Paul Furlan: "Lutgen n'a jamais rien fait pour aider Prévot à obtenir des résultats en tant que ministre"
Paul Furlan (PS), ex ministre wallon, raconte les rapports entre Benoît Lutgen, président du CDH, et Maxime Prévot, ministre wallon des travaux publics. "Mon analyse, c'est que Lutgen avait pour objectif de lui montrer qui était le chef."
- Publié le 20-06-2017 à 16h47
- Mis à jour le 21-06-2017 à 08h20

Paul Furlan (PS), ex ministre wallon, raconte les rapports entre Benoît Lutgen, président du CDH, et Maxime Prévot, ministre wallon des travaux publics. "Mon analyse, c'est que Lutgen avait pour objectif de lui montrer qui était le chef."
Le MR, mais surtout le PS, agitent ces dernières heures le nom de Maxime Prévot (CDH), ministre wallon des travaux publics, pour expliquer la décision de Benoît Lutgen, président du CDH, de laisser tomber le PS. Maxime Prévot, qui a pourtant annoncé clairement qu'il ne serait plus ministre après les prochaines élections, aurait peu goûté aux propositions du PS sur le décumul intégral. Au point de pousser Benoit Lutgen dans le dos pour l'amener à abandonner le PS. Crédible?
Pour Paul Furlan (PS), ex ministre des Pouvoirs locaux, emporté par le scandale Publifin, c'est un "non" catégorique. Le député wallon décrypte les rapports entre Maxime Prévot et son président de parti, qu'il a observés durant plusieurs années de l'intérieur, en tant que membre du gouvernement. "Je ne peux pas croire que Benoît Lutgen puisse avoir pris cette décision sous la pression de Maxime Prévot. Bien sûr, Maxime avait des divergences sur le cumul, mais il sait qu'on ne fait pas tomber un gouvernement pour si peu. Avec lui, l'ambiance de gouvernement était bonne. Clairement, c'est un homme de droite et je suis de gauche. Mais c'est un homme d'avenir capable de faire avancer un dossier et de faire des compromis", assure Paul Furlan, qui regrette que certains dossiers, comme la réforme du logement, de la fiscalité ou de la gouvernance, soient torpillés en vol, à cause de la décision du CDH.
"J'ai le sentiment que Lutgen a commencé à voir Prévot comme un rival. D'autant qu'ils sont tous les deux plutôt de droite. En tant que président de parti, il me semble que Benoît Lutgen n'a jamais rien fait pour aider Maxime Prévot à obtenir des résultats comme ministre. Sur une série de dossiers, nous avons avancé ensemble avec Maxime Prévot. Et puis, au dernier moment, alors que nous allions les finaliser, il s'est vu imposer une sorte de diktat du parti. Des éléments qui n'avaient pas été négociés. Mon analyse, c'est que Lutgen avait pour objectif de lui montrer qui était le chef. Cela n'arrive pas au PS."
"Il a mis la Wallonie en panne"
Pour le bourgmestre de Thuin, Benoît Lutgen a voulu jouer un coup "à la Macron". "Mais il semble oublier que, contrairement à "En Marche", le CDH n'est pas un nouveau parti", glisse Paul Furlan. "Je compare cette manœuvre politique de Lutgen à ce qu'avait fait l'Open-VLD d'Alexander De Croo en faisant tomber le gouvernement fédéral. Cela avait entraîné des centaines de jours de blocage. Benoît Lutgen vient de faire pareil: il a mis la Wallonie en panne. Car en 1 an et demi, il sera impossible au CDH de faire les réformes qui s'imposent. J'ai suffisamment connu cela de l'intérieur que pour le savoir. Former un gouvernement sera peut-être possible. Mais un qui fonctionne, c'est une autre paire de manches. Certains devront "manger leur carnet de naissance", et s'asseoir sur leurs convictions. Avec Rudy Demotte, et d'autres, nous avons le sentiment d'être parvenus durant un temps à maintenir ce gouvernement à flot. Mais comment voulez-vous faire travailler le MR et Ecolo ensemble? Ecolo et le CDH? Entre André Antoine et Jean-Marc Nollet, par exemple, la relation est très mauvaise. C'est devenu personnel. Et aujourd'hui, tout cela serait gommé? Ce me parait difficile à croire..."
