont la dernière version - la plus "cash" - n'avait pas été communiquée au parti.
Le MR se retrouve désormais face à ses vieux démons, ceux de la division entre le clan Michel et le clan Reynders durant le douloureux épisode "Renaissance". Jacqueline Galant avait contesté le pouvoir de Didier Reynders le plus violemment lorsqu'il cumulait son mandat de président du MR et celui de vice-Premier. Dans "Galant, je vous dis merde !", l'ex-ministre fédérale l'accuse d'avoir comploté pour la faire chuter.
L'attaque contre Reynders
Voici le passage le plus dur : "D'où viennent toutes ces critiques et cette pression ?, s'interroge-t-elle à l'égard de ses déconvenues au gouvernement fédéral. Je pense que Didier Reynders les a clairement alimentées. Il n'a jamais digéré le mouvement 'Renaissance' initié contre lui et qui lui a coûté son poste de président du MR. Hervé Jamar (ex-ministre fédéral du Budget), Marie-Christine Marghem (ministre fédérale de l'Energie) et moi-même sommes dans le clan Michel. Pilonner avec succès les 'hommes' de Charles Michel était l'occasion rêvée pour Didier Reynders de s'en prendre au Premier ministre sans devoir l'attaquer frontalement."
Crucke : "Son cas relève de la psychiatrie"
Chez les "reyndersiens", cette attaque frontale passe très, très mal. "Je trouve lamentable de tenter de se justifier par rapport à des responsabilités ministérielles en tentant de raviver la guerre des clans alors qu'il y a désormais du dialogue, déplore Jean-Luc Crucke, l'un des plus fidèles grognards de Didier Reynders. Galant veut laver plus blanc que blanc en noircissant le monde politique. Mais elle oublie de rappeler dans son livre que son retour au parlement wallon n'a pas été très glorieux…. Elle est venue pleurer pour avoir une présidence de commission. Elle ne peut donc pas jouer les oies blanches. Si c'est ça, le clan 'Renaissance', j'espère que ceux qui étaient avec elle à l'époque vont se distancier aujourd'hui de ses attaques. Son cas ne relève plus de la psychologie mais de la psychiatrie."
"Elle peut bien rester à Jurbise maintenant…"
Une prise de distance. Est-ce le cas ? Oui. Un petit tour d'horizon chez quelques acteurs de la défenestration de Didier Reynders de la présidence du MR ne laisse guère de doute. "Elle est folle, note l'un d'entre eux. Ce livre ne va lui apporter que des ennuis. Elle aurait dû plutôt se faire oublier et puis revenir en 2018 et 2019 en cartonnant aux élections comme elle sait si bien le faire. Elle venait de battre Bouchez aux élections internes. Elle pouvait se refaire une santé politique et Charles lui aurait sûrement rendu un rôle en 2019 en cas de retour au pouvoir du MR à la Région wallonne. Désormais, elle peut bien rester à Jurbise, elle ne dépassera plus jamais le stade de député."
Un autre baron "Renaissance" juge durement l'impact du livre sur le MR : "Elle est tombée fort bas. Ses propos sont vulgaires, consternants. Elle met surtout dans l'embarras son mentor, Charles Michel. Doublement, puisqu'elle démontre que le casting ministériel était mauvais et elle met Charles en porte-à-faux vis-à-vis de Didier."
D'ailleurs, Olivier Chastel lui-même a pris ses distances vis-à-vis de l'encombrante mandataire hennuyère qui sombre, selon lui, dans la "victimisation". "C'est un ouvrage personnel plus qu'un livre politique. Jacqueline Galant dévoile sa vérité et sur bon nombre d'éléments, je ne la partage pas", a-t-il expliqué à l'agence Belga. Le président des libéraux estime que les déchirements du MR en 2010 appartiennent au passé. "Je ne ressens plus du tout depuis quelques années d'éléments qui peuvent réalimenter l'animosité."
Bouchez est passé à la moulinette
En tentant de se dédouaner de toute responsabilité, en flinguant Didier Reynders, en s'étalant sur sa vie privée sentimentale et sexuelle, Jacqueline Galant met dans le pétrin ceux qui tentaient de la remettre en selle dans le Hainaut. Car Jacqueline Galant reste une machine à voix, l'une des petites bombes politiques que Charles Michel avait placées dans l'espoir stratégique d'affaiblir le PS au cœur de son pouvoir électoral.
Après son départ forcé du gouvernement fédéral, le parti avait tout fait pour lui permettre de reprendre pied. Par exemple, en essayant de dissuader le fringant Georges-Louis Bouchez de lui opposer sa candidature pour obtenir la présidence du MR dans l'arrondissement de Mons-Borinage. Il s'était tout de même présenté, et elle l'avait battu. Au lieu de tourner la page de cet affrontement local et de prendre un peu de hauteur, elle dézingue dans son livre "ce colistier qui jouait perso". Dans le monde de Jacqueline Galant, tout le monde est coupable. Sauf elle.